Au bord des mots, lectures sur un rocher

Scarlett

Alexandra Ripley (autrice). 1991 (VO), 1995 (VF), 891 p. Le Livre de poche. Romance – Historique. 9,92€.

On retrouve Scarlett peu après l’avoir quittée, en provoquant une rupture définitive avec la bonne société d’Atlanta, et se retrouvant totalement seule. Cette solitude est scellée par la maladie d’une personne très chère à son cœur, la conduit au désespoir et accentue la mauvaise habitude qu’elle a « débutée » à la mort de son second mari. Lassée d’attendre le retour de Rhett et de se morfondre à Atlanta, où elle n’a pas d’amis, elle décide de prendre le taureau par les cornes, fidèle à elle-même, et quitte Atlanta pour Charleston, où vivent ses tantes maternelles et la mère de Rhett.

On découvre une autre société, très différente, toujours sous loi martiale, c’est-à-dire avec des soldats Nordistes partout. Cependant, les retrouvailles avec Rhett ne sont pas telles que Scarlett l’espérait. Elle veut reconquérir celui qui est toujours son mari. Mais elle décide également de tout faire pour être la seule propriétaire de Tara, qui l’a toujours réconfortée, où elle a été heureuse, et doit pour cela racheter la part de sa sœur Careen entrée au couvent. Elle accompagne ses tantes à Savannah pour voir son grand-père, et découvre la famille de son père, avec qui pour la première fois elle se sent à l’aise, en famille, avec des gens qui n’ont pas honte de sa réussite et de ses choix.

Partie pour un court séjour à l’origine, Scarlett s’installe chez ses cousins, mais au lieu de rentrer en comprenant qu’il y a eu un malentendu et que la sœur de Rhett n’a pas transmis son message, elle décide de s’offrir des vacances en Irlande, qui deviendra son pays d’adoption, lorsque Rhett divorcera et se remariera alors que ce n’est pas normalement possible dans l’Etat. Les Yankees, ennemis de Gone with the Wind, et du début à Charleston, sont ici remplacés par les Anglais qui traitent l’Irlande en pays conquis. Mais une fois encore, les relations de Scarlett avec ses concitoyens vont drastiquement se détériorer.

Ce roman est un coup de cœur, tout comme pour l’ « original ». La famille de Scarlett m’a vraiment touchée, surtout celle en Amérique.

La partie sur Atlanta est assez vide. Scarlett essaie de tenir la promesse faite à Melanie, qui manque cruellement, tout comme Mama. J’aime beaucoup le bal masqué et ses préparatifs comme ceux du costume de Scarlett. Je me serais bien passée d’Ashley, excepté pour Melly.

Celle sur Charleston est intéressante, on voit Rhett dans son élément, cette société aux lois encore plus codifiées qu’à Atlanta, surtout que Scarlett a totalement perdu l’habitude des règles. La mère de Rhett est adorable, mais sa sœur vraiment antipathique. J’ai surtout aimé découvrir sa famille irlandaise à Savannah.

Mais vraiment, j’ai adoré suivre Scarlett en Irlande. Ma fascination pour ce pays a commencée avec ce roman, (et m’a emmenée à Dublin), ses traditions, ses superstitions, comme avec l’assiette de lait pour les fées ou la présence de la cailleach, la sorcière, qui a une grande importance dans le récit.

Je trouve que les personnages originaux sont justement proches des originaux. J’ai vraiment l’impression de poursuivre leur aventure, leurs vies, là où Margaret Mitchell les a laissées. Choisir l’Irlande est une excellente idée et renvoie au père de Scarlett et son discours sur l’amour de la terre auquel on n’échappe pas quand on est Irlandais, et la terre de ses ancêtres, Tara. L’auteur a su en proposer une vision que je trouve fidèle à l’originale, en évoluant. Scarlett y gagne en humanité, mais ces changements sont progressifs et donc plausibles (pas comme pour Le Clan Rhett Butler, mais ça reste mon opinion).

L’environnement est également bien représenté, on sent que l’auteur est très bien documentée sur l’époque et différentes villes. Quant aux passages en Irlande, ils y transportent littéralement le lecteur. Scarlett étant femme d’action, l’intrigue y est fidèle, et je ne me suis pas ennuyée du tout, même lors des longues descriptions sur les lieux ou les traditions.

Évidemment, on a un manque de Rhett, qui reste en Amérique lorsque Scarlett quitte le continent. Mais malgré tout, je trouve que les choses s’accélèrent un peu à la fin.

Le personnage de Colum est très attachant, comme la grand-mère de Scarlett. Celui de Cat est un peu étrange, indépendant malgré son âge, mais elle m’a touchée par son courage impassible malgré les persécutions des gamins superstitieux.

