Au bord des mots, lectures sur un rocher

Les Carnets de Cerise, tome 1 : Le zoo pétrifié

Joris Chamblain (scénariste). Aurélie Neyret (dessinatrice). 2012, 70 p. Soleil ( Métamorphose). BD – Jeunesse. 15,95€.

« Il était une fois… Quand j’étais petite, je me suis fait la promesse que si un jour, j’avais un journal intime, il commencerait comme ça. Il était une fois… ben moi, Cerise ! J’ai dix ans et demi et mon rêve, c’est de devenir romancière. Mon truc à moi pour raconter des histoires, c’est d’observer les gens, imaginer leur vie, leurs secrets. On a tous un secret enfoui que l’on ne dit pas, qui fait de nous ce que nous sommes…

En ce moment, avec les copines, on observe quelqu’un de vraiment mystérieux… »

J’ai énormément entendu parler de cette BD sur la blogosphère à sa sortie, toujours en termes des plus élogieux. Jolie, très touchante, addictive, j’avais quand même pas mal d’attentes puisque je n’ai pas l’impression d’avoir vu la moindre critique à ce sujet avant lecture …

Le début m’a paru un peu simple, routinier. Je ne suis pas fan du démarrage en long texte manuscrit, qui a tendance à me refroidir un peu, quel que soit le contenu, pour moi une BD montre en image.

Puis arrive le dessin. Le découpage est très joli, tout en arrondi, les couleurs délicates et pastel, dans des nuances automnales (brun, rouge, orangé), avec des effets de lumière adorables.

La petite enquête est vraiment bien menée, et la résolution, je l’avoue franchement, m’a beaucoup émue (oui, j’ai pleuré comme une madeleine et je vous zut). Ces animaux, toute la partie qui leur est consacrée d’un point de vue graphique, est plus que superbe. J’ai préféré les petits textes en mode légende de photo, ça apporte de la diversité sans trop de lourdeur.

Quelques petits soucis. Le côté ado de Cerise avec sa maman, s’il fait naturel, ne me plaît pas tellement. Et je ne vois pas cette BD en série. Je ne sais pas pourquoi, mais ce livre se suffit à lui-même, et je ne vois pas trop Cerise poursuivre ses aventures, pour continuer à filer des gens ? résoudre de petites énigmes ? je ne vois pas ce qui pourrait surpasser celle-ci, peut-être parce que la partie consacrée au début me semblait si simple, si adolescente.

Mais ce sera à voir, puisque je poursuivrai cette histoire avec le deuxième tome (j’hésite d’ailleurs à l’acheter pour le boulot).

Nombre de  tomes parus : 4 (série en cours).

Au bord des mots, lectures sur un rocher

La Présidente, tome 2 : Totalitaire

presidente-2François Durpaire, Farid Boudjellal (auteurs). 2015, 158 p. Les Arènes. BD – Science-fiction – Politique. 20€.

Après six mois d’exercice du pouvoir, Marine Le Pen a conduit le pays au bord du gouffre : isolée sur le plan diplomatique, théâtre de heurts toujours plus violents à l’intérieur de ses frontières et dans un contexte économique alarmant, la France est dans l’impasse. Apothéose de cette situation catastrophique, le Président de l’Assemblée Nationale Florian Philippot a été kidnappé.

Retour aux chroniques livresques sur le blog, après cette période de bilans annuels. Et on passe en mode sueurs froides avec ce deuxième tome, encore une fois génialement glaçant.

Je n’ai presque plus fait attention au graphisme trop plein de réalisme et de froideur, dans les blancs, noirs et grisés. On est par trop emportés par ce tourbillon de conséquences de l’élection, la présidence fictive de Marine Le Pen, et sa suite. Et vraiment, cette suite, je l’ai trouvée encore pire. Je vous spoile, parce que vraiment je ne m’y attendais pas (surtout la manière dont les choses se déroulent) : Marion Le Pen (Whatever y a un autre nom après/avant je crois) force sa tante hors de la sphère politique pour prendre sa place en intérim et force les élections suivantes. J’ai surtout eu l’impression qu’à ce moment la laïcité se cassait bien la figure au profit d’une religion d’État : le catholicisme … et ça m’a fait froid dans le dos.

