Au bord des mots, lectures sur un rocher

Mots rumeurs, mots cutter

Scénariste : Charlotte Bousquet.

Illustratrice et coloriste : Stéphanie Rubini.

Nombre de pages : 71.

Parution : 2014.

Éditeur : Gulf Stream.

Genre : Bande dessinée – Jeunesse.

Prix : 15€.

Résumé éditeur Je me suis levée, les mains tremblantes. J’entendais des chuchotements, des rires dans mon dos. J’ai pris le morceau de craie, regardé les chiffres inscrits sur le tableau. Des fractions qui auraient dû être faciles, des fractions qui se délitaient devant moi, des chiffres bizarres, monstrueux, qui me frappaient comme les insultes et les ricanements, comme la vérité qui me sautait au visage …

Autre trouvaille par hasard. J’avais entendu parler du titre et de son thème (le harcèlement), et j’ai toujours envie de poursuivre ma découverte de Gulf Stream en tant qu’éditeur.

Première surprise, il s’agit d’une bande dessinée. C’est déjà un très bel objet à la base puisque dos, tranche et deux pages de couverture sont d’un exquis beau violet.

Les dessins et la colorisation sont pleins de douceur. Les cases ne sont pas tracées de manière ferme, mais plus crayonnées, aux bords arrondis, ou parfois absentes totalement. Cela donne une impression d’esquisse plutôt agréable.

En ce qui concerne l’histoire en elle-même, j’avoue m’être un peu ennuyée – mais je ne suis pas la démographique visée. Je n’ai pas ressenti d’empathie pour Léa, l’héroïne, j’étais plutôt en-dehors du récit, si ce n’est pour ses qualités esthétiques. Et l’histoire est vraiment centrée au début sur sa relation amoureuse et les dissensions avec les autres demoiselles, ce qui n’est pas trop ce que j’apprécie.

Mais je pense que cette lecture sera beaucoup plus prisée des adolescents, pour qui elle a été écrite en premier lieu. De ce point de vue, les photos en ligne sont très bien pensées, ainsi que leurs conséquences.

J’avoue que ce qui me choque c’est qu’à part les parents, quelques enseignants, les adultes sont totalement absents des cases où Léa est harcelée. J’ai du mal à croire que personne n’ait rien vu, surtout que le personnel d’un établissement se doit de faire attention à l’émergence de ce genre de problèmes ! J’ai peur que ça conforte l’opinion de certains adolescents que les adultes de l’école ne seront pas là pour eux si cela leur arrive, ce qui m’ennuie … Je pense que c’est un livre à utiliser avec des collégiens, mais en appuyant sur le rôle des adultes, enseignants, vie scolaire, et de l’aide qu’ils peuvent apporter, parce que le vide sur ce sujet est trop grand ici.

(Oui, je passe en mode boulot, désolée, mais le problème est trop important pour laisser passer ce détail).

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Axiomatique

Titre VO : Axiomatic.

Auteur : Greg Egan.

Traducteurs : Francis Lustman, Sylvie Denis, Francis Valéry & Quarante-Deux.

Illustrateur : Nicolas Fructus.

Nombre de pages : 469.

Parution VO : 1995. VF : 2009.

Éditeur : Le Bélial.

Genre : Science-fiction – Nouvelles.

Prix : 18€.

Résumé éditeur : Est-il possible de reproduire dans la réalité des tableaux fantastiques célèbres en créant des chimères ? Une drogue permet-elle de rejoindre et de joindre tous les possibles ? Le temps qu’on lui reconstruise un corps, un homme peut-il confier au ventre de sa femme le soin d’accueillir son cerveau ? Autant de questions, avec bien d’autres, que Greg Egan soulève dans dix-huit nouvelles.

En voyant l’item consacré au trans/posthumanisme du défi SFFF et diversité, j’ai un peu paniqué. Je n’avais aucune idée d’où trouver une lecture sur le sujet. Et au final, surprise, j’en avais une dans ma PAL ^^, Il s’agit d’un achat des Imaginales, plutôt ancien (2013). Je suis partie avec un chouïa d’inquiétude – était-ce Snow qui m’avait prévenue qu’Egan écrivait plutôt de la hard SF ? J’ai eu peur de ne pas tout saisir.

