Au bord des mots, lectures sur un rocher

La Servante écarlate

The Handmaid’s Tale. Margaret Atwood (autrice). Sylviane Rué (traductrice). 1985 (VO), 2005 (VF), 345 p. J’ai lu. Science-Fiction. 6,70€.

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Etrange dystopie qui m’a glacé les sangs.

Ce livre est basé sur un élément de la religion juive où l’épouse met à disposition de son mari sa servante pour qu’elle en ait un enfant. Cette société de castes l’applique en tant que principe. Il y a les Epouses, les Commandants, les Servantes, les Marthas (servantes de maison).

L’héroïne, cette servante sans nom, partage son quotidien dans cette maisonnée, avec ses souvenirs de l’école dans laquelle elle a été avant de devenir Servante, et lorsqu’elle vivait avec un homme dont elle avait une petite fille sans être mariée alors que lui l’était, juste avant le grand changement politico-religieux qui a retiré tout pouvoir aux femmes. C’est présenté de manière si plausible, même si ça a l’air d’aller très vite, que ça m’a vraiment fait froid dans le dos.

Bon, avant de trop en dire sur l’intrigue, autant préciser que juste après lecture et pendant quelques mois (jusqu’à ce que je brouillonne ce billet ^^;) j’étais incapable de savoir si j’avais aimé ou pas. Ce livre m’a véritablement fascinée, comme 1984 ou Le meilleur des mondes, et je n’ai pas pu le lâcher, mélange de fascination et d’effroi. Cette vie en tant que Servante a quelque chose de profondément glauque et effrayant. Le fait de ne pas connaître le nom de l’héroïne donne l’impression qu’elle n’existe qu’en tant que Servante, que ce nouvel ordre des choses (dire nouveau régime ne recouvre pas l’énormité des changements apportés à la société) a éradiqué son identité, la réduisant à une fonction de procréation, sans amour, sans aspect récréatif, juste un acte vide de sens où ses épaules sont enserrées par l’Epouse.

J’ai beaucoup de mal à commenter ce roman.

L’écriture est extrêmement descriptive, tant pour les évènements que pour les personnes, les choses, l’environnement. J’étais scotchée, donc ça passait. Mais ça peut ralentir l’intrigue et fortement déplaire. Je ne me suis pas attachée aux personnages, mais plutôt à la découverte de cet univers, même si j’étais atterrée de voir les gens réduits à leur fonction, et du destin des Servantes.

J’ai été très surprise de la fin, un colloque de la fin du XXIIème siècle, qui évoque cette société, qui en fait ne concernait qu’un pays, pas l’ensemble du globe (on entend parler d’horribles Colonies où une Servante prise en faute peut être envoyée) et cette Servante qui aurait laissé son Journal. Ils discutent de ce régime et l’authenticité de ces écrits. C’est inattendu.

Un portrait des plus inquiétants de l’avenir possible, où d’abord les femmes sont privées de tout pouvoir, travail, argent, et mises sous tutelle masculine, puis utilisées sans scrupules.

C’est une lecture marquante qui laisse un sentiment inquiétant, plus encore après lecture de la fin.

14 commentaires sur “La Servante écarlate

  1. Ca a l’air assez horrible… Typiquement le genre de livre qui m’empêche de dormir pendant des semaines après lecture tant ça pose de questions… Je crois que je m’épargnerai ça, même si je ne nie pas que ça a l’air très intéressant. Je pense que je passerais toute la lecture à être énervée et révoltée

      1. Je doute pas de la pertinence de la chose, c’est justement pour ça que j’aurais peur de lire un tel livre! Il me hanterait sans relâche après ^^

    1. Aaah j’imagine que les discussions devaient être superbes! J’ai envie de le relire ^^ (c’est un vieux billet…). Tu participes à un club de lecture virtuel ou « en vrai » George? Merci d’être passée par ici !

      1. Je fais partie du Club des Lectrices que Delphine’s books a lancé il y a 3 ans, on est toutes des blogueuses et c’est un vrai club on se retrouve 1 fois par mois pour parler d’un livre choisi le mois précédent, c’est une super expérience.

        1. Ah, chanceuse, j’aimerais beaucoup faire partie d’un vrai club ! Il y en avait un dans une médiathèque pas trop loin, mais je n’ai pu y aller qu’une fois avant son arrêt :/

          1. Ce n’est pas évident de trouver un club. Je voulais en créer un et puis Delphine a lance l’idée avant alors j’ai saute dessus on se connaissait par blog interposé donc on savait qu’on se correspondait côté lecture. Je te souhaite de t’en trouver un autre.

  2. Je me retrouve pas mal dans ta chronique. C’est une lecture parfois étrange, un peu ardue mais qui marque longtemps après et qui glace. Je trouve qu’on devrait toutes le lire…

Chuchoter aux quatre vents

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