Lecture sur un rocher

Des milliards de tapis de cheveux

Die Haarteppichknüpfer. Andreas Eschbach (auteur). Claire Duval (traductrice).: Vincent Madras (illustrateur). 1995 (VO), 1999 (VF), 247 p. L’Atalante (La Dentelle du Cygne). Science-fiction. Livre lu sur liseuse.

Quelque part aux confins de l’empire se niche une planète que seule une curieuse coutume distingue de ses consœurs : depuis des temps immémoriaux, les hommes, tisseurs de père en fils, y fabriquent des tapis de cheveux destinés à orner le palais des étoile de l’empereur.

Pourtant, certains, tel cet homme au passé nébuleux qui prétend venir d’une lointaine planète, racontent que l’empereur n’est plus. Qu’il aurait été tué par des rebelles.

Mais alors, à quoi ou à qui peuvent donc servir ces tapis ?

C’est une excellente surprise. Le début a des accents poétiques, immémoriaux, à parler des traditions de cette planète, sur ces fameux tapis de cheveux. Le récit débute dans leur presque vénération, le grand respect dans lequel les personnages les tiennent. L’auteur décrit avec énormément de brio les traditions de cet univers. J’ai été soufflée par la cohésion et la construction du texte, le fait de changer de point de vue, de personnage à chaque chapitre, toujours pour nous apporter de nouvelles informations sur ces fameux tapis.

Quelques exceptions. Le chapitre sur le triangle amoureux n’apporte pas grand-chose à l’intrigue principale et m’a ennuyée, la chute m’a parue un peu convenue et je l’ai déjà vue en SF ; la relation entre l’archiviste et l’historienne, tout ce focus sur sa solitude amoureuse m’a ennuyée, même si dans ce chapitre-ci on est bien plus au cœur du sujet et qu’il m’a soufflée pour ses dernières révélations.

J’ai aimé la dureté de cet univers, dès les premières pages, apportant un réalisme et une vraisemblance (c’est pas pour les princesses Disney). La multiplicité des personnages, des mondes, donne le vertige, rien que celui de l’Empereur (tout ce qui a trait à lui est fascinant). J’ai été surprise à tellement de reprises, moi qui suis souvent un peu déçue de cet aspect, ici j’ai été parfaitement servie, le suspense est vraiment bien maîtrisé avec les différents chapitres, les informations bien dosées.

S’il y a de nombreux personnages, la structure permet de s’y attarder chacun à leur tour, ils sont bien dépeints, interagissent les uns avec les autres et on s’attache à découvrir leur sort, leurs relations. J’ai aimé les suivre, même si certains étaient forcément agaçants ou imbuvables. La fin m’a particulièrement touchée, surtout dans son écho avec le début. Ainsi que la chute du chapitre d’avant (la résolution du mystère des tapis de cheveux vient d’un casier de nombreux étages plus bas que la bibliothèque, et une longue lignée d’autres casiers s’alignent, l’historienne demande ce qu’ils renferment et l’archiviste répond les yeux brillants « D’autres histoires. » C’est simple, mais tellement beau et poétique)

Beaucoup d’originalité, de finesse, de douceur. L’écriture est simple, mais elle m’a paru mélodieuse par moment. Je l’ai lu d’une traite ou presque. Un excellent moment de lecture.

Lecture sur un rocher

Des fleurs pour Algernon

Flowers for Algernon. Daniel Keyes (auteur). Georges H. Gallet (traducteur). Eikasia (illustration). 1966 (VO), 2004 (VF), 251 p. J’ai Lu (S-F). Science-fiction.

Algernon est une souris de laboratoire dont un traitement médical vient de décupler l’intelligence. Enhardis par cette réussite, les deux savants tentent alors d’appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d’esprit.

C’est bientôt l’extraordinaire éveil de l’intelligence pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu et l’amour qui naît entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jours les facultés supérieures d’Algernon déclinent. Commence alors pour Charlie le drame atroce d’un homme qui, en pleine conscience, se sent retourner à l’état de bête.

Je suis touchée mais pas enthousiaste. J’ai eu du mal à me faire à la typo de début, lorsque Charlie ne s’exprime que très mal à l’écrit, puis c’est son caractère qui se dégrade avec l’évolution de son intellect qui est difficile à suivre. On ne peut que regarder en arrière avec tristesse en pensant à ce qu’il a gagné, perdu, puis ce qui va advenir de lui. Sa relation avec Algernon, la souris qui a subi le traitement avant lui, est adorable.

