Lecture sur un rocher

Des bibliothèques populaires à la lecture publique

Agnès Sandras (direction). 2014, 542 p. Presses de l’ENSSIB (Papiers). Histoire – Sociologie.

Les changements politiques et socioculturels amènent au XIXème siècle une demande croissante de lecture, qu’elle soit instructive ou récréative. Les bibliothèques dites «populaires» sont alors mises en place pour tenter de répondre à ces besoins. Leur histoire a fait l’objet d’un profond oubli pendant la longue première moitié du XXe siècle.

Qui étaient les lecteurs de la France rurale, comment les publics cohabitaient-ils, pourquoi le service de prêt de livres s’est-il progressivement répandu, comment les autorités considéraient-elles ces nouvelles institutions ?

Je suis toujours à l’affût de nouvelles lectures qui peuvent entrer dans le cadre de mes études tout en m’intéressant (combiner les deux n’est pas toujours facile ni faisable), et en découvrant celle-ci lors d’une Masse Critique de Babelio, j’ai eu très envie de me lancer.

Oui, le résumé fait peur, mais le livre un peu moins. Enfin juste un peu, hein, parce qu’il forme un joli petit pavé (je n’avais pas vu le nombre de pages au préalable), ce qui m’a énormément surprise à réception du paquet. Mais une fois que l’on se lance, l’écriture n’est pas ennuyeuse et plutôt prenante.

La structure de l’ouvrage m’a surprise également : je pensais à un exposé plutôt « général » sur l’histoire de la lecture, non pas recentré, resserré sur différentes bibliothèques du XVIIe au XXe siècle. J’ai eu un peu de mal à me situer, d’autant que je ne les connais pas (comme la Bibliothèque des Amis d’Epernay), même si celle de la résidence de Napoléon n’était pas très dure à envisager et j’ai beaucoup aimé découvrir ces petites anecdotes, quel livre la lingère avait pu emprunter, ou le capitaine, etc.

C’est amusant aussi de voir qu’au début, si les emprunts étaient gratuits, il a fallu faire payer tout de même dans les bibliothèques évoquées, car sinon les lecteurs potentiels (paysans), pensaient que les livres ne valaient pas la peine. L’expression « trafic de livres » prête à sourire aussi, lorsqu’un bibliothécaire, va jusqu’à faire fonctionner le système de prêt à la sortie de l’église (Jean-Georges Stuber).

Je ne m’attendais pas trop au tollé que finit par provoquer l’expression « bibliothèque populaire », à cause de l’adjectif, même si je sais le mépris qu’il peut provoquer. J’avoue que j’ai plutôt été étonnée par une autre idée : « bibliothèque de consommation », que je trouve tout de même pire dans son sous-entendu.

On s’attarde en particulier sur le choix des lectures, avec notamment cette citation que j’ai relevée : « On n’envisage pas le choix des livres sans qu’aussitôt surgisse l’expression « les bons et les mauvais livres » » (Henri Lemaître). Les magazines policiers sont carrément interdits dans une bibliothèque. Et ce dont j’avais déjà entendu parler, les cas où on est forcé d’emprunter au moins un livre choisi par le bibliothécaire, ce que je trouve assez intolérable. Heureusement, Eugène Morel (autre bibliothécaire) m’a un peu réconciliée avec ce chapitre, en faisant preuve de beaucoup d’humour : « Une bibliothèque doit surtout acheter de mauvais livres. En les achetant elle dispense le public de les acheter. » !

En matière de lectures populaire, on a droit à une petite liste, qui inclut Anne Golon. Autre petite surprise, l’auteur de ce chapitre s’attache aussi à des collections/éditeurs dans deux genres populaires : science-fiction et policier, mauvais genres, comme rappelé. Je ne savais d’ailleurs pas qu’un livre était paru sur Fleuve Noir et ses années d’édition. J’aurais aimé que ces thèmes soient plus développés, ce qui n’est pas le cas.

L’illustration est peu nombreuse mais intéressante, avec quelques photographies de bibliothécaires ou de bibliothèque et d’affichettes, comme celle sur l’appel à cotisation et un bulletin d’adhésion, j’aime le côté vintage (1930) et un peu surprenant.

J’ai particulièrement apprécié les chapitres consacrés aux bibliothèques publiques britanniques, belges et argentines sur lesquelles je ne savais virtuellement rien, qui en plus d’évoquer la situation culturelle des lieux et comment les bibliothèques sont organisées, apprennent également des choses sur l’organisation du pays.

Le petit marque-page aux armes du livres est également appréciable, avec les mots-clés qui le caractérisent et son catalogage et indexation au dos.

Une lecture très intéressante, que je ne vous conseille pas de faire d’un bloc, plutôt en prenant votre temps, un chapitre de temps en temps, ce que je n’ai pas trop pu faire. L’écriture est vivante, même s’il y a parfois pas mal de chiffres et graphiques que j’ai passés, et si on s’intéresse au développement de la lecture publique, nous fait profiter d’une somme d’informations bien conséquente.

2 commentaires sur “Des bibliothèques populaires à la lecture publique

  1. « Une bibliothèque doit surtout acheter de mauvais livres. En les achetant elle dispense le public de les acheter. » Je raisonne un peu comme ça moi-même : ça m’est arrivé plus d’une fois d’emprunter des choses en bibliothèque parce que je ne veux surtout pas acheter un truc pareil (best-sellers, littérature sans grande qualité) mais que j’ai envie de les découvrir quand même, hormis les lectures scolaires bien entendu.
    Je ne connais rien ou presque des bibliothèques étrangères ! Est-ce si différent ?
    Et oui j’ai eu peur en lisant le résumé, ça m’a rappelé des cours mais pas forcément les meilleurs! :p

    1. Ah ça, le rappel des cours 😛
      Pour les bibliothèques étrangères, je pense que oui. J’aimerais bien lire des livres ou des articles spécialement sur ce thème ^^
      Et on est d’accord pour les mauvais livres.

Chuchoter aux quatre vents

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