Et au final, c’est un peu ce qui s’est produit. Mais franchement, ça ne m’a pas dérangé, parce que j’ai adoré (même ce que je ne comprenais pas trop xD). J’ai aimé les différents thèmes exploités par Egan dans ces nouvelles, j’avais toujours hâte de comprendre de quoi il était question et de suivre ses personnages. L’auteur m’a transportée à chaque fois dans un univers passionnant, marqué par des améliorations technologiques, et bien souvent des interrogations philosophiques qui vont de pair avec celles-ci. J’adore trouver ces éléments dans une lecture.

Encore une fois, j’ai été un peu larguée par les explications, surtout lorsque l’aspect scientifique pointe le bout de son nez. Mais justement, l’auteur explique des choses. C’est lorsqu’on ne le fait pas que je m’agace, et là, justement, lorsque je ne comprends pas l’explication donnée, bien souvent, elle me paraît possible / plausible et me fait rêver ^^, je me souviens que ça arrivait systématiquement avec les premiers Yoko Tsuno que je lisais … Mais ça peut définitivement poser problème à d’autres lecteurs.

J’ai adoré La Caresse, cette nouvelle sur les chimères, la peinture, les tableaux. Il y a une poésie, une dimension baroque, démesurée, et dans le même temps une simplicité dans la résolution du « problème » qui m’a fascinée. D’autant que j’adore le tableau original. Et Le Coffre-fort qui a ce côté délicieusement Quantum Leap, passant d’une identité à l’autres, au fil des jours, depuis son enfance …

Il y a juste ces deux nouvelles sur la grossesse qui ne sont pas trop mon truc –  surtout celle où l’héroïne porte le cerveau de son mari …

Mais honnêtement, à parcourir le recueil pour écrire cet article, j’ai juste envie de le recommencer ❤

Une petite mention pour terminer à la couverture de Nicolas Fructus, très jolie, majestueuse, à la hauteur d’un excellent recueil.

20 : Lire un livre de SFFF transhumaniste ou posthumaniste. 

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Nina Volkovitch, tome 1 : La lignée

Auteur :  Carole Trébor.

Illustrateur : Cali Rézo.

Nombre de pages : 224.

Parution : 2012.

Éditeur : Gulf Stream.

Genre : Fantastique – Jeunesse.

Prix : 6,50€.

Résumé éditeur Envoyée à l’orphelinat de Karakievo parce que ses parents sont considérés comme des « ennemis du peuple », Nina Volkovitch a fait le serment de s’enfuir et de retrouver sa mère, emprisonnée dans un goulag de Sibérie. Mais comment s’enfuir d’un tel lieu quand on a quinze ans, et qu’on en paraît douze ? Ce qu’elle ne sait pas, c’est que sa mère a pris soin de dissimuler de précieux indices pour l’aider à s’échapper, mais aussi pour lui révéler les dons particuliers qu’elle possède sans le savoir. Car Nina est la descendante des Volkovitch, une illustre famille qui détient des pouvoirs aussi prodigieux que terrifiants. Et c’est elle, Nina, qui représente le dernier espoir face à un ennemi plus puissant que la dictature soviétique…

J’attendais deux aspects de cette lecture : l’immersion dans cet univers soviétique et l’irruption du fantastique.

Le premier est pleinement rempli. On apprend pourquoi Nina est dans cet orphelinat, on suit sa vie dans cet univers codifié. J’ai pu me le représenter sans problème. Les personnages sont très vivants et hauts en couleur, dans cette optique également.

Malheureusement, c’est le deuxième aspect qui à mes yeux a un peu péché. Le fantastique arrive très tard (à moins que l’épisode avec les rats en soit ?), un peu trop pour moi. Malgré tout, ce thème est intéressant, j’ai plutôt apprécié ce qui en est fait.

La lecture en générale est fluide, j’avais très envie de savoir ce qui arriverait à Nina, et je lirai la suite ; en espérant que le fantastique soit présent dès le début. Parce que sans cet élément, j’avoue que je me suis un peu ennuyée.

Nombre de tomes parus : 3 (série finie).

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Les Outrepasseurs, tome 1 : Les Héritiers

outrepasseursAuteur : Cindy van Wilder.