On suit aussi cette famille, raciste, prône à la dénonciation. Le produit de son époque exacerbée … Stéphane, du premier tome, est toujours présent et se languit de Fatima dont il est séparé puisqu’elle a été expulsée. Il lui décrit les changements de la rue, la surveillance constante, les camps pour migrants surveillés par des robots. C’est atroce mais fascinant …

Je n’ai pas eu l’impression d’un retour à la toute fin du premier qui m’avait un peu déçue (ce groupuscule qui tirait les ficelles de l’élection), ce qui m’a plu, mais alors pourquoi le mettre ? Par crainte de ne pouvoir continuer la série, et donc laisser une note de suspens planer à la fin d’un tome qui serait resté unique ?

Petit coup de glace dans les veines aussi en voyant la réunion au sommet, entre Marion, Poutine, Trump, et un autre que je n’ai pas reconnu, honte à moi. L’ouvrage est sorti en octobre dernier, donc avant l’élection américaine, donc paie ta frayeur et plus jamais je lis cette BD avant de dormir.

L’avant-dernier chapitre, Résistances, apporte une nuance d’espoir, ainsi que le début de l’épilogue lorsque la femme et l’un des fils se défient ouvertement du père et frère raciste et partent ; mais la dernière planche est à frémir aussi : « il faut trouver un nouvel ordre », en l’implantant dès l’enfance, supprimer l’esprit critique et « éduquer un citoyen nouveau » …

Je vous avoue que j’attends avec impatience le troisième tome, qui devrait être aussi le dernier.

Nombre de tomes parus : 3 (série finie).

Tome 1

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Idées noires

Franquin (auteur). 1984, 2010, 92 p. Magnard (Classiques & Contemporains). BD – Humour. 6,10€.

Des peurs ancestrales (loups, vampires, monstres nocturnes) aux frayeurs modernes comme l’atome ou la pollution, les Idées noires de Franquin font la part belle à l’humour noir ! ces courtes histoires, souvent grinçantes, sombres et drôles s’attaquent de front à des sujets d’actualité tels que la société de consommation, la religion, l’éducation, la militarisation, la justice ou la peine de mort, au travers du graphisme magistral et de la plume acérée du maître de la bande dessinée.

Je connais Franquin de la série Gaston Lagaffe, même si je n’en étais pas une grande fan. Je ne connaissais pas ses autres bandes dessinées avant de tomber sur celle-ci, qui a un petit dossier d’explications bien appréciable.

Les planches présentées sont toutes des exemples d’humour noir, un peu horrible, sur différents thèmes, comme la préservation de l’environnement ou la peine de mort, toujours d’actualité à l’époque. Assez souvent, les décors sont blancs et les personnages noirs, à la différence des bandes dessinées traditionnelles, plus rarement l’inverse.

Chaque gag porte un titre commençant par « Il ne faut pas confondre » opposant deux éléments basés sur un jeu de mots sur le thème du gag, comme « Il ne faut pas confondre maudit imbécile et condamné » ou « Il ne faut pas confondre émission en direct et radioactivité ». Si certains sont évidents, d’autres demandent un peu de réflexion.

Un dossier après-texte et un livret du professeur complètent les planches de Franquin, expliquant les différentes cases, aidant le lecteur à les appréhender, avec un lexique de la bande dessinée.

