Au bord des mots, lectures sur un rocher

Vie et mort en quatre rimes

Kharouzey ha-khaim ve-ha-mavet. Amos Oz (auteur). 2008, 176 p. Gallimard (Du monde entier). Contemporaine. 13,50€.

Quand un grand écrivain ne parvient pas à rester concentré tandis qu’il se trouve sur la scène d’un centre culturel lors d’une soirée organisée en son honneur, les choses risquent de déraper. Il anticipe les questions du public, si prévisibles, si ennuyeuses. Alors pourquoi ne pas laisser son esprit divaguer, son regard se promener dans la salle ? S’emparer des silhouettes et des visages aperçus afin de leur inventer un destin, une biographie ou simplement une petite histoire d’amour ? Mais le jeu est dangereux, et la réalité se rappelle au souvenir de notre écrivain par la voix de Rochale Reznik, qui lit avec une sensibilité troublante des extraits de son dernier livre… .

J’ai toujours eu un peu peur du genre Contemporain. Je pensais que c’était complexe, inaccessible, un genre pour les adultes, sérieux … mais cette lecture, quoiqu’un peu étrange, s’est très bien passée.

J’ai beaucoup aimé papillonner d’un personnage à l’autre avec l’écrivain, suivre les vies qu’il leur imagine, même si parfois je me suis demandée la part d’action réelle. Par exemple avec Rochale, la jeune femme timide qui lit un extrait de son œuvre, rêve-t-il d’être remonté la voir, ou le fait-il effectivement ?

Mais que ce soit le cas ou non, qu’il ait raison sur les autres personnages ou non, j’avoue que ça m’a été bien égal. J’ai trouvé que ces successions de descriptions, d’actions incertaines (réalisées, ou non?) avaient un charme particulier, et je me suis laissée porter.

On peut se demander où mène le récit. Je dirais que ça n’a pas d’importance. On rêve, on se laisse aller à imaginer avec l’auteur et c’est l’essentiel.

L’écrivain, le protagoniste de ce récit, n’a pas de nom. C’est paradoxal quand on découvre la pléthore de noms et histoires qu’il invente, on sait très peu de choses sur lui, excepté son métier et son imagination débordante.

Je ne me suis pas attachée aux personnages, même si j’ai aimé les détails que le protagoniste imagine sur eux.

Beaucoup de références à la littérature et poésie israélienne. Je ne saurais dire si elles sont réelles ou fictives, mais une fois encore, ça n’a pas d’importance, ça ajoute une ouverture et de la poésie au récit.

Le niveau de langue est plutôt courant, très fluide, on se perd dans les réflexions, en contemplation devant la société inventée par le protagoniste. Une invention au cœur d’un récit d’invention … une belle mise en abyme.

Une découverte pour le moins dépaysante, et qui m’a plu.

Et les autres? Meloë nous fait l’honneur de tout un point sur ce pays dans lequel elle habite, via ce sommaire ; Mimi54 présente le conflit israélo-arabe, vu par des auteurs arabes, avec Haddad et Bekri, un conte avec Agnon, et deux auteurs politiquement engagés, Oz et Grossman ; A propos de livres a choisi Sarid et  Oz aussi ; Frankie a été un peu déçue par ce même auteur ; Paikanne nous fait découvrir Appelfeld ; Jostein nous propose un article général vers plein de billets ; Achille49 nous fait découvrir Keret ; finalement Evert se bat un peu avec son blog, j’espère qu’elle pourra vite le remettre en état !

Une destination passionnante et des découvertes très variées !

11 commentaires sur “Vie et mort en quatre rimes

    1. Je pense qu’il faut vraiment accrocher à ce style, ici ça pouvait apparaitre un peu confus. Je retenterai à l’occasion, et j’irai voir ce que tu en dis. Et il ne faut pas espérer aller quelque part avec l’intrigue en fait ….

  1. Ah ! Presque une convertie Ozienne !
    En plus, tu es tombée sur un des bons (voire très bons, même si celui-ci reste plus un effleurement qu’autre chose tant l’intrigue est plus rêvée que vécue, et que le style est plus simple que celui dont il fait preuve la plupart du temps).
    Si tu dois y retourner à l’occasion, je te conseille en priorité « Ailleurs peut-être » (mais il demande peut-être un background sur la culture juive pour être apprécié correctement), « La boîte noire » (roman épistolaire avec des phrases qui régulièrement viennent transpercer le lecteur, entre amour nostalgique et haine ouverte) « Une histoire d’amour et de ténèbres » (long, mais magistral – et avec en plus une réflexion brillante sur l’écrit et son analyse, chapitre 5 de mémoire, que ces abrutis d’éditeurs anglais ont supprimé dans la traduction) et « Seule la mer » (un roman-poésie très étrange, où l’intrigue compte bien moins que le style évocateur).

    1. Presque, presque ^^ mes médiathèques fourmillent de ses livres, ou presque, donc je retenterai l’aventure ! Je prends note de tes bons conseils ! Une histoire d’amour et de ténèbres me tente bien aussi ^^

Chuchoter aux quatre vents

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