Au défi de lire

Challenge des Incontournables Livraddict – Terminé !

Les membres de Livraddict ont été interrogés pour donner une liste de leurs 20 livres incontournables, puis en ont été extraits les plus cités pour former les 100 incontournables.

Différents niveaux ont été proposés, et j’ai choisi « vers l’infini et au-delà » : je dois lire au moins 16 livres de cette liste et les chroniquer. J’ai jusqu’au 30 juin 2011.

Edit du 30 juin 2011 : en fait, j’en ai lu 17 ^^ dont une série incomplète, A la croisée des mondes, la lecture du 3 est prévue pour une LC de la mi-juillet. Je me suis bien amusée, j’ai passé d’excellents moments et de moins bons, et j’ai découverts des oeuvres que j’ai adorées.

Palier : Vers l’infini et l’au-delà, 17/16.

Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas.

A la croisée des mondes (série), Philip Pullman (tome 1, tome 2).

Geisha, Anthony Golden.

Orgueil et préjugés, Jane Austen.

Le Petit Prince, Saint-Exupéry.

La ferme des animaux, Orwell.

Stupeur et tremblements, Amélie Nothomb.

L’étranger, Camus.

Ensemble, c’est tout, Anna Gavalda.

La grammaire est une chanson douce, Orsenna.

Antigone, Jean Anouilh.

Ravage, René Barjavel.

La machine infernale, Cocteau.

La belle lisse poire du prince Motordu, Pef.

L’écume des jours, Boris Vian.

Fondation, Asimov.

La part de l’autre, Eric-Emmanuel Schmitt.

Lecture sur un rocher

La part de l’autre

Eric-Emmanuel Schmitt (auteur). Isabelle Lutter (illustratrice). 2004 (VF), 503 p. Le Livre de Poche.  Histoire – Uchronie.

8 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé. Que se serait-il passé si l’École des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d’artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d’une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde.

L’auteur propose deux récits : une biographie d’Hitler et une uchronie dans laquelle il a été reçu aux Beaux-Arts et vécu une vie loin de l’antisémitisme. Sa théorie est que la vie du dictateur a basculé au moment de son échec aux examens d’entrée des Beaux-Arts.

J’ai été intriguée, mais aussi un peu déçue. La partie biographique est extrêmement intéressante, comme je n’ai jamais lu de biographie d’Hitler et sais principalement de lui ce que m’en ont appris mes cours d’Histoire de lycée. La structure alterne le point de vue de ces deux personnages, chacune part du même homme. Ils sont proches et tellement différents à la fois, avec Hitler, le génocide, et Adolf H., le peintre tolérant.

Ma première grande déception a été de voir qu’au début l’intrigue était très centrée sur le sexe. Peut-être était-ce vraiment un gros problème d’Hitler, comme Freud, auquel je ne m’attendais pas du tout, l’analyse dans l’uchronie. Je n’ai pas aimé lire ça.

La vie de l’autre m’a semblé trop romanesque, trop de rebondissements, clichés (Paris des peintres, son histoire avec Sarah, son élève qui séduit sa fille …). J’ai parfois trouvé ce personnage drôle, mais sans plus.

Je reste mitigée, principalement parce que je ne sais pas à quel point les extraits « vrais » le sont. Comme l’hypnotisme, et sa tolérance jusqu’à ce moment. Je n’y ai pas cru, ce qui m’a empêché de croire au reste.

Lecture sur un rocher

Le Cycle de Fondation, tome 1 : Fondation

Isaac Asimov (auteur). Jean Rosenthal (traducteur). R. Leygue (illustrateur). 1951 (VO), 1966 (VF), 236 p. Denoël (Présence du Futur).  Science-fiction.

Hari Seldon, expert en psycho-histoire a prévu la chute de l’Empire galactique dans une durée de cinq siècles. Cependant, en prenant certaines précautions, il serait possible de réduire à un millénaire au lieu de bien davantage le temps d’obscurantisme. Les précautions seraient la création d’une Fondation réunissant sous forme d’Encyclopédie tout le savoir connu. Ou du moins, c’est ce que prétend Seldon au moment de l’institution de la Fondation, que l’on retrouve cinquante ans plus tard, puis trente, enfin ses représentants dans l’espace.