L’évolution de son caractère est néanmoins très plausible et je l’ai suivie avec passion même si, et c’est vrai que c’est dérangeant, j’en connaissais déjà l’issue. Mais je ne pensais pas que je serais si triste ni si touchée de son sort. Surtout en découvrant ses souvenirs récents et plus anciens et la manière dont il était traité même s’il avait l’impression de n’être entouré que d’amis. En particulier la dureté de ses souvenirs d’enfant et à la fin sa rencontre avec sa mère et sa sœur ou son retour à la boulangerie.

Et j’avoue que j’ai été un peu agacée en voyant que ce livre est sorti récemment dans une version augmentée que je n’ai donc pas lue.

Néanmoins, c’est un beau récit, triste et doux.

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Le Cycle de Fondation, tome 2 : Fondation et Empire

Foundation and Empire. Isaac Asimov (auteur). Jean Rosenthal (traducteur). 1952 (VO), 1985 (VF), 250 p. Denoël (Présence du Futur). Science-fiction.

Tandis que les crises qui secouent l’Empire redoublent de violence et annoncent son effondrement définitif, la Fondation créée par le psychohistorien Hari Seldon pour sauvegarder la civilisation devient de plus en plus puissante, suscitant naturellement convoitise et visées annexionnistes. En tout premier lieu, celles de Bel Riose, jeune général qui voit dans les secrets détenus par la Fondation le moyen de monter sur le trône. C’est alors qu’apparaît un mystérieux et invincible conquérant, surnommé le Mulet, que le plan de Seldon n’avait pas prévu.

Cette lecture date déjà un peu et au moment où je l’ai faite, je ne me souvenais plus du tome 1, ce qui s’est bien vu. J’étais totalement perdue pendant la plus grande partie du roman à essayer de resituer personnages et évènements. Le début m’a déjà perturbée, on n’est plus du tout dans la Fondation, et je n’avais aucun repère.

La quête du Mulet est assez prenante et inquiétante, on ignore qui il est, ses possibilités, on ne connait que ses fulgurants résultats. La présence féminine est très plaisante, Bayta, ce qui manquait à mon avis dans le volume précédent. Et ce qui peut apparaître comme un détail, mais pas vraiment : j’ai toujours dit que les clowns étaient glauques. Je n’ai vraiment pas aimé ce ressort.

J’ai beaucoup aimé le visi-Sonor, mélange de couleurs et de musique, en revanche, c’est cet aspect technologique qui m’a marquée dans ce tome. Ça, et l’erreur de Seldon. Je pensais qu’il savait tout.

Certaines erreurs / fautes de typo m’ont fait sortir de mes gonds, comme « conculté ». Sérieusement ? Je sais que c’est une vieille édition, mais les relecteurs existaient déjà.

Une rencontre un peu manquée, malgré un final impressionnant et imprévisible sur une manipulation à laquelle je ne m’attendais pas vraiment. Et qui ne me laisse pas trop de souvenirs, en fin de compte.

Nombre de tomes parus : 7 (série finie).

Fondation

Lecture sur un rocher

Ender’s Game

Orson Scott Card (auteur). 1985.  Science-fiction. Livre lu en anglais sur liseuse.

Il y a cinquante ans, la flotte terrienne a réussi à repousser l’attaque des doryphores. Aujourd’hui pourtant, une nouvelle invasion menace.

Un programme militaire pour la formation des futurs commandants de la flotte est en cours, mais le temps est compté. Parmi les élèves-officiers — tous des surdoués —, Andrew Wiggin, dit Ender, focalise toutes les attentions. Appelé à devenir un puissant Stratège, il est le jouet des manipulations de ses supérieurs depuis sa naissance et cela le dépasse.

Car c’est entre ses mains que repose le sort de l’humanité.

Et Ender n’a que six ans.

Au début, ça a tout de même été dur. Ender, c’est typiquement le personnage qui s’en prend plein la figure tout au long du récit, et que je t’en rajoute une couche, et franchement, au bout d’un moment, ça me gonfle. Suis-je sensée penser que c’est un pauvre petit bout’chou ? L’accumulation est selon moi inutile et elle n’a pas été loin de me faire perdre tout intérêt pour le gamin. Et son histoire, par extension.

