Lectures sur un rocher

Le sceptre et le sang

Jean des Cars (auteur). 2015, 474 p. Perrin. Histoire. 23€.

A l’été 1914, l’Europe est très majoritairement monarchique : sur vingt-deux Etats, dix-neuf sont des royaumes, des empires, des principautés ou des grands-duchés. Aujourd’hui, ils ne sont plus que dix sur vingt-huit. Les deux guerres mondiales provoquent l’écroulement de quatre empires pour la première (Allemagne, Russie, Autriche-Hongrie, Empire ottoman) et de quatre royaumes (Italie, Yougoslavie, Roumanie, Bulgarie) pour la seconde. 

Ces souverains, qui étaient-ils ? Et les femmes qui partageaient leur existence, qui étaient-elles ? De l’ambition à l’aveuglement, du courage à la faiblesse, de la jalousie à l’abnégation, quels furent leurs triomphes et leurs échecs ? Comment vécurent-ils leur gloire, leurs épreuves et la montée des extrêmes de l’entre-deux-guerres marquée par l’avènement des totalitarismes ? Etaient-ils conscients des conséquences de leurs actes ? Ou furent-ils incapables d’arrêter l’engrenage des nationalismes ? Quelles furent leurs vies personnelles, leurs amours et leurs passions secrètes ? Circonstance exceptionnelle : ces monarques, qui vont s’unir, se combattre et parfois se trahir, sont presque tous parents, liés par le sang et leurs mariages respectifs. 

J’avais adoré la biographie de Sissi rédigée par Jean des Cars l’an dernier, j’ai dû me retenir de ne pas me lancer dans cette lecture juste après l’avoir achetée.

L’Histoire de l’Europe m’a toujours passionnée, même s’il s’avère que je ne la connais pas si bien que ça, comme je m’en suis rendue compte. Pour être honnête, je me suis rapidement perdue dans le récit, puisque s’il est chronologique, de la Première à la Seconde Guerre mondiale et ensuite (trop peu ensuite !) il passe d’une aire géographique à l’autre. De l’Europe de l’Ouest à la Scandinavie, puis les Balkans, l’Europe centrale, les pays baltes, le Sud … je ne vous dis pas la gymnastique.

Surtout que, je l’avoue, je suis nulle en géographie, alors pour se représenter correctement la situation de pays comme la Moldavie ou l’Albanie …

Ah, et rajoutez à ça que certains monarques portent le même nom comme Michel xD Je me suis beaucoup amusée à essayer de retrouver chacun de ces fils, d’autant qu’il n’y a pas de carte.

Jean des Cars dépeint à la perfection cette Europe en pleine mutation avec ses nombreux acteurs. J’adore ses descriptions toujours très vivantes qui permettent de bien se représenter chaque situation. Le cahier de photos au centre apporte une touche visuelle bienvenue, d’ailleurs (pleeein de personnages ^^,).

En parlant d’acteurs de cette fresque historique … j’ai eu beaucoup de peine pour ce fameux prince qui a été assassiné avec sa femme, François-Ferdinand, entraînant le jeu des alliances qui a démarré la guerre de 14. Ce neveu de Franz Joseph. C’est si fou et triste que l’Histoire se soucie si peu d’eux, qu’ils ne soient restés qu’un prétexte sans qu’on s’intéresse plus que ça à leur vie.

J’ai aussi aimé les interrogations de l’auteur sur ces rois, bien souvent d’origine allemande, mais qui règnent sur la Roumanie, la Grèce, etc. De quelle nationalité sont-ils ? Comment peut-on représenter un pays avec lequel on n’a pas d’attaches ? Ca me paraît toujours un peu étrange (mais je suis naïve).

L’auteur m’a donné aussi très envie de m’intéresser plus avant au roi des Belges, Albert 1er, et sa famille. L’impératrice Zita, aussi (quelle injustice de voir le Kaiser traité aussi royalement après la guerre et la famille royale autrichienne méprisée!).

