Lectures sur un rocher

L’amour est à la lettre A

Noi due come un romanzo. Paola Calvetti (autrice). Françoise Brun (traductrice). 2009 (VO), 2010 (VF), 470 p. 10/18 (Domaine Etranger). Contemporaine, Romance. 8,80€.

Tout quitter pour ouvrir la librairie de ses rêves, voilà le pari fou que fait Emma, une Milanaise énergique et romantique, à l’aube de ses cinquante ans. Unique en son genre, la librairie Rêves & Sortilèges, spécialisée dans les romans d’amour, devient le lieu de rendez-vous des coeurs brisés, amoureux ou solitaires passionnés. Et c’est justement entre les rayons  » Pour l’éternité  » et  » A corps libres  » qu’Emma va retrouver Federico, son flirt de jeunesse. 

Marié, il vit aujourd’hui à New York. Pourtant une correspondance secrète s’établit entre les anciens amants qui, au fil des jours, vont réapprendre à se connaître et à s’aimer. Un roman hors normes, vibrant hommage au pouvoir des mots et de la littérature.

Si l’année dernière j’ai eu beaucoup de lectures désastreuses, j’ai aussi eu des moments magiques au point qu’une fois la dernière page tournée – et je vais être honnête même pendant ma lecture – j’avais une furieuse envie de dénicher la version originale pour être encore plus portée par ces mots magnifiques dans une langue que j’aime tant, l’italien.

Le côté romance ne me disait rien du tout, au début. Et puis, vraiment, une librairie spécialisée dans les romans d’amour ? Absolument pas pour moi ! Et en fait, cet endroit, il est magique. La manière qu’a Emma de classer tout ça, ainsi que toutes ces discussions littéraires, les aménagements apportés à la librairie, les clients, les petits bonheurs du quotidien … je regrette juste de ne pas mieux connaître les auteurs et romans qui sont mentionnés. Ce contexte est merveilleux.

Je me suis aussi laissée porter par les personnages. Emma, rêveuse, mais qui parvient à vivre ses rêves. Son adorable assistante. Même son amour de lycée. Cette romance, j’en avais un peu peur. Elle est très joliment racontée, avec élégance, avec quelques flash-backs savamment dosés. Je n’ai même pas été dérangée par le fait que lui vive aux Etats-Unis avec sa famille, et que tous deux se retrouvent en France. La douceur, la force du roman, c’est que je me suis laissée porter, et charmer.

Le contexte y est pour beaucoup, je pense. On est en Italie. Ce pays, je l’aime d’amour. Ce n’est pas comme l’Irlande, mais je l’ai aussi toujours aimé, et Paola Calvetti en peint une toile merveilleuse – quand je vous dis que je regrette de l’avoir lu en français …

Mélangez donc l’Italie à la librairie, à ce personnage fou et créatif qu’est Emma, ces discussions avec son employée et ses amis sur la romance, sur le classement dans la librairie (Rêves et Sortilèges, un nom merveilleux ❤ )…j’adore.

J’avais aussi peur du format, l’épistolaire. Heureusement, l’autrice fait de ses lettres des extraits vivants et vibrants, surtout lorsque les amoureux correspondent, et a choisi de les faire coexister avec des passages narratifs, dans la librairie, au restaurant, lors des escapades amoureuses d’Emma et Federico. Et le résultat donne le meilleur des deux narrations. Il y a aussi des e-mails de Mattia, le fils d’Emma, ce qui ajoute une touche d’humour parce que l’héroïne et l’informatique n’ont pas vraiment d’atomes crochus ^^

Un petit détail : quand un paragraphe est parfois long de plusieurs pages … la lecture n’est pas vraiment aisée. Heureusement que j’apprécie le format des 10/18 même si le dos ne tient pas franchement bien – ce qui en donne un livre qui a vécu et a été savouré.

Et j’ai découvert qu’il existe une chaîne d’hôtels, appelée simplement Library Hotel : à chaque étage correspond une classification Dewey ❤ et dans chaque chambre une collection d’œuvres d’art et de livres dans cette famille documentaire ❤

Une lecture merveilleuse.

Lectures sur un rocher

Autre jour, autre endroit

Mélissa Scanu (autrice). 2017, 300 p. Gloriana (Love Story). Romance. 13€.