Je vais aussi revenir sur le côté violent du texte. Il commence dès le début avec ce camarade de classe qui se fiche du héros, et la réaction de celui-ci. Il s’en veut peut-être, mais ça donne une certaine couleur au récit dès le début. Il y a aussi la position des adultes sur ce sujet, qui le laissent bien souvent se débrouiller seul, ce qui m’a souvent fait sortir de mes gonds, surtout lorsqu’ils rejettent les fautes possibles sur Ender. Bien souvent, le récit est arrivé à ça de m’énerver et me faire lâcher l’affaire.

L’aspect militaire n’est pas du tout quelque chose qui me plaît dans un roman. Il m’a fait penser à Étoiles, garde-à-vous ! de Robert Heinlein qui avait tout de même réussi à m’intéresser. Et ça a un peu été le cas de Card, qui m’a embarquée vers la fin malgré ce cadre pas évident.

J’ai aimé les touches de SF assez rapides, un peu inquiétantes (le moniteur, le nombre d’enfants maximum), que j’aurais aimées plus développées du point de vue quotidien, même si on en verra beaucoup dans l’école militaire, et qu’on aura pu découvrir un peu plus avec Peter et Valentine qui restent lorsque Ender les quitte. On s’intéresse aussi rapidement à eux, même si Peter peut sembler aussi horrible, il n’est pas que ça. Certes, il est très intelligent, mais il n’a pas que ce côté sombre et violent même s’il refuse son petit frère, il est plus complexe, et ça m’a plu. Quant à Valentine, elle paraît un peu trop gentille au début, mais j’aime son développement en parallèle à Peter.

Un élément qui m’a étonnée lors d’un dialogue a été d’apprendre que quelqu’un a été arrêté, et qu’il y a eu, avec le verbe en italique pour insister dessus, une mort à l’école. Hu ? Qui est mort? Je n’ai pas l’impression d’avoir loupé cette information auparavant et elle arrive bizarrement à ce point dans le récit. J’ai parfois eu des problèmes de compréhension, de transition. Est-ce que c’était moi qui n’y était pas trop ou l’auteur qui n’expliquait pas tout ce qui ce passait ? Je ne pourrai pas vous dire exactement.

La fin m’a immensément surprise, pour ne pas dire choquée. J’avais un peu l’impression d’un bon tour qu’on nous avait joué à Ender et moi, mais en plus sérieux, et une fois cet élément passé, la toute fin est belle et poétique.

Lire en anglais a été un plaisir. C’est ma première découverte VO de la plume de l’auteur, et je la poursuivrai sûrement dans cette langue. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir un souci particulier de vocabulaire, de termes inventés qui n’avaient pas d’explication claire en cas de concept scientifique par exemple.

Et lire en numérique. C’est donc la première lecture que j’ai faite avec ma liseuse, majoritairement dans le train. Je ne maîtrisais pas encore la bête, je ne pouvais pas encore prendre des notes, entre autres, et ça a été une expérience plutôt étrange. Mais agréable. La preuve, j’ai continué.

Et poursuivre cette série, je compte le faire, en VO donc, et en numérique. Parce que même si certains éléments m’ont vraiment agacée, Card a su me pousser à m’accrocher. Il y a la curiosité, c’est sûr, j’avais envie de savoir s’ils allaient casser Ender définitivement, où allaient les emmener leur activité Peter et Valentine, et, quand même un peu, le sort de l’humanité. J’ai aimé découvrir ce récit, avec les interrogations qu’il amène sur son chemin (même si là, je ne les vois plus beaucoup, comme j’ai pris pas mal de retard dans mes billets), et je compte lire la suite. Et lire de la science-fiction sur une liseuse, je trouve ça particulièrement adéquat.

Nombre de tomes parus : 4 (série finie).

Lecture sur un rocher

La planète des singes

Pierre Boulle (auteur). 1963 (VF), 2008, 189 p. Pocket. Science-fiction.

Un jeune couple fait la découverte d’un message dans une bouteille. C’est l’histoire d’Ulysse Mérou, journaliste français, qui a participé à une expédition spatiale. Avec un professeur et son assistant, il est arrivé sur une planète qu’il a appelée Soror et où l’espèce dominante est le singe : orang-outan, chimpanzé et gorille. Mais les singes se sentent vite menacés par un homme intelligent, surtout après une grande découverte d’un de leurs savants. 

