Lectures sur un rocher

Comme des fantômes : Histoires tirées du feu

Fabrice Colin (auteur). Bastien L (illustrateur). 2011 (VF), 473 p. Folio (SF). Nouvelles – Fantastique. 8,40€.

Que se passe-t-il quand un auteur abandonne ses personnages ? Quand l’Alice de Lewis Carroll oublie de fêter ses 130 ans ? Quand Peter Pan entend vous faire payer ses orientations sexuelles ? Que se passe-t-il lorsqu’un lecteur est pris au piège d’un cadavre d’histoire, qu’un détective devient fabriquant de spectres ou que la mort d’un poète fait surgir une forêt ? Expert en fantômes et en fées, docteur ès faux semblants et machinations troubles, Fabrice Colin possédait sur ces questions – et sur d’autres – des avis très personnels. C’était avant 2005 : avant qu’un incendie accidentel ne mette un terme brutal à ce qu’il appelait lui-même  » ma petite carrière d’ombres « . 

Avant tout, je tiens à remercier Livraddict et Folio SF pour ce partenariat qui a été une lecture assez étrange et surprenante.

Ma première « rencontre » avec Fabrice Colin date d’un précédent partenariat, pour Bal de givre à New-York, que j’avais adoré. J’avais découvert une histoire et une plume magiques. Au vu du résumé de celui-ci, je m’attendais à des nouvelles rédigées d’une manière similaire, en mettant peut-être davantage l’accent sur l’humour, basées sur des contes détournés par l’auteur, et ça n’a pas tout à fait été le cas. C’est pourquoi, en partie, cette lecture a été si saisissante et qu’il m’a fallu presque le mois alloué pour en parler.

Le côté un peu étrange de ce recueil vient aussi du postulat de départ : l’auteur est décédé dans un incendie et ce livre est posthume, préfacé par des amis, des grands noms de la fantasy, chacun faisant référence à Fabrice Colin comme n’étant plus là. On se joue de la vérité et de la fiction sur ce plan, on trouve donc à la fois les textes de l’auteur qui ont réchappé à l’incendie, et d’autres textes, dans un style assez détaché. J’avoue, une des premières choses que je peux dire de ce livre est qu’on ne s’ennuie pas, on reste dans la surprise, et on n’est pas à court de « mots », comme je l’ai fait remarquer à Snow. Comme elle l’a aussi reçu en partenariat et le lisait en même temps que moi, nous avons échangé nos avis au fil de la lecture, comme une mini LC^^

Le début du recueil m’a intéressée, sans plus (Naufrage, mode d’emploi, ou le récit en parallèle d’un auteur de fantasy qui doit se reconvertir et d’un univers magique semblant n’avoir rien à faire ici, puis Arnarstapi, sur une Alice Liddell de plus d’un siècle), et puis je suis entrée dans l’étrange et la quasi répulsion avec Une autre fois, Damon.

Cette nouvelle m’a perturbée dans le thème, mais aussi dans l’écriture et le personnage dépeint, Peter Pan … (il s’agit de celle évoquée dans le résumé). Le langage était très cru, en comparaison avec Bal de givre, déjà, puis de certaines autres du recueil, et j’avoue que ça m’attirait un peu moins. Quant au personnage, comme beaucoup j’ai la vision de Disney en tête et la comparer à ce personnage que présente Fabrice Colin est relativement perturbant …

J’ai lu sans trop m’attacher les nouvelles suivantes, jusqu’aux textes sur Graham et Rackam, avec surtout celle sur Peter Pan en tête, avec l’impression que l’auteur avait voulu débuter en choquant. Et puis, il y a eu une deuxième partie, pour moi, des textes que j’ai trouvés superbes. J’ai totalement adhéré aux sujets et à l’écriture.

Passer la rivière sans toi m’a particulièrement émerveillée. Une jeune fille issue d’un royaume magique l’a fui pour rester avec sa mère, humaine, contre l’avis de son père qui exige son retour. J’aurais aimé que ce soit plus long qu’une nouvelle tant j’ai accroché au style et à la situation …

Quelques éléments, qui ne tiennent pas aux nouvelles de Colin en elles-mêmes, m’ont agacée. Intérieur Nuit a l’air très intéressante. Quand on ne lit pas l’introduction qui la spoile presque intégralement. Et comme ce n’est pas la première nouvelle, que vous avez lu sans problèmes les introductions précédentes, vous continuez avec celle-ci, et tout l’intérêt ou presque de la nouvelle s’en va … J’ai horreur de ça.

Et en parlant d’introductions, il y en a énormément … j’avoue que bien souvent je ne comprenais absolument pas où ils voulaient en venir. Une introduction par nouvelle est une structure assez lourde. Tout comme les notes de bas de page parfois si conséquente que c’est une petite nouvelle qui prend presque toute la place. C’est vraiment un style de mise en page qui ne me plaît pas.

Cela étant dit, cette lecture a vraiment été intéressante. De la moitié à la fin du recueil, j’étais en pleine matière à coup de cœur, avec la première moitié dominée par mon sentiment sur la nouvelle de Peter Pan, où je suis restée assez passive mais attentive. Les thèmes abordés sont très variés, l’écriture l’est aussi selon le style et l’ambiance de chaque texte. Cette lecture m’a tout de même plu.

7 commentaires sur “Comme des fantômes : Histoires tirées du feu

  1. Ouf : ça décoiffe ! Je comprends parfaitement que ça ne plaise pas à tout le monde, mais pour une fois ma sensibilité vis-à-vis de certaines idées et descriptions (parce que c’est sûr que tout n’est pas agréable) a été noyée dans la verve et le style de l’auteur. J’ai vraiment été emportée à travers ces scènes.

Chuchoter aux quatre vents

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