Comme dans l’original, Scarlett oublie totalement ses enfants, même si elle est passionnément attachée à Cat. Une fois encore, ils sont les grands oubliés (c’est vrai qu’on peut trouver ça fidèle à l’original, d’un côté ^^).

Je retiens et discute surtout la partie irlandaise, qui est définitivement celle qui m’a le plus marquée et passionnée, mais le début est très bien aussi ^^ ;

En ce qui concerne l’écriture, certains mots peuvent sonner étrangement dans la bouche de Scarlett. Déjà passer au « tu » avec Rhett, même dans des circonstances particulières, me perturbe. Et l’entendre/la voir dire à Rhett qu’il la désire, hum, c’est tout aussi étrange. Ça n’arrive pas souvent, heureusement. Ce côté romance, pourquoi pas, mais le langage était parfois loin de celui de Mitchell. Mais ça reste très épisodique.

Restant sur le langage, la typo perd un peu ce côté pittoresque de l’original lors des dialogues des Noirs, qui ne prononcent pas les « r » dans « l’original », ce qu’ils font ici. C’est un peu du charme du chef-d’œuvre original en moins. Mais l’ajout des mots en gaélique efface un peu ce point noir.

Je pinaille, mais j’adore cette suite, que je trouve correspondre à ce qu’on peut attendre, propose une aventure fantastique, et apporte une conclusion à cette mythique histoire d’amour qui unit Rhett à Scarlett (même si j’avoue que Luke est séduisant).

Un vrai beau grand coup de cœur, depuis la première lecture, et qui me ravit à chaque relecture !

Je ne parlerais pas du film ici, parce que je ne l’ai pas trouvé – et on me l’a chaudement déconseillé.

Fait suite à Autant en emporte le vent.

10 commentaires sur “Scarlett

  1. moi aussi j’adore cette suite, bien plus fidèle à l’oeuvre originale que le clan rhett butler que j’ai détesté.
    Certaines « erreurs » de langage m’ont aussi interpelée, il faudra que j’essaye en anglais la prochaine fois pour voir.

    et moi aussi je te déconseille chaudement le téléfilm : les acteurs choisis sont pitoyables et l’adaptation l’est tout autant !

    1. C’est déjà toi qui me l’a chaudement déconseillé en fait 😛 donc j’écoute ton conseil. Mais j’aime bien la musique, j’ai le cd (au moins un élément sympa … mais c’est vrai que je ne voyais pas du tout ces acteurs !)
      Oui, pour le langage, tu es moins gênée en anglais car tu n’as pas le problème de la 2e personne du singulier ou du pluriel. Ça m’a étonnée parce que la version française d’Autant en emporte le vent utilise bien le vous … même dans leurs disputes …
      Toi aussi, le Clan Rhett Butler, tu n’as pas accroché ? tu vois qu’on a le même avis parfois ^^

  2. Bop bop, c’est donc ce livre qui t’a emmenée à Dublin! 😉
    Je savais pas qu’on avait écrit des suites à Autant en emporte le vent ^^ C’est bon à savoir!
    C’est du vrai gaélique dans ce livre là? *héhé* Si un jour je le lis, ça sera pour la partie Irlandaise =D

    1. En fait oui, c’est la faute à Scarlett ^^ et Rhett, aussi, hein.
      Ben je crois que c’est du vrai gaélique … j’en ai jamais fait, je te rappelle 😛 Je te le conseille ^^ mais faut lire Autant en emporte le vent avant, hein !
      Pour les suites, il y a celle-ci et Le Clan Rhett Butler que j’ai détesté, je crois que c’est tout …

  3. J’avais lu Scarlett à sa sortie et je n’avais pas aimé du tout ! Je n’y retrouvais pas ce que j’avais aimé dans Autant en emporte le vent ! Les personnages m’avaient paru fades. Au contraire de toi, j’ai nettement préféré Le clan Rhett Butler, qui me parait plus proche dans l’esprit du roman original. Bon d’une autre côté, comme c’est un peu une redite du roman, pas étonnant non plus ! ^^

    1. Au contraire, je n’avais vraiment pas aimé Le clan Rhett Butler en partie pour sa réécriture de certains passages d’Autant en emporte le vent …

      C’est amusant que tu le vois comme ça, j’accroche justement beaucoup aux personnages ^^ Je ne connais pas beaucoup de lecteurs qui préfèrent cette suite !

  4. Une lecture amusante, divertissante… Mais qui ne vaut pas Autant en emporte le vent !
    Ce n’était pas le but, et cette « suite » a atteint son but : satisfaire ma curiosité quand à une possible suite de ce fantastique roman !

Chuchoter aux quatre vents

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