Le récit début sur un jeune couple, Phyllis et Jinn, qui navigue dans l’espace par loisir. Ils tombent sur une bouteille contenant un message définitivement bien long, dont on ne sait pas comment il est arrivé là ou comment Ulysse a pu tout écrire. Le procédé de la bouteille est remis au goût du jour et ne me dérange pas, il conserve du suspense au twist final.

Ulysse m’a agacée, il est tout sauf modeste, l’Homme (« moi, un des rois de la création », « n’est-ce pas moi, Ulysse Mérou, l’homme que le destin a conduit sur cette planète pour être l’instrument de la régénération humaine? »). La narration à la première personne, avec Ulysse qui sait tout ou presque très vite, m’a paru très pesante.

L’évolution de la relation entre Ulysse et Zira, la guenon scientifique, m’a plu, elle est un personnage attachant, bien plus qu’Ulysse à mes yeux. Il est parfois vache avec Nova, la jeune femme humaine qui lui plaît, et n’hésite pas à user de son autorité sur elle ou de lui faire peur.

La société simienne m’a intéressée, sans plus, avec ce qui l’a conduite à se développer.

Sinon, j’ai été agacée, j’ai voulu le lire vite. L’écriture fait un peu daté et ne m’a pas spécialement plu. J’ai été choquée par la scène de la chasse, à l’arrivée d’Ulysse sur cette planète. La chute avec Zira, puis Phyllis et Jinn, m’a plu.

Ça n’a pas été un bon moment de lecture.

Lecture sur un rocher

Le Cycle des robots, tome 1 : Les Robots

Isaac Asimov (auteur). Pierre Billon (traducteur). Caza (illustrateur). 1950 (VO), 1990 (VF), 370 p. J’ai Lu (Science-Fiction).  Nouvelles.

Selon les trois lois de la robotique :

– Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.

– Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi.

-Un robot doit protéger son existence dans la mesure ou cette protection n’est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.

Susan Calvin, robopsychologue, évoque plusieurs cas mettant en scène des robots, étudiant leurs réactions en fonction de ces lois.

J’ai beaucoup aimé voir les robots présentés sous un jour humain, comme Robbie, tout en les sachant programmés, et étant parfois dans des situations en contradictions avec ces programmes. La présence féminine de Susan est plaisante (un équivalent m’aura manqué dans le premier tome de Fondation), et m’a touchée dans la nouvelle / le chapitre « Menteur », qui présent un robot télépathe l’ayant fait souffrir. Il est toujours intéressant d’essayer de comprendre ce qui ne va pas avec les robots.

Les histoires de Donovan et Powell sont intéressantes aussi, mais je n’arrive jamais à les différencier, ce qui n’est pas terrible. J’ai apprécié Byerley, l’astucieux robot devenu président puis Coordinateur mondial.

La dernière nouvelle, « Conflit évitable » sur les Machines, ces super robots qui gèrent la Terre en la manipulant, m’a paru ennuyeuse. Il y a trop d’informations théoriques, même si elles sont intéressantes, elles sont indigestes ici.

J’ai bien aimé la forme des nouvelles/chapitres, elles sont bien adaptées pour découvrir plusieurs cas de figure. L’écriture n’est pas complexe mais fluide, facile à lire. C’est une relecture extrêmement plaisante.

Nombre de tomes parus : 6 (série finie).

Lecture sur un rocher

Les voies d’Anubis

The Anubis Gates. Tim Powers (auteur). Gérard Lebec (traducteur). Philippe Caza (illustrateur). 1983 (VO), 1986 (VF), 478 p. J’ai Lu (Science-fiction). Fantasy.

Vraiment, pourquoi Brendan Doyle, jeune professeur californien, aurait-il refusé de faire à Londres cette conférence payée à prix d’or ? Comment deviner que l’attend la plus folle et la plus périlleuse des aventures ? Voyez plutôt : à peine arrivé, le voici précipité, par une mystérieuse brèche temporelle, dans les bas-fonds de Londres. De Londres en 1810 ! Sorciers, sectes et rumeurs de loup-garou … 

Bon, eh bien voilà ce fameux article qui attend depuis un an d’être publié. Je n’arrête pas de le repousser, mais comme c’est pour le challenge de Snow … allons-y. Cependant, j’ai peur que mon billet soit à l’image de mon sentiment de lecture : pas terrible.