Un détail qui m’a un peu ennuyée : les notes de fin d’ouvrage … j’avoue que je préfère de beaucoup lorsqu’elles sont en bas de page, ça m’évite de chercher la page correspondante. Heureusement, ce ne sont pas uniquement des références bibliographiques (parce que c’est toujours aussi frustrant de se couper dans sa lecture pour chercher le numéro à la bonne page à la fin du livre et ne voir qu’un auteur et un titre, ou pire, Ibid !), mais parfois des explications, des détails.

Encore une fois, une belle réussite de Jean des Cars, une histoire de l’Europe des monarchies au XXème dans laquelle je me suis perdue avec plaisir.

Lectures sur un rocher

Blitz Britain

BlitzBritain_Couv_corr.inddPhilippa Boston (auteur). 2014, 48 p. Didier (Paper Planes Teens). Jeunesse-Histoire. 5,90€. Livre lu en anglais.

Dans le ciel de Londres, un avion allemand. Puis deux. Puis des centaines… Nuit après nuit des centaines de bombes s’abattent sur la ville. Blitz Britain vous plonge dans le Londres de la Seconde Guerre mondiale, puis dans la palpitante histoire du jeune Billy, héros ordinaire d’une nuit extraordinaire.

J’étais beaucoup moins enthousiaste après When is Brian ? dans mes petites lectures en anglais pour le boulot. Mais j’avoue que la mention de Terrible Times me rappelait Horrible Histories, et le style de la couverture Quentyn Blake, l’illustrateur de Roald Dahl, et c’est bien joli.

Au final, c’est une belle petite surprise. On démarre par une partie très documentaire sur la seconde guerre mondiale et le Blitz, lorsque Londres était bombardée par les Allemands, et franchement ce n’est pas rébarbatif. Le style est étudié pour les jeunes lecteurs et je l’ai trouvé très clair, surtout agrémenté de ces dessins agréables.

Le livre se clôt par une petite histoire sur un enfant durant une nuit du Blitz. C’est court, c’est touchant, c’est impeccable pour plonger le lecteur dans la période en illustrant ce qu’il vient de découvrir dans la partie documentaire du démarrage.

Si vous souhaitez une petite lecture historique, faits et fiction, pas complexe en anglais, c’est un ouvrage que je recommande. Et là, je me lancerais avec plaisir dans les autres livres de la collection, notamment Killer Sports qui parle des origines de différents sports, où tous les coups étaient permis.

Lectures sur un rocher

Ainsi soit Benoîte Groult

Catel Muller (autrice). 2013, 326 p. Grasset. Roman graphique – Histoire – Biographie.  22€.

Ce livre, et quel livre !, est d’abord l’histoire d’une amitié entre deux femmes de deux générations différentes, l’une pionnière du féminisme, l’autre adepte d’un féminisme naturel. Rencontres dans tous les lieux chers à Benoîte, à Hyères, en Bretagne, à Paris, croquis de la famille, de ses trois filles, exploration de presque un siècle de féminisme (Benoîte aura 94 ans en janvier 2014), et retours sur les épisodes les plus marquants de l’histoire personnelle d’une femme engagée : de la famille grande bourgeoise mais libre aux combats les plus célèbres du féminisme, de l’avortement au divorce, de la féminisation des noms de métiers à l’amour qui s’invente au quotidien, de Georges de Caunes à Paul Guimard, de la mer bretonne à la pêche en Irlande, de la presse au roman.

J’avais découvert, plutôt intéressée mais sans être vraiment séduite, Catel et ses épais romans graphiques : Kiki de Montparnasse et Olympe de Gouges. Mais en ayant envie de poursuivre ces lectures féministes, qui avaient toutes eu un point commun : me donner envie d’en savoir davantage sur ces femmes de l’Histoire peu évoquées autrement.

