Animaux étranges et fabuleux

Auteurs : Ariane et Christian Delacampagne.

Nombre de page s: 200.

Parution VF : 2003.

Éditeur : Citadelle et Mazenod.

Genre: Beau Livre – Art.

Prix : 33,25€.

Résumé éditeur : Monstres, hybrides, animaux composites, sphinx, hydres, chimères, dragons, licornes, griffons, sirènes, centaures, tritons, pégases, harpies, phénix : les animaux fantastiques sont partout dans l’art mondial – de Sumer à la Grèce, de la Chine au Mexique, de l’Afrique noire à la Mélanésie, des enluminures gothiques au cinéma de Hollywood en passant par Bosch, Goya, Picasso, la bande dessinée, la publicité, le folk art et l’art brut. On les trouve à toutes les époques, dans toutes les cultures, dans tous les genres artistiques. Une masse énorme de documents l’atteste : les quelque 200 illustrations que contiendra ce livre ont été sélectionnées parmi des milliers, et le choix fut difficile. Reste à comprendre la (ou les) signification(s) de ce phénomène présent, sous une forme ou sous une autre, dans toutes les civilisations. Quelques rares chercheurs s’y sont essayés – historiens d’art pour la plupart : Jurgis Baltrusaitis, Gilbert Lascault… -, mais beaucoup reste à faire car le monde des animaux fantastiques est un univers riche, complexe, qui éveille d’innombrables échos inconscients, qui entretient des rapports très profonds avec le monde du rêve (et parfois du cauchemar), et qui continuera à faire rêver longtemps encore. 

Au Moyen Age, le terme  » bestiaire  » s’appliquait à des poèmes en vers, dans lesquels étaient mises en lumière les propriétés  » morales  » des animaux les plus divers, réels ou imaginaires. Aujourd’hui, nous sommes devenus plus exigeants : nous ne mettons plus sur le même plan animaux observables et animaux rêvés. On aurait tort de croire, toutefois, que les premiers ont réussi à évincer les seconds. Car, à mieux y regarder, notre environnement visuel a bien l’air d’être peuplé de plus d’animaux fantastiques que de créatures réelles… Et qu’est-ce que le  » fantastique  » , le  » monstrueux  » ? Aristote avait proposé de définir celui-ci comme écart par rapport à la nature. Mais tout art n’est-il pas, par définition, écart par rapport à la nature ? 

Prétendre offrir une vue d’ensemble d’un tel bestiaire ou, mieux encore, proposer un voyage au sein de cet univers imaginaire peut sembler un défi que les auteurs ont relevé en écrivant un texte novateur ; ils ont été aidés par une iconographie aussi riche que passionnante. 

J’ai passé la fin de mes vacances d’été à faire des recherches sur les animaux et créatures merveilleux, et je n’ai pas vraiment eu le temps de rendre compte de celles-ci.  Le texte de ce livre était très intéressant, mais les illustrations également. De photographies de sculptures à des reproductions de tableaux comme Le Sphinx et la Chimère, que j’ai posté il y a quelques semaines.

Chaque page ouvre les portes d’un univers différent, d’un horizon artistique différent, tant européen qu’asiatique.

Je l’avoue, j’ai surtout emprunté ce livre pour les passages relatifs au dragon. Tout en espérant être largement documentée sur les autres créatures. J’ai obtenu relativement gain de cause pour le premier, un peu moins pour le deuxième. Les parties historiques et consacrées au « fantastique aujourd’hui » n’étaient pas inintéressantes, mais moins tout de même que celles sur le dragon – on ne change pas !

Quelques notes que j’ai prises :

Dans la partie consacrée à l’invention du bestiaire, une anecdote a attiré mon attention. Dans un poème baptisé Dardanica, un dragon tomba amoureux d’un berger grec, Alenas le Thessalien, « dont la chevelure était blonde comme l’or »de sentiments positifs également. Dommage que ce poème d’Hégémon ait été perdu.

Au Moyen-Âge, les religieux assimilaient les sirènes au « péché de luxure qui conduit en enfer ». Par la suite, cette version ne disparaît pas tout à fait, mais quelques-unes se distinguent de l' »animal », et sont moins dangereuses, comme Mélusine, ou la petite sirène de Copenhague, une distinction que l’on retrouve en anglais : siren existe, mais dans le cadre du dessin animé de Walt Disney par exemple, on utilisera le terme mermaid. Effectivement, c’est plus joli.

« Drakôn » est apparenté à un verbe signifiant « fixer du re
gard », assimilé ici aux Gorgones.

« Comme nombre d’animaux fantastiques et comme le sacré en général [vlan pour les manichéistes !] le dragon est ambivalent. Méchant, il peut faire peur aux innocents, les induire en tentation […]. Mais il existe aussi un bon dragon : celui qui utilise sa puissance pour terroriser les méchants, écarter les ennemis[…]. Bref, le comportement du dragon est, comme sa forme, imprévisible. » J’adore toute la dualité de cet animal merveilleux.

On trouve aussi des dragons en Perse, en Grèce, « en Inde et dans toute la zone soumise à l’influence de l’hindouisme, où pullulent les serpents nagas« , en Chine, en Corée, au Vietnam, au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Indonésie – Bornéo-, au Mexique (Quetzalcoatl, serpent à plumes, soit dragon ailé).

Dans l’art gothique, il acquiert des écailles, une crête, des ailes membraneuses de chauve-souris, ces dernières viendraient des démons chinois ; les dragons chinois n’ont pas d’ailes. Je les trouve toujours un peu étranges, influencée que je suis par la vision dite « habituelle », avec ces larges ailes à la Maléfique de la Belle au Bois dormant.

« […] à l’opposé du dragon européen, assimilé aux forces du mal, son cousin chinois est essentiellement un animal de bon augure, […] considéré […] comme l’ancêtre et l’emblème de l’empereur, de même que le phénix, roi des oiseaux, est celui de l’impératrice. » Cette autre dualité, ici appliquée à la différence d’interprétation entre l’Orient et l’Occident, est assez étrange. Mais j’aime beaucoup l’image finale, le couple formé symboliquement par le dragon et le phénix …

On trouve également des dragons dans « le folklore et l’art de la plupart des sociétés indiennes d’Amérique du Nord (y compris chez les Esquimaux), aussi bien que dans les sociétés précolombiennes d’Amérique centrale et méridionale (cultures olmèques et aztèques au Mexique, culture mochica au Pérou, etc.); et tous ces dragons présentent des ressemblances formelles frappantes avec les dragons chinois. Qui, pourtant, pourrait affirmer catégoriquement que les dragons des Indiens d’Amérique descendent de ces derniers, puisqu’il n’existe aucune preuve du fait que le dragon était déjà familiers aux peuples asiatiques quand, il y a quarante mille ans, ceux-ci entreprirent de franchir le détroit de Behring ? »

D’autres coïncidences suivent ; celle-ci surtout m’a frappée, par ses références aux cultures mexicaines et péruviennes, dans lesquelles j’ignorais qu’on trouvait des dragons.

Un ouvrage passionnant, où fourmillent de nombreuses merveilles.

Couverture des Diaboliques de Barbey d’Aurevilly, Le Sphinx, de Félicien Rops.

L’Art (ou Les Caresses, ou Le Sphinx) de Fernand Khnopff.

Et tant d’autres encore …

Chuchoter aux quatre vents

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