Une lecture étrange, pour le moins foisonnante. L’auteur évoque beaucoup d’époques, de personnages. J’ai vite été perdue, surtout que certains changent de corps. Le texte fait constamment référence à Byron ou Coleridge, des auteurs britanniques classiques. Si j’ai fait des études d’anglais, je ne les connais pas très bien. Ce qui est sensé être connu voire universel, était franchement perdu là. Et au bout d’un moment, même en aimait la littérature, ça m’a vraiment ennuyée.

Le début annonçait une plongée dans les croyances égyptiennes, de la magie, et j’aurais bien voulu rester dans ces eaux-là. Je pense que j’aurais été sûrement moins perdue entre les diverses époques, références, personnages. J’ai vraiment eu l’impression que plusieurs histoires avaient été mélangées. Et en l’occurrence le mélange ne m’a pas convaincue.

J’ai détesté les passages avec le clown. Je n’aime vraiment pas les clowns, et celui là me donnait vraiment des sueurs froides, avec des histoires d’opérations chirurgicales sur mendiants, un peu glauques. En plus, cette impression d’accumulation, associée à ce mélanges de différentes époques, d’intrigues, m’a perdue et je n’ai vraiment pas aimé cette lecture.

Lecture sur un rocher

1984

George Orwell (auteur). Amélie Audiberti (traductrice). Georges Rohner (illustrateur). 1948 (VO), 1979 (VF), 284 p. Folio. Science-fiction – Dystopie.

Nous sommes en 1984, en Océania, à Londres. Winston Smith, le protagoniste, est un simple employé du Parti, au Commissariat aux Archives du Ministère de la Vérité. Il n’est pas censé faire triompher la vérité, mais remplacer celle-ci par des mensonges. Mais là où Big Brother vous regarde, il n’est pas bon s’intéresser de trop près à la vérité …

Une lecture époustouflante. Un univers très précis, avec ses règles drastiques, son histoire, sa géographie (j’avoue, je n’arrive absolument pas à me représenter Océania, Eurasia et Estasia en tant que telles, même avec les explications).

Je ne me suis guère attachée aux personnages, plutôt à l’univers, et à le découvrir au travers des yeux de Winston, puis d’un livre très particulier. Plutôt que la technologie, le progrès de la science et le bonheur comme dans Le meilleur des mondes, que je ne peux m’empêcher de rapprocher de 1984, malgré les différences entre les univers. On est face à une société qui utilise peu la technologie, excepté le télécran, qui permet de voir et d’être vu, et au malheur des personnages, surveillés en permanence.

Tout comme pour La Ferme des Animaux, c’est un écriture que j’aime beaucoup. Elle est particulièrement travaillée ici, comme un des champs de travail du Parti est d’en créer un nouveau, le novlangue (visant à créer une langue en supprimant des mots. exemple : « mauvais » disparaît au profit d' »inbon »). J’ai beaucoup aimé ce qui avait trait à ce thème.

Des tonnes de choses pourraient être dites, mais ce serait vraiment spoiler. Il y a la situation de Winston, ses relations avec les autres, la hiérarchie de la société, le Parti et ses actions, ses principes, les jeux sur le langage, … Les détails de cet univers sont vraiment très riches et on suit les pas de Winston avec passion, pour, comme lui, comprendre comment et pourquoi.

L’auteur propose une réflexion sur les systèmes gouvernementaux en général et totalitaires en particulier, leur forme omnisciente et omnipotente menace toujours. Publié en 1949, ce roman a été rédigé en 1948, en s’inspirant du stalinisme et du nazisme, en espérant en faire une puissante mise en garde. Je pense que dans cette optique, c’est réussi. Dès lors qu’on pose le regard sur le premier chapitre, on est comme happé, on a besoin de savoir la suite, même si cet univers et la manière de vivre sont franchement sinistres. Pour moi, cette fascination a duré tout au long du livre, même si parfois j’ai eu du mal à imaginer certains éléments, ou comprendre certains principes ou certaines réflexions.