Valentine et Anthony se rencontrent par hasard à l’aéroport Charles de Gaulle à Paris. En attendant chacun leur avion, ils se mettent à discuter et la complicité s’installe immédiatement. En quelques heures à peine, ils se sentent si proches qu’ils décident de se revoir. 

Mais ils se sont chacun engagés pour l’année à venir : Valentine part un an aux Etats-Unis pour ses études tandis qu’Anthony s’envole pour l’Italie où va effectuer une saison dans un grand restaurant. Pris d’un élan romantique un peu vieux jeu, ils décident de se donner rendez-vous dans un an, même jour et même endroit, sans échanger leurs coordonnées. 

Un an plus tard, aucun des deux n’est au rendez-vous, mais ce n’est pas l’envie qui leur manquait. Anthony est coincé en Belgique pour un impératif familial, tandis que Valentine, ayant pris autant de kilos que de mois passés à l’étranger, a honte de revoir Anthony ainsi, de peur qu’il ne soit déçu. 

Persuadé que l’autre l’a attendu à l’aéroport, chacun va tenter de rattraper le rendez-vous manqué : Anthony tâchera de retrouver la trace de Valentine sur Internet tandis que Valentine se décidera à reprendre son corps et sa vie en mains avant de partir en Italie… 

Entre quiproquos, voyages, obligations et gastronomie, l’acquisition du bonheur sera ardue.

Lecture un peu particulière que celle-ci puisqu’il s’agit du premier roman publié par ma meilleure amie, et dont j’ignorais l’existence jusqu’à l’annonce de publication ^^, contrairement à ses récits de fantasy que j’ai la chance de bêta lire. Mais Mélissa sait que la romance n’est pas du tout mon genre de prédilection. A la base. J’ai tendance à m’ennuyer et repérer les clichés au quart de tour.

Ca n’a pas été le cas ici. Je me suis laissée porter par une histoire très douce, avec ses petits accès de piment humoristique. Le récit est léger mais les thèmes plutôt forts (on a d’ailleurs droit à une belle balade culinaire), les personnages attachants, et l’écriture très plaisante.

L’humour est aussi présent. Je ne m’attendais pas à rire autant, ni que ce soit dû à des tentatives d’italien par des non initiées par exemple – et bien sûr de l’italien. Je suis toujours innamorata de cette langue, donc rien que d’en voir quelques mots, felicità ❤

Le voyage, l’aventure, sont bien rendus malgré les éléments négatifs rencontrés par chacun des personnages, même s’il y a peut-être le petit regret de peu voir les Etats-Unis (m’en fiche, je préfère l’Italie XD).

Et puis bon il va falloir parler boutique XD Valentine et Anthony ont bien besoin d’un prof doc XD vu leurs capacités à mener des recherches documentaires ! J’ai évidemment adoré ce thème, ainsi que le côté enquête policière qu’il entraîne, et le fait que la résolution repose sur la sérendipité des indices (cincin pour tchin amène à cincinnati) qui fait très naturel – ça se passe comme ça dans la vraie vie !

Je n’ai pas toujours ri, je me suis agacée aussi, comme avec le frère de la meilleure amie. J’aurais pu le claquer. NON, mon gars, c’est non. Qu’elle ait quelqu’un ou pas dans sa vie n’a pas d’importance, elle dit non, tu décarres. Elle ne te doit RIEN elle n’a PAS à te donner une chance. Sans blague ! Une fois encore, ça sonnait tristement comme dans la vraie vie, ce qui me désole et m’énerve tellement !

Deux éléments que je voudrais mentionner avant de clore ce petit billet.

Le premier est un des thèmes du livre. La prise de poids de Valentine. Ca, c’était hitting a little too close to home. J’ai du mal à m’exprimer là-dessus (je ne saurais même pas vous dire ce que j’en ai pensé au moment de lecture parce que je venais de me blesser au badminton et que j’étais vaguement dans un état second cette nuit-là), surtout lorsqu’on parle chiffres. 12 kg … genre seulement … c’est très dur de ne pas penser ça, parce que chaque personne, chaque situation, chaque souffrance est différente.

Je n’ai aucune réclamation sur la manière dont cet élément est décrit, dont Valentine le gère (même si les commentaires de la famille ont vraiment fait mal), parce que je crois que je me suis mise instinctivement en recul, sans m’identifier à l’héroïne. Je suppose que c’est dommage, pour une romance.