Et puis j’ai découvert Benoîte Groult. Puis, par hasard, l’existence de cette biographie dessinée, chapeautée par ce dessin de l’autrice : « Je n’aime pas la bande dessinée ». Bon, j’avoue, j’ai un peu hésité, pas vraiment envie de voir quelqu’un qui risquait de devenir une de mes héroïnes préférées basher ce genre que j’adore.

Je n’ai pas hésité longtemps.

Ce récit est différent des précédents (Kiki et Olympe), puisque Catel a pu rencontrer son sujet et elles se sont liées d’amitié. L’autrice est donc présente également, en discussion avec Benoîte, et ça apporte une touche de réel et de malice au récit, qui est plein d’humour.

Ce récit, c’est l’histoire de la vie de Benoîte, mais c’est encore plus. Ce sont des réflexions sur le travail d’écrivain, sur la bande dessinée, sur l’Histoire, sur le féminisme aussi, bien sûr. Je ne me suis pas ennuyée une minute, j’ai très souvent ri.

Il n’y a définitivement pas assez de pages, d’ailleurs.

Le dessin est toujours aussi plein de vie, et j’ai adoré qu’il prenne une part aussi active dans le récit par le biais du métier de Catel et le fait que cette biographie en prenne la forme. Benoîte n’est pas convaincue au début, mais elle ne juge pas et en découvre davantage grâce à cette expérience. Petite preuve de tolérance et d’ouverture d’esprit toujours aussi agréable !

Lectures sur un rocher

Clara Vine, tome 2 : Le jardin d’hiver

Jane Thynne (autrice). Sophie Bastide-Foltz (traductrice). 2014 (VO), 2017 (VF), 567 p. Le Livre de Poche (Policier). Histoire, Thriller. 8,30 €.

Berlin, 1937. Anna Hansen, pensionnaire à l’Ecole des épouses du Reich et destinée à devenir la femme parfaite d’un officier SS, est assassinée. L’affaire est étouffée. L’actrice Clara Vine, agent du renseignement britannique sous couverture, découvre que ce crime est lié à un lourd secret pouvant compromettre les plus hauts dignitaires nazis. Alors que Edouard VIII est reçu à Berlin, en compagnie de sa nouvelle épouse, et que les soeurs Mitford se distinguent dans les salons, Clara doit redoubler de prudence pour mener à bien cette enquête périlleuse. 

Après Les Roses noires, une nouvelle aventure de l’intrépide et séduisante Clara Vine dans un Berlin sous tension.

J’ai flashé sur cette couverture et ce titre en librairie, et la libraire m’a assuré que je pouvais sans problème le lire sans avoir jeté un oeil au premier avant. Effectivement, les rappels sont assez nombreux sur le passé de Clara pour ne pas être perdu/e.

Le contexte me plaisait beaucoup. Cette école des futures épouses de SS est un cadre intéressant (même si peu utilisé, au final), et aussi traditionaliste et sexiste qu’on peut s’y attendre ^^, le fait que Clara soit une actrice britannique vivant à Berlin est une prémisse plutôt agréable. L’écriture de l’autrice n’est pas mauvaise.

Néanmoins, il ne m’a pas fallu longtemps pour être lassée. L’histoire se tire pas mal en longueur, et l’héroïne m’a agacée. J’étais là pour lire une histoire d’espionnage historique, pas le récit d’une jeune femme à qui le sexe manque tellement … ah et parlons-en de l’espionnage lorsqu’elle balance au séduisant pilote nazi qu’elle est en fait d’origine juive.

Non mais pas de souci hein, ça va le faire. C’était très con de le sortir comme ça, mais en plus elle s’en sort comme une fleur. Mais bien sûr. Je l’ai trouvée très crédule, malgré son métier, et je me suis méfiée de Ralph dès le début, je m’attendais à ce qu’il la trahisse (vu comment elle lui raconte sa vie au bout de quelques rencontres …).

