Au bord des mots, lectures sur un rocher

Reproduction interdite

Jean-Michel Truong (auteur). 1989, 2015, 562 p. Folio (SF). Science-Fiction. 8,70€.

Pourquoi un biologiste de génie, qui reçut en son temps le prix Nobel pour ses travaux sur la génétique humaine, se suiciderait-il ? Sa mort met en péril les manipulations d’un mystérieux service secret et éveille la curiosité de Norbert Rettinger, un jeune juge intègre.

Tel un puzzle, les pièces de ce dossier — écoutes téléphoniques, rapports d’expertises, piratage d’ordinateur… — déroulent le fil d’une aventure incomparable puisqu’elle celle de la vie même. Cette vie sur laquelle une science qui jour à l’apprenti sorcier s’arroge tous les droits. Tenace et obstiné, Rettinger, aidé de son ordinateur, Agatha, et d’un commissaire de police pas tout à fait comme les autres, poursuit son enquête jusqu’au bout de l’horreur.

Je suis tombée sur ce petit roman par hasard, en librairie. J’ai longtemps hésiter à me lancer, comme je ne connaissais pas du tout l’auteur, et puis zut, la couverture et le pitch me faisaient trop penser au Meilleur des mondes ^^, Je ne m’attendais pas à accrocher autant !

Difficile de parler de ce livre très fouillé, très vaste. C’est tout un univers que dévide l’auteur avec cette société. Au lieu de développer la robotique et la technologie, la société s’est orientée, du moins en Europe (et j’ai aimé le clivage, qui semble logique) vers le clonage, et surtout d’une économie basée sur les clones, d’un point de vue industriel, médical, et de l’armée.

J’ai eu ce frisson d’un univers très bien pensé, et très plausible, surtout que le récit date de la fin des années 80. Une originalité réside dans la polyphonie de narration. Le texte est composé de différents documents : courriels, retranscriptions d’entretiens, extraits de courriers papiers, etc. Ca peut paraître long, mais j’ai adoré.

On sait dès le début que le personnage principal, qui fait l’action, qui mène l’enquête, Norbert, est surveillé. Par qui, on ne le sait pas, pseudonymes oblige. C’est sur le meurtre du pionnier en matière de clonage qu’il enquête, c’est sur ce sujet que toute l’histoire tourne.

Et c’est là qu’elle choque. Les clones ne sont pas humains. Ce sont des animaux. On parle d’eux comme d’un « cheptel », d’un élevage. Ce sont les vétérinaires seuls qui sont habilités à les soigner. Le raffinement a été poussé jusqu’à leur retirer l’usage de la parole pour ne pas être gênés par leurs cris, j’imagine, ou plus prosaïquement pour les séparer de l’homme.

L’auteur fait monter le choc en puissance durant toute l’histoire (l’intelligence artificielle, Agatha, avec qui travaille Norbert, grille lorsqu’elle fait la connexion entre humains et clones, parce qu’elle a été programmée pour partir en fumée dès lors que les deux sont rapprochés …). Il y a un côté horrible dans l’affaire précédente se rapportant aux clones, sur laquelle Norbert avait enquêté, et qui avait causé sa déchéance du parquet (des clones utilisés dans un bordel). Ces petits relents d’horreur se reproduisent dans toute l’histoire.

Une fois encore, le bilan est sans appel : la société humaine appelle ses plus bas instincts. On est glacés lorsqu’on termine le dernier chapitre. J’ai aimé cette plongée même si elle m’a glacée d’effroi.

Ce n’est pas cette simple histoire sur le clonage et ses ramifications, c’est jusqu’où elles vont, jusqu’où l’auteur dépeint la cruauté humaine. Tous les retournements de situation, l’espionnage qui est perpétré durant tout le récit, la conspiration … le résultat fourmille, bouleversant, et on ne sait plus où donner de la tête.

Je n’ai pas pu détacher mes yeux de cette lecture. Si je savais qu’il y avait une machination vaste derrière le meurtre du professeur Ballin et l’affaire du Bœuf Rouge, je ne pensais pas cette dernière aussi vaste, et je n’imaginais un tel réseau de ramifications.

J’ai aimé, en frémissant, où l’auteur nous emmène, et je n’ai pas réussi à le deviner, même si j’ai pressenti certains détails (la nature de la fille Ballin-Vergès, par exemple, mais le choc n’en a été que plus grand), et j’aime cette surprise. La diversité de documents apporte aussi un élément choc, d’une certaine manière ça étend les ramifications, ces horreurs sont partout. Et surtout, j’y ai cru. Attention, lecture choc, choquante, mais électrifiante.

Ah, et le fait que l’intrigue se situe en Alsace me terrifie encore plus : ce sont des lieux que je connais ! Je ne les regarderai plus de la même façon 😛

Chuchoter aux quatre vents

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s