C’est une lecture assez spéciale. Les traits d’humour sont horribles mais saisissants, surtout ceux sur le thème de la peine de mort, comme celui sur l’imbécile et le condamné, où le condamné est emmené vers la guillotine et glisse, se cognant la tête, les policiers l’accompagnant craignent qu’il soit mort. Lorsqu’il s’avère que ce n’est pas le cas, ils l’amènent à nouveau vers sa fin

J’ai beaucoup aimé un gag sur une centrale nucléaire où la femme d’un physicien affirme qu’il est très content de travailler à la centrale, que ce n’est pas dangereux, avec la dernière case montrant le mari et les enfants de la dame, tous victimes de mutations !

Un album à découvrir, avec ou sans dossier.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Les gens normaux

gens normauxCollectif. 2013, 229 p. Casterman. BD. 16€.

Normaux, vous avez dit normaux ? Qu’est-ce que la normalité ? Qui peut se targuer d’être normal ? Comment se situer par rapport à la norme quand on appartient à une minorité discriminée en fonction de son orientation sexuelle ?

Ce recueil présente, sous forme BD, différentes expériences de vie, dans le quotidien. Les styles graphiques changent avec chaque récit, ce qui n’est pas ce que je préfère (j’avais déjà du mal avec les Sandman), même si certains sont plutôt sympathiques.

Les différentes histoires sont toutes intéressantes. J’ai beaucoup apprécié celle du point de vue des parents qui essaient de comprendre leur fille, différente de ce à quoi ils s’attendaient, ou cette infirmière qui se refuse de parler avec ses relations avec d’autres femmes avec ses collègues de travail, ou encore ce jeune homme qui évoque la religion et la tolérance, ses problèmes avec sa famille aussi. Le récit de la jeune femme transsexuelle est particulièrement touchant.

Si ce recueil évoque la sexualité, je ne l’ai pas trouvé choquant, au contraire (à part ce témoignage où un jeune homme a des rapports non protégés avec son compagnon séropositif, mais bon, ce n’est pas l’aspect choquant auquel on peut faire référence en évoquant ces histoires). Je l’ai plutôt trouvé touchant, dans son message de tolérance. Je n’en ferais pas l’acquisition, mais je ne regrette pas cette lecture.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Mytho, tome 1 : Connais-toi toi-même

Rutile (scénariste). Rachel Zimra (dessinatrice, coloriste). 2012, 88 p. Glénat (Tchô ! L’aventure). BD – Jeunesse – Mythologie. 14,95€.

Son nom ? Loki, dieu du chaos. Son objectif ? La fin des temps. Son principal obstacle ? Au lit tous les soirs à 21 heures, et pas de discussion. Pas facile-facile de détruire le monde quand on a 12 ans.

J’ai déniché cette petite BD très peu de temps après avoir lu Les Petits Mythos, et je l’ai trouvée bien meilleure !

Non seulement les dessins sont fun et très riches, avec énormément de détails (en rapport avec l’histoire et l’univers passionnants), les couleurs sont aussi percutantes.

Luka Asling, le héros, vit dans un monde où les dieux sont bien réels et forment le gouvernement. Isis au premier plan, ainsi que des dieux d’autres mythologies – elle fait d’ailleurs une apparition superbement remarquée et est magnifique ! J’adore cette vision des choses.

Luka se révèle être la réincarnation de Loki, le dieu du chaos, avec un petit problème : il est très jeune, douze ans seulement ! Et il doit réunir des followers pour réaliser la destruction du monde. On traverse la route d’un personnage d’une famille indienne, puis d’un autre en mythologie grecque lorsque le tome s’arrête, bien trop vite.

J’ai adoré le pitch, sa réalisation, le caractère d’ado rebelle et chiant d’Asling ^^, je suis d’ailleurs très surprise que Glénat, généralement connu pour ses franchises (Winx, Dragon Ball) propose ce concept aussi original.

Si la série est plutôt jeunesse aussi, je dirais qu’elle est plus pour les adolescents que les enfants, et elle démarre de manière vraiment chouette !

Nombre de tomes parus : 2 (série en cours).