Je ne sais pas quoi dire de plus sur ce thème, s’il le faudrait, si j’en ai envie. Je sais juste que c’est un thème auquel j’évite de penser en général. (Mais j’ai aimé réaliser que je pouvais ne plus fondre en larmes lorsqu’il en était question grâce à cette lecture).

Le second élément me rend tous mes mots, étrangement. Il s’agit du travail éditorial. Je vous ai déjà parlé de Gloriana lorsque j’ai commandé L’âme de l’enfer d’Alexandra V. Bach et de mes déceptions sur leur communication et d’impression. C’est une mauvaise surprise que j’ai eue avec ce roman également avec des fautes de frappes et de relecture. Ce travail éditorial sur la correction laisse franchement à désirer. L’étape de relecture est absente ou franchement laxiste et ça m’a gâché ce moment si particulier. D’autant que je connais l’écriture de Mélissa, ce qui m’a encore plus agacée …

J’ai terriblement aimé cette lecture, pour sa douceur, ses beaux personnages, ses thèmes, et tout ce qu’elle représente de l’accomplissement du rêve de l’autrice ❤ même si la participation de l’éditeur est décevante … je me permets pourtant de vous recommander cette lecture. On a toujours besoin d’un moment léger et attachant.

Lectures sur un rocher

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables

The Truth According to Us. Annie Barrows (autrice). (traduction). 2015 (VO), 2015 (VF), 622 p. NiL. Contemporaine. 21 €.

Layla Beck, une jeune citadine fortunée, se retrouve dans la petite ville de Macedonia pour rédiger l’histoire de cette ville. Elle prend pension chez les Romeyn, des excentriques désargentés, autrefois propriétaires d’une grande fabrique de chaussettes et autres articles de bonneterie – Les Inusables Américaines – qui a été ravagée par un incendie plusieurs années auparavant. Ce drame, qui a coûté la vie au grand amour de Jottie Romeyn, reste gravé dans les mémoires et suscite encore bien des questions. 

Il y a quelques années, j’avais découvert et adoré Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. J’avais adoré la narration, les personnages, le thème, le contexte … une vraie belle lecture doudou. Donc en tombant par hasard sur celui-ci, j’étais très contente.

Déjà, le titre. L’autrice a le chic pour trouver des titres un peu étranges mais qui font mouche, dont on a l’impression qu’ils sont des métaphores pour sonner bien … et en fait non c’est de ça qu’on va parler ^^, ça me fait toujours rire.

On retrouve une galerie de personnages hauts en couleur, très plausibles, riches, avec quelques secrets qu’on a très envie de découvrir. Par les yeux de Willa, l’adolescente qui ne se sent plus une petite fille mais a encore du mal à appréhender son univers calmement, mais aussi Layla, exilée de chez elle pour cause d’amours révolutionnaires (okay, ça m’a fait mourir de rire, ça) qui essaie d’écrire un livre sur le lieu. Les passages sur l’édition, d’ailleurs, sont très drôles aussi.

Je crois que Le cercle littéraire était épistolaire uniquement, mais ici on a droit à un mélange de récit, extraits de livres, peut-être bien de journaux, notamment l’ouvrage de Layla, et aussi des lettres, messages de celle-ci à sa famille, son amoureux ou son éditeur. La polyphonie des voix est bien rendue, sans se perdre.

Par contre, je doute de pouvoir le lire en été. L’atmosphère caniculaire du lieu est vraiment bien rendue et on étouffe presque avec les personnages, dans la chaleur, la moiteur, les secrets, les convenances. Une ambiance poisseuse à souhait.

C’est principalement l’atmosphère irrespirable que je retiens, avec les personnages, les liens doux-amers qui se tissent entre eux. L’histoire m’a fait passer un excellent moment.

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Double faute

Double Fault. Lionel Shriver (autrice). Michèle Lévy-Bram (traductrice). Tyler Gourley (illustrateur). 1997 (VO), 2010 (VF), 444 p. Belfond. Contemporaine – Romance. 21,50€.

Un soir, à New York, lors d’un match de tennis improvisé, Willy rencontre Eric. Elle est joueuse professionnelle, battante et accrocheuse, il est tennisman dilettante mais étonnamment doué. Entre eux, c’est le coup de foudre. Ils se marient. Et les difficultés commencent. Car la douceur des débuts dans Ripper West Side fait bientôt place à la compétition. Une rivalité professionnelle et amoureuse acharnée, jusqu’à l’ultime balle de match, ce moment décisif où aucune faute n’est plus permise et où Willy aura à faire un choix crucial.