J’ai trouvé le thème extrêmement intéressant, mais la structure complexe. Bien que linéaire, on passe assez rapidement d’un temps à l’autre, en découvrant comment les représentants de la Fondation se sortent des situations de crises, dites crises Seldon de par leur importance. Complexe car on se réhabitue à de nouveaux personnages, de nouvelles perspectives à chaque partie, nouveaux opposants, nouvelles solutions aux problèmes, chacune se révélant un mal au fil du temps. C’est à l’établissement d’une civilisation qu’on assiste, à ma plus grande fascination.

Cependant, je ne conseillerais pas ce livre comme première lecture de science-fiction, avec cette action fragmentée et à forte dose de politique.

Quelques détails m’ont ennuyée : l’œuvre est pratiquement à 100% masculine. Je sais que la SF est un monde d’hommes, mais à ce point … d’autant que les Robots proposaient une figure féminine forte, Susan Calvin. Je ne m’attendais pas à un univers entièrement masculin. Le second point à m’avoir ennuyée est l’utilisation de l’énergie atomique. Elle est présentée comme la solution d’énergie presque ultime, sans aucun danger associé. Peut-être était-ce la vision des choses dans les années 50, et je sais que c’est de la fiction, mais ce parti pris m’a gênée.

En bref, je dirais qu’il s’est agi d’une lecture fascinante, mais pas des plus aisées, que je recommande cependant. J’ai passé un très bon moment.

Nombre de tomes parus : 7 (série finie)

Fondation et Empire

Lecture sur un rocher

L’écume des jours

Boris Vian (auteur). 1947 (VF), 1963 (VF), 186 p. 10/18.  Contemporaine.

Ce titre léger et lumineux annonce une histoire d’amour drôle ou grinçante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C’est un conte de l’époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, merveilleux et fantastique, féerique et déchirant.

Je n’ai pas trouvé que c’était une si belle histoire. De l’instant où Colin rencontre Chloé, même s’il désire vraiment cette rencontre, tout se désagrège autour d’eux.

J’ai surtout été dérangée par l’hypocrisie de la part des religieux : on ne s’intéresse à eux, pour le mariage ou l’enterrement de Chloé, que pour de l’argent. Et les cérémonies sont pour le moins étranges et dérangeantes … du baroque outrancier, on passe au grotesque païen, assez perturbant. J’ai été moins touchée par le sort de Colin et Chloé que celui de la petite souris, à dire vrai.

Pour être franche, l’histoire en elle-même ne m’a pas tellement plu, excepté l’humour autour de Partre et Bovouard. J’ai aimé la langue, les jeux de mots inusités et étranges choisis par Vian, qui semblent avoir une vie à part vu leur utilisation. Une poésie passionnante pour une histoire que j’ai trouvée beaucoup moins intéressante.

Un livre court qui se lit très vite.

Lecture sur un rocher

La belle lisse poire du prince de Motordu

Pef (auteur). 1980 (VF), 2010 (VF), 36 p. Gallimard Jeunesse. Album, Jeunesse .

Le prince de Motordu mène la belle vie, mais il n’a jamais réussi à parler comme tout le monde. Dans sa bouche, un château devient un chapeau, un drapeau se transforme en crapaud. Or, un jour, il rencontre la princesse Dézécolle et le prince va devoir très vite retourner en classe pour y retrouver le beau langage.

Pef livre ici une histoire adorable. J’ai adoré ces jeux de mots charmants. On découvre le prince de Motordu habitant un chapeau très beau, qui fait des batailles de poules de neige. Il doit se marier parce que selon sa mère, s’il était salade, qui lui repasserait son singe ?

Cette édition proposée en illustration offre aussi la possibilité de regarder le dessin animé. J’ai beaucoup aimé les voix des personnages et les nouveaux jeux de mots. Il met en scène la famille de Motordu, en plus de ses parents, et en partie un oncle, une tante et un cousin particulièrement méchants et envieux. Je trouve qu’on ne s’éloignait pas de l’histoire d’origine, mais qu’au contraire elle était enrichie de ces ajouts.

Pour les petits comme pour les plus grands, une lecture et un univers vraiment charmants.

Lecture sur un rocher

La machine infernale

Jean Cocteau (auteur). 1932 (VF), 1992 (VF), 136 p. Le Livre de Poche. Théâtre.

