Au bord des mots, lectures sur un rocher

Moana, tome 1 : La saveur des figues

Moana 1Silène (autrice). Sylvie Moreau (illustratrice). 2010, 219 p. Editions du Jasmin. Science-fiction – Jeunesse.

La Polynésie où vit Moana est désormais couverte de neige. Et le monde, en proie à un terrible refroidissement, doit être repeuplé de toute urgence. C’est pour cela que Moana devra bientôt se marier et avoir des enfants. Mais Moana a un secret, son arrière grand-mère, Mémine, qui reste cachée à la maison pour ne pas être envoyée comme tous les anciens dans une maison du souvenir. Mémine raconte à Moana sa jeunesse, et comment était le monde, avant la terrible catastrophe.

Voilà donc un de mes prix citron annoncés dans mon bilan 2016. J’ai lu ce livre dans le cadre du Week-end à 1000, premier de ce moment de lecture. Si je m’en faisais une joie parce que le pitch de départ me parlait bien (bouleversement climatique, nouvelles lois), il y a une scène qui m’a particulièrement dérangée.

Moana quitte son village avec sa grand-mère par bateau, après quelques péripéties sur la terre ferme. Et elle se fait agresser. Trois marins tentent de l’entraîner à l’intérieur, pour « voir leurs outils », et l’un met la main sur sa poitrine.

Cette agression sur l’héroïne d’une douzaine d’années était suffisamment pénible à lire. Le pire suit. Le commandant arrive sur ces entrefaites et la « sauve », mais lui reproche d’être allée sur le pont. Because, dixit : « Tu dois éviter de te promener toute seule, les femmes doivent toujours faire attention à ne pas se promener de manière isolée. » Et il lui interdit de sortir de la cuisine jusqu’à l’arrivée du bateau.

Ouais. Donc une gamine se fait agresser par une bande d’ours mal léchés (et je dis ça parce que j’essaie de rester polie), mais c’est de sa faute parce qu’elle était sortie de la cuisine, où elle ferait mieux de rester. Je ne pense pas avoir besoin de vous faire un dessin sur la métaphore, je suis déjà furieuse.

Je tiens aussi à préciser que ces deux actions sont purement gratuites dans le roman. Elles n’amènent à rien. A effrayer la gamine ? Elle l’était déjà un peu. Ce n’est plus mentionné ensuite. Mais j’ai aussi envie de dire que même s’il y avait « une utilité » à cette scène, à mes yeux, tout ce qu’elle contribue à faire, c’est renforcer les préjugés contre les femmes. Restez chez vous sinon vous serez en danger. Ne sortez pas de votre rôle, sinon des hommes vous attaqueront, et ce sera de votre faute.

C’est un message à la fois horripilant et nauséabond aussi bien pour les femmes que pour les hommes. J’étais furieuse et atterrée. Je rappelle qu’on est ici en littérature jeunesse, et roman écrit par une femme qui plus est. Je suis atterrée.

Une fois cet évènement passée, je me suis désintéressée de l’histoire que j’ai lue en diagonale. J’ai hésité à refermer le roman. Je pense que je voulais voir si l’épisode serait mentionné (ce qui n’est pas le cas, à part lorsqu’elle en parle avec sa grand-mère et son ami cuistot ; et la grand-mère est d’accord pour se cacher, et le cuistot homme fort de son état, lui Tarzan elle Jane va la protéger hein), si l’auteure le justifierait (non plus).

Avant ça, j’avais déjà été un peu déçue de la langue, parfois maladroite, même si c’est une enfant qui raconte l’histoire, notamment pour des problèmes de ponctuation (je pense à un manque de virgules qui provoque un manque de naturel).

L’orphelinat plein de dureté est assez cliché, à mon goût (mais il suivait l’épisode du bateau, donc j’étais bien moins tolérante), sans parler de la coïncidence (ce garçon rencontré à Pondichéry qui vient de Corse et connaît précisément le village de la grand-mère).

Je n’avais pas réussi à m’attacher aux personnages au début, puisque la langue m’a gardée en-dehors de l’histoire, et cette scène profondément sexiste a achevé de me sortir du récit. Il va sans dire que je ne poursuis pas cette série, qui a cependant une vraie fin avec ce tome 1, mais même si ce n’était pas le cas, ce serait sans moi.

(Qu’est-ce que ça m’ennuie en plus maintenant pour le prénom, depuis que j’ai vu le film Moana de Disney qui lui est bien chouette …)

Nombre de tomes parus : 3 (série finie).

4 commentaires sur “Moana, tome 1 : La saveur des figues

        1. Bah en fait c’était le journal du matin qui revenait sur les matchs de la veille. Ils décernaient un coup de cœur et un prix citron😅😭 ça m’est resté bizarrement !

Chuchoter aux quatre vents

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