J’étais très contente de tomber sur un ouvrage parlant de tennis, de manière aussi appuyée (jusque dans le titre, les conditions de rencontre des personnages, tout le contexte en fait) et je me suis lancée avec enthousiasme.

Ca n’est pas vraiment un secret, mais j’adore le tennis. J’en ai fait pendant des années, je reprendrais dès que je trouve un club qui me convienne, j’en regarde à la télévision quand je peux, j’adore seulement entendre le commentaire d’un match tout en faisant autre chose … alors ça me rend d’autant plus triste quand je vois que le tennis fait le malheur des personnages et détruit leur univers 😦

C’est vraiment l’impression générale que m’a laissée ce livre, que je ne pouvais pas reposer plus vite. Il rend immensément triste. Si le tennis est l’instrument de la rencontre entre Eric et Willy, il est aussi celui de leur destruction. Il est tout pour Willy, qui en fait depuis son enfance et est professionnelle depuis qu’elle a dix-neuf ans. Eric, lui, vient de finir ses études de maths avec brio et joue depuis quelques années seulement et a décidé de passer pro, et va décrocher victoire sur victoire. Il s’en fiche. Mais il va s’élever au top 10 avec une facilité confondante alors que Willy va sortir du classement international suite à une blessure et un stress – datant du jour où son mari Eric l’a battue pour la première fois.

La rivalité aurait pu être stimulante, elle est désespérante. Le couple (qui est le thème du roman pour l’autrice, pas ce sport, d’où déjà une divergence entre mes attentes et le texte) ne peut pas se mettre d’accord. Aucun n’y renoncera, et si cela arrive, ils haïront l’autre. J’ai trouvé cette situation tellement triste.

Et Willy, honnêtement, est d’un égoïsme et d’un égocentrisme incroyable. Elle essaie de l’expliquer, de le justifier à un moment en parlant du fait que c’est par rapport au tennis où on se place toujours par rapport à quelqu’un, où on rapporte toujours tout à soi. Mais j’en viens à me demander pourquoi elle a épousé Eric. Certes elle se sent bien avec lui, aime lorsqu’il est présent à l’appartement et qu’ils font l’amour, mais dès l’instant où il la bat, c’est terminé et on ne voit plus d’affection entre eux, et elle ne l’admet pas, elle ne lui en dit rien (oui déjà bonjour la communication).

La fin est horrible dans cette optique. Tombée enceinte elle en parle à Eric puis avorte sans le prévenir, enfin pas avant que ce soit fait. Bon je ne parle même pas du fait que ce soit le jour de son premier match en tant que top 10 ou grand chelem, mais vraiment simplement ce choix qu’elle fait. Je ne m’y attendais pas, je pensais plus à une fin un peu clichée du style elle se range et ils se rabibochent ou du moins ils essaient. Mais ce choix la montre comme étant d’autant plus égocentrique qu’elle ne l’écoute même pas, et je crois bien qu’elle se réjouit énormément de la défaite d’Eric.

Eric n’est pas un personnage parfait non plus, je pense. Enfin il est trop parfait en ce qu’il réussit tout ce qu’il entreprend et est extrêmement patient avec Willy, ce que j’ai eu du mal à croire, au bout d’un moment. Elle va l’avoir à l’usure avec ses petites réflexions, mais d’ici-là, je n’ai pas pu croire à ce personnage tombé du ciel, étudiant reçu avec honneur et mention, qui perd de manière gracieuse puis gagne et monte dans le classement avec tant de régularité. Ou pêche d’un coup au Scrabble toutes les lettres à gros numéro, vide son bloc, chope un truc triple et j’en passe. Ça, c’était le détail exaspérant de trop.

Et accrocher tellement de casseroles de poisse à Willy est cruel en comparaison. Pour une fois qu’on aborde les règles dans un roman, je suis assez contente, beaucoup moins de voir qu’on en fait un élément de péripétie dans le « cette fille va de pire en pire », avec le message qui va bien « c’est normal d’avoir mal, on serre les dents et on finit le match »… surtout qu’on y ajoute un juge de ligne injuste et l’épisode suivant mentionne deux espèces d’énormes boutons de fièvre à la lèvre. Au bout d’un moment, sérieusement, il faut arrêter l’escalade des catastrophes pour un personnage et la montée gracile d’un autre … Encore une fois, je n’aime pas ce message des règles qui sont douloureuses et c’est normal, ta gueule et marche (surtout pour une sportive de haut niveau qui pourrait avoir des problèmes de santé).

