Au bord des mots, lectures sur un rocher

Le Vampire, métamorphose d’un immortel d’Ovide à Vargas

Mars 2013, 98 p. Lorenzo Mattotti (illustration). Littérature – Fantastique. 6 €.

Après la déception qu’a été la revue Lire consacrée au même sujet, je n’étais pas pressée de me lancer dans celle du Magazine Littéraire. Je ne l’avais d’ailleurs jamais feuilleté, comme il aborde souvent des thèmes de littérature blanche / contemporaine.

Déjà, bon point: la couverture est vraiment plus belle que celle de Lire, le coup de la pomme de style Twilight … mouais, non.

J’ai un peu déchanté devant l’éditorial qui débute sur le Salon du livre sur la littérature roumaine. C’est un peu comme si les deux revues se sont servies de ce thème et de cet évènement comme excuse pour remplir la revue et combiner les deux thèmes. C’est un peu facile d’associer le vampire à la Roumanie. Heureusement, ici, c’est beaucoup mieux fait.

Une petite surprise m’attendait dès après le sommaire : un des contributeurs est un ancien professeur de fac ^^ Heureusement pas celui qui me terrifiait et avec qui j’aurais dû bosser si j’avais choisi de faire un master !

Il faut attendre près de 40 pages et s’atteler au dossier sur la littérature roumaine avant de finalement arriver à ce que je pensais être le focus principal. Les auteurs présentés m’ont l’air d’écrire essentiellement de la littérature contemporaine, ce qui n’est pas ce que je préfère, une fois encore.

Mais une fois arrivé dans le cœur du sujet, j’ai beaucoup aimé l’illustration principale, Le Cauchemar de Füssli, intrigante et étrange à souhait, et la mention de dom Calmet, ce bénédictin vampirologue dont je n’avais plus entendu parler depuis longtemps et qui était notablement absent de Lire.

J’ai aimé le premier article sur les créatures antiques ancêtres du vampire. C’est exactement ce que j’aime. Et je trouve que c’est un bon début. Il est suivi par un point sur Vlad Tepes, une fois encore, mais moins précipité, et avec un bon encart de suggestions bibliographiques. Le fait que cet article soit rédigé par l’auteur d’un essai sur le prince roumain et non un journaliste qui le résume ou s’en inspire a peut-être joué.

J’avoue que je n’ai pas appris beaucoup de choses, ou quelques anecdotes sur les choix de Stoker quant à son protagoniste, tout comme pour l’article suivant consacré aux légendes européennes sur les vampires, mais tout comme les créatures antiques de la même famille, c’est un thème que j’affectionne tout particulièrement, puis le statut des vampires à l’époque des Lumières. Ce que j’ai préféré dans cet article a été une fois encore la mention de Dom Calmet, auteur des Dissertations sur les apparitions des anges, des démons et des esprits et sur les revenants et vampires de Hongrie, de Bohême, de Moravie et de Silésie.

On retrouve la plume passionnante de Jean Marigny dans un article sur l’évolution des caractéristiques, don ou physique du vampire au fil des siècles. On reste sur des considérations classiques, avant le passage du XXe siècle et des vampires d’Anne Rice, par exemple.

Les chasseurs de vampires gagnent même un bon encart, et ne sont pas seulement mentionnés les classiques. Buffy et Anita Blake sont citées, même si on ne rentre pas beaucoup dans les détails.

J’ai particulièrement apprécié l’article intitulé « Un pervers polymorphe » qui étudie la sexualité du personnage, « tour à tour transgressive et puritaine », de Polidori à Twilight et La Communauté du Sud. C’est court, et j’aurais vraiment eu envie qu’il soit encore davantage développé. La fin sur Twilight m’a d’ailleurs bien fait rire.

Jean Marigny propose un autre article, qui m’a rappelé sa thèse, sur les différents types de vampires, qui ne s’intéressent pas forcément au sang de leur victime. C’est très court, et ça me donne envie de me replonger dans ses textes (ah, si sa thèse n’était pas uniquement dispo en micro-fiches T__T. M’en fiche, je raflerai tous ses livres aux Imaginales !).

Alain Pozzuoli, autre auteur que j’avais découvert lors de mes recherches vampiriques en fac, évoque le personnage de Dracula et de son auteur, sans trop s’appesantir sur Tepes, mais se centre sur le prince des Ténèbres. Il poursuit avec les autres vampires rendus célèbres, concurrençant sa popularité, concluant sur Twilight (comme beaucoup, chronologiquement), sur cette pique que j’ai beaucoup appréciée : « Edward Cullen […] concourt pour le titre, mais l’auteur de cet article serait prêt à vendre les clous de son cercueil en affirmant que la chose est encore loin d’être acquise ! »

Un autre article m’a surprise, sur la traduction française de Dracula et des nombreuses erreurs qui ont pu s’y glisser, mais je ne connais pas assez bien le roman pour l’apprécier.

Après avoir essentiellement vu traiter les classiques vampiriques et leur successeurs du XXe siècle (ici ou dans des documentaires/articles sur le sujet d’autres sources), une analyse des figures plus récentes du vampire s’imposait un peu, et elle est proposée par Clémentine Baron, qui évoque Twilight et True Blood, chacun révélant le vampire au grand jour, mais tout en pudeur voire pudibonderie pour l’un, et aux antipodes pour le second.

Nosferatu, le premier vampire du cinéma ferme magnifiquement ce long dossier, près de quarante pages à opposer aux dix petites déceptions de Lire … J’ai juste été un peu déçue par un entretien avec un écrivain moderne que je ne connais absolument pas et qui parle de ses propres récits.

Le reste de la revue m’est un peu tombée des mains, mais ce beau dossier consistant et passionnant rattrape largement ce qui pourrait être une déception. Je vais récupérer pas mal de références bibliographiques et le relire probablement à tête reposée bientôt (souvent, je me connais). Il me réconcilie un peu plus encore avec la figure du vampire que j’avais franchement abandonnée peu après la sortie de Twilight et de tant d’autres romans qui s’éloignaient tellement de ce que j’aimais tellement dans ce mythe.

4 commentaires sur “Le Vampire, métamorphose d’un immortel d’Ovide à Vargas

  1. j’ai fait mon mémoire de master 1 sur Le roman gothique anglais et l’ouverture du corps au XIXème siècle, donc j’ai hate d’emprunter ce magazine à la bibliothèque! merci!

  2. Tu me donnes vraiment envie de m’intéresser à la litérature vampirique ( ça se dit? xD ) de plus près avec cet article! Je suis pas une fana des magazines littéraires ( que ce soit celui ci ou lire), hormis certains hors série cools, les numéros  » normaux » m’intéressent rarement justement parce qu’ils ne se concentrent pas uniquement sur ce qu’ils annoncent en très gros en couverture…

Chuchoter aux quatre vents

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