Au bord des mots, lectures sur un rocher

Miss Silver, tome 19 : La dague d’ivoire

The Ivory Dagger. Patricia Wentworth (autrice). 1953 (VO), 1998 (VF), 320 p. 10/18 (Grands détectives). Policier.

Le bureau de Herbert Whitall offre une vision de cauchemar au petit matin : l’homme a été poignardé durant la nuit à l’aide d’une dague d’ivoire. Miss Silver s’avoue quelque peu désorientée. Elle sait bien sûr que Lila Dryden, qui devait devenir sa femme, nourrissait pour lui en secret une haine féroce, toutefois ce crime ne saurait lui profiter. Mais qu’en est-il de ses proches ? Avec seulement des débuts de réponses et quelques maigres indices, Miss Silver devine déjà que la partie ne sera pas facile à jouer.

J’ai déjà lu trois Patricia Wentworth par le passé, et j’avais beaucoup aimé. Mais là … je n’ai vraiment pas passé un bon moment. Une bonne déception, voire à la limite de la consternation. J’ai eu une forte impression de mascarade, avec tous ces suspects, ces éventuels criminels qui défilent, un peu ridicule. Car oui, d’abord c’est untel qui a commis le crime, ensuite machin se dénonce, et retournement de situation c’est truc … je sais, c’est le principe du roman policier à énigme dans ce style, mais là on aurait dit un défilé et j’ai détesté.

J’ai trouvé l’écriture assez limite, avec des problèmes de traduction visibles (même si malheureusement je n’ai plus d’exemples en tête). Et des références constantes à Tennyson m’ont agacée, comme je ne lis pas cet auteur. Et l’auteure m’a ennuyée jusque dans son écriture (quand la traduction ne m’a pas agacée).

L’enquête en elle-même m’a peu passionnée, surtout que je venais de terminer un Agatha Christie, qui sans être un des meilleurs, était sans comparaison. Cela tenait sans doute en grande partie aux personnages.

L’héroïne, Lila, est plate, sans aucun ressort. Elle estime qu’elle doit se marier parce que trois cents invitations ont été envoyées … j’ai horreur de ce genre de personnage larmoyant. J’ai préféré sa cousine, Ray, qui a davantage de caractère, mais l’histoire d’amour du roman qui la concerne, se noue beaucoup trop vite, aucun suspense de ce côté. Lady Dryden, qui force Lila à se marier, est relativement absente de la deuxième partie, ce qui est peu logique parce qu’elle est tout de même un suspect potentiel – comme tout le monde.

Les autres personnages ne m’ont pas laissé de souvenir impérissable. Miss Silver m’a un peu agacée dans ce volume. J’aurais vraiment dit qu’assise, elle se tournait les pouces, et alignait bonne réponse sur bonne réponse … une fois encore, c’est un peu le principe de ce genre de policier à détective, et je ne sais pas pourquoi ça m’agace particulièrement avec elle, ou ce volume spécialement. C’est sans doute lié à mon impression de mascarade, de défilé pour le criminel. Que si ils étaient proclamés coupables tour à tour et ensuite non ce n’est pas eux, qu’à un moment elle s’était trompée mais qu’elle n’en donnait pas l’impression … Je sais, c’est élaboré, mais j’essaie de comprendre pourquoi cette lecture m’est complètement passée par-dessus la tête.

Nombre de tomes parus : 32.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Les Enquêtes de Nicolas le Floch, tome 1 : L’énigme des Blancs-Manteaux

Jean-François Parot (auteur). Rosalba Giovanna Carriera (illustrateur). 2004, 370 p. 10/18 (Grands détectives). Histoire – Policier. 7,50€.

1761. Nicolas Le Floch quitte sa Bretagne natale pour se mettre au service de M. de Sartine, chef des affaires secrètes de Louis XV. Nicolas prend vite du galon. Le voilà plongé dans une ténébreuse affaire.

Meurtres, vols, corruption : secondé par l’inspecteur Bourdeau, il dénouera peu à peu les fils de cette enquête, qui touche de près le roi et la Pompadour…

Après les dernières lectures pour ce challenge thématique, j’appréhendais un peu de me lancer de nouveau dans un récit historique. Je n’ai pas (encore !) vu la série télé adaptée des livres, mais j’attendrai d’avoir lu le 2ème tome (apparemment ils ont inversé les deux premiers récits). Parce que, oui, c’est déjà clair, je vais poursuivre cette série, même si elle est plutôt longue (12 volumes au compteur !).