J’aurais accessoirement pu claquer le père d’Eric qui se permet de sortir que Willy « doit surveiller sa ligne » (le soir où il la rencontre), et qu’il lui demande d’expliquer « pourquoi tant de championnes de tennis sont grosses ». Je vous avoue que ça me donne des envies de mordre. Être une athlète ne devrait pas être éclipsé par le physique. Je déteste le fait que Kournikova qui n’a pas fait grand-chose sur les courts soit plus connue et célébrée que d’autres joueuses qui correspondent moins aux critères de beauté. Et je suis ulcérée d’entendre les commentaires sur Serena Williams, au sommet de son sport et magnifique. Bref.

Une autre déception a été la traduction, parfois. J’ai tiqué sur certains termes de tennis, alors que merci, je connais le vocabulaire. Ce n’est pas « bûcheronner », mais « bourriner », plutôt … certes c’est un détail mais lorsque tu traduis un livre qui est si profondément cimenté dans le sport tu vérifies.

Et, heu « des théories de bananes trônaient sur le comptoir », ça veut dire quoi ? qu’en théorie y a des bananes ? Je ne vois même pas quelle expression anglaise a été triturée pour donner ce résultat crétin et biscornu. D’autres termes comme « quérulent » ou « gambit marital » m’ont sortie de ma lecture aussi.

Moi qui espérais une lecture légère qui me plonge dans un univers de tennis, je suis définitivement restée hors jeu ici. Et pire, je pense que ça me rendrait malheureuse de reprendre une raquette tout de suite après lecture, donc vraiment pas une réussite.

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Double jeu

double-jeuJean-Philippe Blondel (auteur). 2013, 135 p. Actes Sud (Junior). Contemporaine – Jeunesse. 10,20€.

« Changer. C’est ce qu’ils veulent tous. Il faut que j’arrête de poser des problèmes aux adultes. Que je cesse d’être dans leur ligne de vision, de mire, de tir. Que je bouge de là. C’est ce que je voudrais, oui. A l’intérieur, je bous. J’aimerais être loin. Loin, genre à l’autre bout du monde. Me réinventer une existence avec un début moins pourri ». Quentin, nouveau dans son lycée, est enrôlé dans un cours de théâtre pour jouer dans la pièce de Tennessee Williams La Ménagerie de verre. Comme le personnage qu’il interprète, le garçon est tiraillé entre l’envie de tout plaquer pour voir le monde et celle de se battre. D’affronter, Les parents, Les profs, Les élèves, Les spectateurs, l’avenir.

Il y a quelques années, j’avais passé deux très beaux moments de lecture avec Blog et G229 de Jean-Philippe Blondel, que je vous recommande. Les thèmes du théâtre et du nouvel univers au lycée me parlent beaucoup, en général, et j’avoue que l’extrait du résumé plonge déjà dans l’écriture prenante de l’auteur.

Cette plume est fidèle au souvenir que j’en avais, forte, plongeant dans l’univers du héros, Quentin. J’ai aimé, une fois encore, le suivre dans son changement de vie (propulsé seul de son groupe dans un « bon » lycée de la ville, plus exigeant) et ses tourments intérieurs, magistralement servis par les mots choisis, chargés de force et de justesse.

J’ai quelques regrets, comme les ellipses narratives (surtout après des éléments qu’on a l’impression d’être importants) et l’utilisation de flash-backs, et le fait de ne pas avoir lu la pièce dont il est question,  La ménagerie de verre.

Mais c’est une superbe lecture, rapide et passionnante.

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Et cette porte, là-bas, qui se fermait …

Pierre Gévart (auteur). Mathieu Coudray (illustrateur). 2009, 107 p. Argemmios. Mythologie – Contemporaine.

Orphée écrit, pour lui-même et pour un journal, où il signe une chronique quotidienne. Eurydice est professeur de lettres. Il boit, elle fume. Il est jaloux, elle aime se sentir libre. Dans le labyrinthe de leur vie commune, des portes s’ouvrent et se referment, innombrables, et nul ne saurait dire si elles les conduisent vers les Enfers ou si elles les en ramènent ; si, à travers elles, ils se retrouvent ou se perdent encore. 