Nombre de pages : 349.

Parution  : 1999.

Éditeur : Gulf Stream.

Genre : Fantasy – Jeunesse .

Prix : 18€.

Résumé éditeur : -Jure-moi fidélité et je te protégerai. Nous le ferons tous.

– Nous ?

– Les Outrepasseurs. Tous ceux qui portent la Marque. Regarde ces jeunes gens. Voilà ta seule famille, à présent. Vous combattrez ensemble. (Il baissa le ton de sa voix.) Nos adversaires ne s’arrêteront jamais. Les fés nous pourchassent depuis huit siècles. Une éternité pour nous. Un instant pour eux. »

Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat et découvre que l’attaque le visait personnellement. Emmené à Lion House, la résidence d’un mystérieux Noble, il fait connaissance avec les membres d’une société secrète qui lutte depuis des siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Les révélations de ces derniers vont changer le cours de sa vie…

Second roman lu dans le cadre du Week-end à mille, Les Outrepasseurs est une série dont j’avais énormément entendu parler, que ce soit pour le texte ou la gentillesse de l’auteure.

La seconde partie de l’affirmation est très vraie : j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec Cindy Van Wilder aux Imaginales à plus d’une reprise et de déjeuner avec elle et des coupines blogueuses, et elle est adorable en plus d’être extrêmement drôle.

En ce qui concerne ce premier tome, je l’ai dévoré. Je n’avais, à vrai dire, aucune idée de ce dont il allait parler exactement ^^, Je savais juste qu’il serait question de fantasy et d’un univers autre que le nôtre, ce qui n’est pas exactement le cas.

Déjà, la structure du roman m’a interpellée. On navigue entre deux époques, pour expliquer dans le présent les conséquences des évènements advenus dans le passé. La manière dont sont opérées les transitions sont géniales, en plus d’être chargée de symbolisme.

On démarre dans le présent, après un prologue plein de mystère, sur un jeune homme en pleine partie de foot. J’ai beaucoup aimé l’incursion du mystère dans sa vie quotidienne, pour en arriver à la partie du récit située dans le passé.

Dans cette époque, on suit plusieurs familles pauvres au Moyen-Âge, plus particulièrement Arnaut, qui souhaite s’élever de sa condition et ne s’entend pas avec son père. Le jeune homme est découvert par un fé, une créature fantastique, un Chasseur qui se trouve fasciné par son charme et en fait sa proie.

J’ai adoré les passages relatifs aux fés, la mythologie crée par l’auteure, les personnages si bien campés, et surtout l’intensité des passages consacrés à Arnaut et au Chasseur.

Quelle que soit la partie du récit, l’écriture est une force indéniable du roman, dans ses dialogues ou ses descriptions. Je suis ravie d’avoir eu « l’excuse » du week-end à mille pour le dévorer en quelques heures, je pense que j’aurais eu un mal fou à le reposer.

J’ai eu un peu de mal à comprendre la situation dans le présent une fois les plongées terminées, mais ce premier tome pose les bases de l’univers (tout en offrant une intrigue complète sur les évènements du passé, je tiens à le souligner, ce n’est pas un seul tome d’introduction qui nous laisse avec une brouettée de questions mais pas la moindre réponse), les raisons pour lesquelles la situation est telle actuellement (2013), et je pense que l’on y reviendra certainement dans la suite.

Le concept du partage du corps avec un animal m’a également fascinée, pour plusieurs raisons, j’ai trouvé que le processus était intéressant et bien mené, surtout dans le dialogue avec Peter et « son » renard. J’ai hâte de les voir interagir dans la réalité une fois que les personnages adolescents en ont eu conscience ici. J’ai aussi hâte de voir comment ces quatorze personnages seront mis en valeur – je m’inquiète toujours plus les personnages sont nombreux.

Petit détail superficiel : l’objet livre est superbe également. Le titre et les arabesques de la couverture sont en relief, et le paysage du O est en fait une jaquette à déplier. Il est d’une grande beauté et d’une grande élégance.

Un roman génial que je vous recommande.

Nombre de tomes parus : 4 (série en cours).

16 : Lire le premier livre d’une série SFFF que vous n’avez jamais lue.