Obéissant à l’oracle, Oedipe résout l’énigme du Sphinx, tue son père et épouse sa mère. La peste s’abat sur Thèbes qui a couronné un inceste et un parricide. Quand un berger dévoile la vérité, la machine infernale des dieux explose.

Je retrouve Cocteau que j’avais découvert avec le film de La Belle et la Bête. Son étrangeté, à l’époque, m’avait séduite, me laissant le souvenir d’une écriture moderne avec Orphée. Je n’ai pas été déçue. C’est un récit plein de vie, qui se lit en peu de temps, et que j’ai adoré.

Mythologie, rythme, musicalité, humour, vocabulaire moderne … Je me suis laissée emporter par ce cocktail. Le personnage du Sphinx m’a touchée, féminisée, humanisée comme elle l’est par l’auteur, touchante dans sa douceur et sa vengeance.

En matière de mythologie, j’ai trouvé cette pièce plus vivante qu’Antigone, même si le sujet est tout aussi douloureux, à travers le parricide et inceste Oedipe. Celui-ci m’a d’ailleurs agacée. Mon personnage préféré reste le Sphinx et Anubis avec elle.

J’ai juste été un peu déçue par le dernier acte, que je trouve trop court.

Avec ces petits défauts, j’ai vraiment aimé cette lecture.

Lecture sur un rocher

Ravage

René Barjavel (auteur). François de Constantin (illustrateur). 1943 (VF), 1972 (VO) 320 p. Folio. Science-fiction.

Paris 2052 ; dans une France où la Ville prospère, où le Progrès de l’homme éclate, où l’électricité, devenue indispensable, a même remplacé l’agriculture, tout semble possible et l’Homme n’a même plus peur de la mort. Pourtant, après une formidable panne électrique, la ville est brusquement plongée dans le chaos.

Une histoire très intéressante sur les instincts et réactions des hommes quand tout un univers s’effondre, après s’être laissé gouverner par la technologie. On assiste à un monde qui se détruit, absurdement, sans raison, au triomphe de l’égoïsme, de la mort et de la désolation.

Pour mettre exactement un mot sur ce que j’ai pensé de cette lecture, je n’ai pas aimé l’intrigue, les personnages, l’écriture. Je les ai trouvés intéressants. En particulier l’écriture, que j’ai trouvée objective, froide, scientifique. Pour les personnages, Blanche m’a un peu marquée en m’agaçant royalement au début, je l’avoue, puis elle m’a laissée relativement indifférente.

D’auteur-que-j’ai-vraiment-pas-envie-de-lire-parce-qu’on-m’a-bassinée-avec, Barjavel passe à auteur intéressant lorsque l’occasion se présentera, en grande partie pour sa manière d’aborder la dystopie ainsi que son écriture concise.

Quelques défauts ? C’était écrit tout petit … et le côté polygame de la nouvelle société, même si je les ai trouvés aussi prisonniers d’une spirale négative devant le refus de l’éducation et du passé que dans la société futuriste du début.

Une lecture que, définitivement, je ne regrette pas, et qui rappelle que non, se reposer à 100% sur la technologie, ça n’est pas bon et ça comporte des risques.

Lecture sur un rocher

Antigone

Jean Anouilh (auteur). 1944 (VF), 1964 (VF), 133 p. La Table Ronde.  Théâtre.

Après le suicide de Jocaste et l’exil d’Œdipe, les deux frères d’Antigone, Étéocle et Polynice se sont entretués pour le trône de Thèbes. Créon, frère de Jocaste et nouveau roi, a décidé de n’offrir de sépulture qu’à Étéocle et non à Polynice, qualifié de voyou et de traître. Quiconque osera enterrer le corps du renégat sera puni de mort. Personne n’ose braver l’interdit et le cadavre de Polynice est abandonné à la chaleur et aux charognards. Seule Antigone refuse cette situation. 

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture d’Anouilh, même si elle comportait moins d’images et de métaphores que pour les Fables, que j’avais beaucoup aimées.

Ici, on retrouve un mythe connu : Antigone a bravé l’interdit de son oncle pour enterrer son frère. Par respect pour lui et pour leur religion, elle franchit le pas et se détache de tout et de tous. Anouilh en fait une pièce de théâtre aux accents et au vocabulaire modernes, qui m’ont donné un goût de Giraudoux, sans l’humour qu’il parvient à transmettre malgré la tragédie de La Guerre de Troie n’aura pas lieu.