Je suis assez étonnée, parce que ce premier tome est déjà très riche : en évènements, descriptions, plongée dans l’univers – on en est cependant pas au stade de Tara Duncan et l’enchaînement, même s’il se fait parfois rapidement, reste logique et vraiment passionnant. Je me suis vraiment sentie transportée à l’époque de Louis XV, dans une enquête aux multiples rebondissements.

Cette enquête est très intéressante, mais je ne suis pas sûre d’avoir réussi à en deviner l’issue, comme j’adore le faire, puisque justement les victimes s’empilaient et les suppositions changeaient sans cesse. Ça ne change pas le fait que j’ai aimé ce que j’ai lu, ce point me laisse juste un peu perplexe.

Le héros, Nicolas, est attachant à suivre, parfois un peu prévisible mais plaisant. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé qu’il ne soit pas parfait. Il a énormément de bonne volonté, et se forme dans ce premier tome, il est humain et fait des erreurs. Certaines sont graves, d’ailleurs. Toute la brochette de personnages proposée par l’auteur est bien construite, haute en couleurs.

Un détail qui m’a aussi plu : le rassemblement final des suspects et personnages importants pour la résolution en fin d’histoire. Ça m’a beaucoup rappelé les scènes d’exposition de Poirot, dans le côté théâtral et spectaculaire.

En bref, une lecture que je vous conseille, si vous aimez les enquêtes policières situées à une autre période historique !

Nombre de tomes parus : 13 (série en cours).

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Le Club des veufs noirs

Tales of the Black Widowers. Isaac Asimov (auteur). 1974 (VO), 1989 (VF), 286 p. 10/18 (Grands détectives). Nouvelles – Policier. 4,40€.

Les six membres du “club des Veufs noirs” ne sont pas nécessairement veufs ni même célibataires, mais ils se réunissent chaque mois entre eux pour boire, dîner, et … résoudre des énigmes, grâce, le plus souvent, au concours de l’inégalable Henry, leur maître d’hôtel.

Je connais Asimov surtout pour ses récits de science-fiction, après Les Robots, Fondation, et si ce n’est un problème de complexité pour ce dernier j’aime beaucoup les univers qu’il met en place. Et les enquêtes policières me plaisent généralement beaucoup. Ce recueil avait donc de grandes chances de me plaire.

Le récit commençait très bien, avec une présentation sur le goût d’Asimov pour le policier. J’ai aimé la première enquête qui met le club en place, et même si je me doutais de la résolution, j’ai été contente de voir que j’avais raison.

Mais juste après cette première nouvelle qui m’a plu, j’ai trouvé toutes les autres fades et sans surprises. J’ai été aussi un peu déçue aussi d’apprendre qu’elles se situent dans le second vingtième siècle. Pourquoi cette couverture bien antérieure alors? Je m’attendais à un contexte plus ancien, que j’aurais préféré. Du vocabulaire comme « nénette » m’a franchement déplu.

Les quelques références à Agatha Christie m’ont plu, comme Big Brother (même si le voir traduit par Grand Frère fait grincer des dents). S’autociter avec dérision est amusant. Mais je me suis ennuyée, au final.

Une lecture choisie un peu par défaut, qui ne me convainc pas. Pour la première fois je suis vraiment déçue par un Asimov.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Charlotte et Thomas Pitt, tome 2 : Le mystère de Callander Square

Titre VO : Callander Square.

Auteur: Anne Perry.

Traducteur : Roxane Azimi.

Nombre de pages: 383.

Parution VO : 1980.  Cette édition: 1997.

Éditeur : 10/18 (Collection : Grands Détectives).

Genre : Policier.

Prix : 7,50€.

Résumé : On retrouve Charlotte et Thomas, mariés depuis deux ans. Il est chargé d’une enquête des plus dérangeantes dans Callander Square : des cadavres de bébés sont retrouvés enterrés dans le square. Sont-ils morts-nés ? Les enfants d’une servante séduite par son maître ? Thomas, puis Charlotte et sa sœur Emily, enquêtent.

J’ai été un peu déçue dès le début : il s’est écoulé deux ans entre la fin du premier tome, où les protagonistes étaient amoureux et décidaient de se marier, et le début de celui-ci où ils sont mariés et Charlotte est enceinte. J’espérais la réaction des parents, entre autres.

Autre déception : Charlotte, que j’adorais dans le premier tome, passe ici au troisième plan, après Thomas et même Emily, qui se jette avec plaisir dans le jeu de l’enquête policière parmi les nantis, recevant les confidences de jeunes femmes que Thomas ne pourrait pas atteindre.