Tome 2 : Deus ex machina.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Memento Mori, tome 1

memento mori 1Rann (autrice). 2011, 48 p. Tonkam (Yggdrasill). BD – Fantastique. 10,95€.

Dans un village d’apparence tranquille se terre un lourd secret … Calliste, dont la famille est tributaire de ce mystère et Mallaury, un jeune homme de la capitale, se retrouvent plongés au coeur d’une intrigue qu’ils n’imaginaient pas. Quand un groupe d’hommes masqués enlève Eïlis, sa jeune soeur, devant elle, Calliste les poursuit dans la forêt. Soudain, une mystérieuse force s’empare de sa soeur, et précipite Calliste dans un autre monde, devant un étrange château … Pourquoi ces hommes en voulaient-ils à Eïlis ? Qui est donc Fléau, le terrifiant maître des lieux ? Se pourrait-il qu’il soit lié d’une quelconque façon à ce village ?

J’avais repéré cette BD il y a quelques années déjà. Le trait m’avait séduite, même si diantre, il y a vraiment une tonne de rose sur cette couverture …

Quelques semaines après la lecture, je n’en garde pas tant de souvenirs. Je trouve l’histoire compliquée, les raisons de la haine des villageois à l’égard de Calliste et Eilis un peu difficile à comprendre, j’ai eu l’impression d’avoir pris l’intrigue en court de route.

Je ne m’attendais pas à ce que l’intérieur soit colorisé, comme le style est très manga, et je pense que je l’aurais préféré sous ce format. Il y a un côté un peu too much dans les dessins, les couleurs, les détails … et je ne suis pas fan des expressions de visage.

Ce n’est que la partie où Calliste se retrouve dans une autre dimension qui m’a intéressée, et elle arrive à la toute fin.

J’avoue que je ne suis pas certaine de poursuivre la série, même si elle est courte.

Nombre de tomes parus : 3 (série finie).

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Le papyrus de César

Jean-Yves Ferri (scénariste). David Conrad (illustrateur). 2015, 48 p. Albert René. BD – Aventure. 9,95€.

Deux ans après le succès d’Astérix chez les Pictes, les personnages créés par René Goscinny et Albert Uderzo sont de retour dans un nouvel album écrit par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad. Tous les ingrédients de la potion magique Astérix sont au rendez-vous : l’Histoire de Rome et des Gaulois est revue et corrigée à coups de gags et de jeux de mots en pagaille ! Par Toutatis ! En octobre 2015, toute la Gaule sera occupée … 

Je ne suis pas une grande fan d’Astérix. Je les ai tous lus, ou presque, lorsque j’étais plus jeune, appréciant surtout ce contexte antique (et la chanson du pudding à l’arsenic – mais je m’égare). Depuis Le ciel lui tombe sur la tête que j’ai détesté et trouvé ridicule dans sa critique du manga, je m’en suis tenue à l’écart, même si apparemment les Pictes était mieux. En tombant sur ce dernier volume au boulot, je me suis laissée tenter.

J’avais lu pas mal des critiques, j’en rejoins la plupart. Je me suis terriblement ennuyée. Ce papyrus, c’est La Guerre des Gaules où César relate ses conquêtes, dont il laisse les irréductibles Gaulois de côté, toute la Gaule est occupée. J’avoue que ça ne m’a pas intéressée.

Toutes les blagues sur les nouvelles technologies (Bighdatah, « Sans roseau pas d’appel ») ne m’ont pas intéressées. Bonnemine qui prend limite la place du chef et ses décisions, bof. L’horoscope … non plus.

La fin, les dernières cases, me laisse mitigée. Il y a un côté doucement nostalgique, attachant, à savoir que les aventures d’Astérix et Obélix se sont transmises par tradition orale jusqu’à Uderzo et Goscinny, mais en même temps, c’est un peu cliché …

Une lecture qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. Mais au moins, pas aussi mauvais que Le ciel lui tombe sur la tête.

Nombre de  tomes parus : 36 (série en cours).