J’ai trouvé que le résultat était un mélange de douceur et de dureté, douceur dans le personnage d’Antigone et dureté dans les évènements, la réalité qui fait voler en éclats l’univers simple de la jeune femme. Je regrette de ne pas avoir étudié cette pièce au lycée, ou en tout cas de l’avoir lue plus tôt. Elle va si vite, comme Créon va vite lorsqu’il démolit les certitudes d’Antigone. J’ai été impressionnée par le côté solennel et simple de l’héroïne, et les réflexions développées sur la vie, la mort, le bonheur, ce qui est important ou pas.

Retrouver Anouilh a été un véritable plaisir, dans ce livre à la fois tout simple, dur et si beau.

Lecture sur un rocher

La grammaire est une chanson douce

Erik Orsenna (auteur). 2003, 135 p. Le Livre de Poche. Conte – Poésie. 5,50€.

Jeanne, la narratrice, voyage beaucoup avec son frère aîné, Thomas. Un jour leur bateau fait naufrage et, seuls rescapés, ils échouent miraculeusement sur une île inconnue. Mais la tempête les avait tant secoués qu’elle les avait vidés de leurs mots, privés de parole. Accueillis par Monsieur Henri, un musicien poète et charmeur, ils découvriront un territoire magique où les mots mènent leur vie : ils se déguisent, se maquillent, se marient.

Une merveille de beauté, de poésie, de douceur. Je ne m’attendais pas à ça, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. A une leçon de grammaire plate et ennuyeuse d’un auteur qui se pense divertissant ? Ça a été tout le contraire.

L’écriture est magnifique, simple, douce et grave à la fois. Ce sont des choses sérieuses, mais le ton est léger. On apprend des notions de base de grammaire mais vraiment d’une manière simple, facile à retenir, intéressante et drôle. Le titre porte merveilleusement bien son nom. Je n’aurais jamais pensé qu’on puisse expliquer la grammaire française sous cet angle. C’est instructif et distrayant à la fois. Sa simplicité même en fait sa richesse et fait réfléchir, comme lorsque Jeanne rencontre les mots « Je t’aime » …

J’ai juste regretté qu’il soit si court, mais il y a beaucoup d’autres titres du même auteur pour prolonger la féérie. En quelques mots, je trouve que c’est une très belle histoire, simple, quotidienne, avec des personnages attachants, dont on se rapproche, car on les découvre en même temps qu’ils se redécouvrent eux-mêmes. 

Lecture sur un rocher

Ensemble, c’est tout

Anna Gavalda (autrice). 2005, 573 p. J’ai Lu.  Contemporaine.

Camille dessine. Dessinait plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l’existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l’idée de mourir loin de son jardin. Ces quatre là n’auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés …

J’entends parler de Gavalda depuis des années, et j’avoue, ses livres ne me tentent pas. Malheureusement, elle apparaissait sur ma liste de prescription scolaire, et comme elle est inclue aux Incontournables Livraddict, nous voilà. Honnêtement, ce livre ne fait pas exception à l’ennui que j’ai éprouvé en lisant presque tous mes livres d’école à l’IUT (excepté les Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir).

Le sujet et l’intrigue m’ont ennuyée : quatre personnages se rencontrent, vivent ensemble. Ils ne m’ont pas plu, même s’il m’est arrivé d’apprécier Philibert, ses manies, son langage, sa gentillesse. Je n’ai pas aimé l’écriture qui parfois est partie dans le cru voire le vulgaire. Et c’est un pavé … je me suis rarement forcée à lire un livre aussi long en entier, lorsqu’il ne me plaisait pas. J’ai découvert les joies d’une nuit blanche avec un livre qui ennuie.

J’ai parfois aimé Philibert, comme je l’ai dit, avec ses manies aristocratiques. Mais je l’ai parfois trouvé difficile à « croire ». Ce livre se veut moderne, empreint de réalisme et parfois justement je n’ai pas trouvé ce personnage réaliste. Peut-être ce côté réaliste en général a-t-il tourné au terre-à-terre, pour moi, et à l’ennui.