La lecture est prenante malgré les déceptions. J’avais très envie de savoir ce qui se cachait derrière le mystère de ce square. Des infidélités à gogo, en l’occurrence.

Il y a beaucoup de personnage, j’ai systématiquement confondu les hommes qui habitaient le square. J’ai eu un peu de mal avec les femmes aussi.

Une fois encore, il est question des différences entre les hommes et les femmes, les hommes qui ont tous les droits, surtout avec leurs infidélités et leurs femmes de chambre. Quelques réflexions bien énervantes sur les comportements de l’époque : « Naturellement, on n’épousait pas une servante. Bien que ce genre de situation fût monnaie courante, il fallait se conduire avec discrétion et comme ils ne sont pas de la haute, les policiers ne comprennent pas. »

« S’offrir du bon temps avec une femme de chambre, c’était communément admis : la moitié de Londres devait en faire autant. Mais qu’on en parle ouvertement, c’était une autre histoire. La discrétion et le bon goût étaient les deux piliers d’une attitude de gentleman. […] C’était normal, c’était dans la nature d’un homme : même si l’on vous soupçonnait de vous livrer à cette activité, cela ne méritait pas de commentaires. Mais il suffisait qu’on l’apprenne autrement que par vos propres allusions, et vous passiez pour un débauché, un individu méprisable. Pis que ça, on vous taxait de mauvais goût ».

Oh, que ça m’a énervée, ça.

Et encore de l’hypocrisie, avec cette jeune fille de bonne famille qui couche avec un valet qui veut s’élever et elle prend ce genre de situation de haut après son mariage pour dissimuler une grossesse

J’ai apprécié le sens des réalités de Charlotte sur la nature humaine.

Mon ultime déception vient du fait que je ne trouve pas que l’enquête puisse être résolue par le lecteur, à mon sens. Ni le mobile, ni le criminel. Et j’aime me triturer les méninges, faire fonctionner mes petites cellules grises, en lisant un policier, alors ne pas parvenir à trouver m’agace toujours.

J’avoue que je ne sais pas si je poursuivrai la série, dans ce cas …

Nombre de tomes parus : 27 (série en cours).

Tome 1 : L’étrangleur de Cater Street.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Cave canem

Danila Comastri Montanari (autrice). Nathalie Bauer (traductrice). 2001 (VO), 2005 (VF), 251 p.  10/18 (Grands détectives). Policier. 4,13€.

Dans la Rome antique du Ier siècle après Jésus-Christ, le sénateur Publius Aurélius Statius, nourrit une insatiable curiosité pour les énigmes. Epicurien convaincu, ce séducteur impénitent n’hésite pas à mettre son intuition au service de ses amis pour déjouer crimes, vengeances et complots. Secondé par Castor, un esclave aussi rusé qu’insolent, et par l’excentrique Pomponia, il promène sa toge blanche dans l’intimité d’une pax romana pas si paisible que ça. Parti pour quelques jours de vacances chez un riche ami pisciculteur, Publius Aurélius arrive dans une maisonnée en deuil : le corps sans vie du fils aîné vient d’être repêché dans le bassin des murènes. Au sein de cette famille gangrenée par les secrets et les rancœurs, Aurélius pressent que le crime a un parfum de vengeance…

J’attendais beaucoup de ce récit. J’espérais une superbe atmosphère antique, pleine de détails sur Rome, des termes latins, une plongée dans la culture de l’époque et un rappel constant de mes cours de lycée et de fac.

J’espérais aussi une bonne enquête policière, un whodunit de style classique, huis-clos, tant et tant de personnage, l’un d’eux est forcément l’assassin, on découvre des indices et des pistes, et on peut trouver le criminel par soi-même.

Le premier aspect m’a plutôt bien convenu. J’ai seulement remarqué que je ne me rappelais pas bien de mes cours de vocabulaire et de civilisation, ce qui m’a un peu agacée ^^;

Mais j’ai trouvé que le second pêchait … je ne suis jamais entrée dans l’enquête. Il y a à mon sens trop de détail, pas d’équilibre entre les deux aspects. Les pistes sont trop nombreuses – on envisage effectivement tout le monde -, elles sont vraies, fausses, abandonnées, je n’ai pas réussi à suivre, et le déroulement de l’enquête m’a donc déçue.