Autres Livradictien(ne)s dont vous pouvez découvrir l’avis: Hidile, Felina, Aurélie, Korto, Ceinwin, Lau1307, Tchae, Kincaid40, Rose, StupidGrin.

Lecture sur un rocher

Le Cycle de Fondation, tome 1 : Fondation

Isaac Asimov (auteur). Jean Rosenthal (traducteur). R. Leygue (illustrateur). 1951 (VO), 1966 (VF), 236 p. Denoël (Présence du Futur).  Science-fiction.

Hari Seldon, expert en psycho-histoire a prévu la chute de l’Empire galactique dans une durée de cinq siècles. Cependant, en prenant certaines précautions, il serait possible de réduire à un millénaire au lieu de bien davantage le temps d’obscurantisme. Les précautions seraient la création d’une Fondation réunissant sous forme d’Encyclopédie tout le savoir connu. Ou du moins, c’est ce que prétend Seldon au moment de l’institution de la Fondation, que l’on retrouve cinquante ans plus tard, puis trente, enfin ses représentants dans l’espace.

J’ai trouvé le thème extrêmement intéressant, mais la structure complexe. Bien que linéaire, on passe assez rapidement d’un temps à l’autre, en découvrant comment les représentants de la Fondation se sortent des situations de crises, dites crises Seldon de par leur importance. Complexe car on se réhabitue à de nouveaux personnages, de nouvelles perspectives à chaque partie, nouveaux opposants, nouvelles solutions aux problèmes, chacune se révélant un mal au fil du temps. C’est à l’établissement d’une civilisation qu’on assiste, à ma plus grande fascination.

Cependant, je ne conseillerais pas ce livre comme première lecture de science-fiction, avec cette action fragmentée et à forte dose de politique.

Quelques détails m’ont ennuyée : l’œuvre est pratiquement à 100% masculine. Je sais que la SF est un monde d’hommes, mais à ce point … d’autant que les Robots proposaient une figure féminine forte, Susan Calvin. Je ne m’attendais pas à un univers entièrement masculin. Le second point à m’avoir ennuyée est l’utilisation de l’énergie atomique. Elle est présentée comme la solution d’énergie presque ultime, sans aucun danger associé. Peut-être était-ce la vision des choses dans les années 50, et je sais que c’est de la fiction, mais ce parti pris m’a gênée.

En bref, je dirais qu’il s’est agi d’une lecture fascinante, mais pas des plus aisées, que je recommande cependant. J’ai passé un très bon moment.

Nombre de tomes parus : 7 (série finie)

Fondation et Empire

Lecture sur un rocher

Ravage

René Barjavel (auteur). François de Constantin (illustrateur). 1943 (VF), 1972 (VO) 320 p. Folio. Science-fiction.

Paris 2052 ; dans une France où la Ville prospère, où le Progrès de l’homme éclate, où l’électricité, devenue indispensable, a même remplacé l’agriculture, tout semble possible et l’Homme n’a même plus peur de la mort. Pourtant, après une formidable panne électrique, la ville est brusquement plongée dans le chaos.

Une histoire très intéressante sur les instincts et réactions des hommes quand tout un univers s’effondre, après s’être laissé gouverner par la technologie. On assiste à un monde qui se détruit, absurdement, sans raison, au triomphe de l’égoïsme, de la mort et de la désolation.

Pour mettre exactement un mot sur ce que j’ai pensé de cette lecture, je n’ai pas aimé l’intrigue, les personnages, l’écriture. Je les ai trouvés intéressants. En particulier l’écriture, que j’ai trouvée objective, froide, scientifique. Pour les personnages, Blanche m’a un peu marquée en m’agaçant royalement au début, je l’avoue, puis elle m’a laissée relativement indifférente.

D’auteur-que-j’ai-vraiment-pas-envie-de-lire-parce-qu’on-m’a-bassinée-avec, Barjavel passe à auteur intéressant lorsque l’occasion se présentera, en grande partie pour sa manière d’aborder la dystopie ainsi que son écriture concise.

Quelques défauts ? C’était écrit tout petit … et le côté polygame de la nouvelle société, même si je les ai trouvés aussi prisonniers d’une spirale négative devant le refus de l’éducation et du passé que dans la société futuriste du début.

Une lecture que, définitivement, je ne regrette pas, et qui rappelle que non, se reposer à 100% sur la technologie, ça n’est pas bon et ça comporte des risques.