J’étais plutôt intéressée par la réécriture moderne du mythe d’Orphée et d’Eurydice, elle prof de lettres, lui journaliste, à notre époque. Au final, ce n’est pas cet aspect qui m’a plu, parce qu’il a son côté répétitif, ennuyeux … contemporain. J’avais plus l’impression de lire de la littérature contemporaine dans l’ennui que je lui confère souvent, et qu’elle me procure à son tour, dans cette description d’une relation qui part à vau-l’eau. Sans parler des descriptions en général, justement, du plus basique comme une poignée de porte …

Et puis les inter chapitres sont arrivés. Avec eux, des réflexions sur le mythe originel, et le séjour d’Eurydice aux enfers, et sur les raisons qui lui donnaient envie de rester. Et j’ai trouvé ça hilarant. Entre Orphée et son haleine marquée, son côté machiste, le fait qu’il surnommait peut-être sa femme « dydyce » … (variante de bobonne ^^;)

J’ai aussi bien apprécié l’arrivée d’Hadès et Perséphone dans le récit courant. Ils sont inattendus, drôles, et que dire du chapitre final qui regroupe tous ces personnages avec Marcel Proust (oui, le monsieur à la madeleine joue un rôle non négligeable, et c’est drôle).

C’est une lecture plutôt surprenante, mais j’en retiendrai surtout les aspects amusants, et le côté court du récit. Je préfère cette version à celle de Silverberg, plus poétique, mais plus ennuyeuse.

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La Dernière Conquête du Major Pettigrew

Major Pettigrew’s Last Stand. Helen Simonson (autrice). Johan-Frédérik Hel-Guedj (traducteur). 2010 (VO), 2012 (VF), 491 p. NiL. Contemporaine. 21,30€.

À Edgecombe St. Mary, une tasse de thé délicatement infusé est un rituel auquel, à l’heure dite, le major Ernest Pettigrew ne saurait déroger. Désormais veuf, ce parfait gentlemann retraité du Royal Sussex a pour seule compagnie ses livres, ses chers Kipling, et quelques amis du club de golf – tous occupés à fuit leurs dames patronnesses. Et ce n’est guère son fils, dévoré par l’ambition et les jeux de pouvoir de la City, qui saurait être le complice de ses vieux jours.

Quand l’amour se présente soudain à lui sous les traits de la douce et gracieuse de Mme Ali – l’épicière d’origine pakistanaise et de confession musulmane -la communauté villageoise s’émeut, l’équilibre familial vacille., Le major, si respectueux des traditions,, saura-t-il ramener sa dernière conquête contre les convenances, la vox populi et … lui-même ?

J’avais l’impression que ce roman était définitivement vintage, mais il s’est avéré qu’il était très récent (années 90, au moins, je dirais). Pourtant, cela n’enlève rien à son charme délicieusement british.

Le Major Pettigrew, le héros, est tellement réel. Très digne, posé, presque empesé, j’ai adoré le suivre dans son quotidien si flegmatique. C’est surtout son fils qui m’a énervée, à le prendre pour acquis et estimer que tout lui est acquis justement … étonnamment, sa fiancée marque dans le sens inverse.

Et Mme Ali est adorable. Toute cette intrigue sur la tolérance, les pieds dans le plat de certains personnages insupportables sur le colonialisme, est très bien menée, sans jamais perdre de ce charme inné. J’ai également aimé l’originalité d’une relation amoureuse entre deux personnages qui peuvent être considérés comme seniors, ce qui arrive très peu souvent. Surtout avec de telles différences de cultures. Deux cultures qu’on aborde avec douceur et justesse.

L’écriture n’est pas en reste, fluide, addictive. On note de nombreuses descriptions, puisque le quotidien du protagoniste est au centre de l’histoire.

Quelques très maigres défauts. Parfois des longueurs, je trouve, notamment dans cette sous-intrigue des fusils. De très nombreux personnages, j’ai eu quelques difficultés à les replacer (mais je me suis laissée porter par le Major et le récit). J’avoue que j’ai souvent bondi devant les réflexions des membres masculins de la famille de Mme Ali, qui entendent régenter sa vie sous couvert de religion.

Mais à part cela, une très belle réussite.