J’ai aimé le fait que chaque chapitre s’ouvre sur une précision temporelle, en année Ab Urbe Condita (depuis la fondation de Rome) et chrétienne, et notation romaine (ides, calendes de novembre). On est placé dès le début dans cette belle atmosphère antique que Danila Comastri Montanari recrée plutôt bien.

Cependant, un « détail » qui ne m’a vraiment pas plu : le vocabulaire latin (en italique, ce qui est plaisant) est regroupé dans un glossaire en fin d’ouvrage. Je n’aime pas ce type de présentation, je préfère de beaucoup les notes en bas de page – ça m’évite aussi de rechercher à chaque fois la page correspondante juste pour la traduction d’ancilla que, comme une nouille, j’ai oubliée.

J’ai beaucoup apprécié l’enjeu supplémentaire lorsqu’on soupçonne un esclave : si c’est effectivement le cas, s’il a commis le crime, tous les serviteurs de la maison seront exécutés.

La résolution finale est effectivement surprenante, mais ne m’a pas laissé grand plaisir car trop difficile à découvrir. De plus, j’avais du mal à ne pas m’emmêler les pinceaux avec le premier fils, le deuxième, la femme du premier, la fille de la femme du premier fils qui l’a eue d’un premier mariage …

Les dossiers de fin d’ouvrage sont particulièrement intéressants, avec l’état romain à l’époque de Publius Aurélius, le calendrier romain, le statut d’esclave. Des précisions géographiques qui suivent m’ont moins plu (comme sur le lac d’Averne), ou les plantes et animaux des jardins, la pisciculture, les machines antiques. Ils terminent ce récit sur une note décevante en général, malheureusement.

Nombre de tomes parus : 17 (série en cours).

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Charlotte et Thomas Pitt, tome 1 : L’étrangleur de Cater Street

The Cater Street Hangman. Anne Perry (autrice). 1979 (VO), 2002 (VF), 382 p. 10/18 (Grands Détectives). Policier – Histoire. 7,50€.

Charlotte est la cadette d’une famille bourgeoise en pleine Angleterre victorienne. Elle a un caractère vif, peut s’emporter, mais est d’une grande franchise. Un jour, une petite bonne est étranglée dans la rue non loin de la maison et un inspecteur de police, Thomas Pitt, entre dans sa vie.

Coup de cœur ! Pour Charlotte, sa personnalité volontaire et indépendante dans un univers victorien qui n’accueille pas celle-ci d’un bon œil, cet univers, la manière dont l’enquête est menée. Charlotte est une héroïne bien campée, j’ai bien aimé l’humour et ses petites touches. Sa tolérance pour les classes inférieures ajoute d’autant plus à son côté sympathique.

Même si j’avais une bonne idée de la direction du meurtrier, le mystère tient bien. On est plus dans les interrogations et réflexions de Thomas que les investigations physiques (peut-être juste parce que c’est le début?).

L’aspect victorien est bien abordé, même s’il a des côtés profondément énervants : « les hommes font ce qu’ils veulent, les femmes se taisent / se tassent ». C’est à se retourner les sangs ! Surtout quand on voit les personnages masculins du livres, à part Thomas, ce sont de vraies saletés ! Paradoxalement, il est au bas de l’échelle et de la considération, mais au-dessus du père et du beau-frère de Charlotte, moralement parlant. Emily aussi agace pas mal pour son égoïsme, pas autant que les hommes, dans un domaine différent.

Mais le pire personnage reste la grand-mère, persuadée que ces normes sont parfaites et en tirant une immense dignité … « Demander à un homme de ne pas fauter en trente ans de mariage était impensable. N’importe quelle femme savait cela. On acceptait cet état de choses, on le supportait avec courage, et surtout avec dignité ». Mais bien sûûûûr ! Je me demande ce qu’elle dira en apprenant pour Charlotte et Thomas !

J’ai beaucoup aimé voir abordé le thème du péché à cette époque (même si c’est énervant aussi ^^;), tout comme les récits de Thomas sur la délinquance. De même, l’écriture attentive, descriptive, précise. Et puis j’avoue, la couverture.

C’est presque plus un roman de mœurs qu’une intrigue policière, mais ce mélange m’a séduite. J’ai été très étonnée à la mort de Sarah, il est rare de voir tuer un personnage important dès le début d’une série, ce qui a un aspect très plaisant, surprenant.

C’est une très agréable surprise, et qui pousse dans bien des domaines à la réflexion.

Nombre de tomes parus (série en cours) : 31.

Tome 2 : Le mystère de Callander Square.