J’avais déjà décroché, mais là c’était fini. J’avais juste hâte de refermer le livre. Il faut dire que la clé de l’énigme de la mort de la future épouse SS, je la connaissais déjà (pour avoir des recherches sur les cabarets allemands pré-nazisme). Donc à mes yeux, pas trop de quoi pousser mémé dans les orties. Bon, la partie espionnage est bien tombée à l’eau pour moi. (Oh et puis la blague grossophobe sur la femme d’Himmler, je m’en serais passée aussi).

En revanche, la partie historique sur la vie à Berlin m’a beaucoup plus intéressée – sans la venue du prince anglais, dont je faisais peu de cas -et l’aspect jeune actrice.

Malheureusement, ça n’a pas suffit à m’intéresser. Je ne pense vraiment pas poursuivre cette série, que ce soit par le premier tome ou le suivant.

Nombre de tomes parus : 3 (série en cours).

Lectures sur un rocher

Femmes de dictateur, tome 2

Diane Ducret (auteur). 2013, 497 p. Pocket. Histoire. 8€.

Alors que Saddam Hussein tente de protéger sa deuxième épouse Samira de la jalousie de la première dame Sajida, l’imam Khomeiny n’admet pas que sa femme Khadije s’abaisse à faire la vaisselle, et Kim Jong-il a bien du mal à dissimuler ses infidélités à la star coréenne Hye Rim. Tandis que Mira corrige les discours de Milosevic, Oussama Ben Laden attend que Najwa accouche dans leur camp retranché d’Afghanistan, et Fidel Castro tente d’éviter les assauts de l’agent de la CIA qui est aussi sa maîtresse, Marita. Pour eux tous, l’amour, la mort ou l’exil s’entremêlent. C’est que les hommes réputés autoritaires ou charismatiques ne sont pas, face aux femmes, toujours tels qu’on les imagine ou qu’ils veulent le faire croire, et leur vie privée, tournant souvent au secret d’État, recèle bien des mystères et des surprises. Pour les révéler, Diane Ducret a recueilli, par une enquête non sans risque, les témoignages des compagnes, filles, amis, conseillers, médecins, gardes du corps et même ayatollahs.

Je commençais ce livre avec pas mal d’attente, puisque j’avais adoré le premier, qui se lisait presque comme un roman en me faisant découvrir une facette féminine de l’Histoire, et me pencher plus précisément sur des éléments que je connaissais peu (comme Mussolini et l’Italie par exemple).

Si l’intention ici est certainement la même, et que certains récits m’ont emballée (comme celui de Milosevic, probablement parce que l’Europe de l’Est m’a toujours intéressée), ce n’est pas le cas de la plupart d’entre eux, qui m’ont laissée à la limite de la gêne.

La plupart des histoires viennent des pays du Moyen-Orient et jamais, pas une seule fois, l’autrice ne semble trouver anormale la condition de la femme dans ces pays. Je sais que ce n’est pas le but, mais tout présenter comme normal m’a vraiment mise mal à l’aise. De l’objectivité ? Oui, mais … on adopte déjà le point de vue des femmes, dans cette série. Pourquoi ne pas dénoncer la condition de certaines ? Bref, j’ai été très dérangée par cette perspective, d’autant que les récits sur les dictateurs de cette partie du monde m’ont semblé l’essentiel de l’ouvrage.

Ce n’est peut-être pas le cas, mais c’est l’impression qui m’est restée. De cette lecture, je ne garde que ce sentiment désagréable, et j’en oublie presque qu’il y avait d’autres récits qui m’ont intéressée (sans forcément plu), tellement ils semblent prendre toute la place. D’autant que celui qui m’est resté en tête, sur Milosevic, intervient vers la fin.

Au final, c’est une déception, et une lecture qui me laisse un arrière-goût désagréable.

Lectures sur un rocher

Rose Morte, tome 1 : La floraison

Céline Landressie (autrice). Magalie Villeneuve (illustratrice). 2015, 591 p. Milady. Histoire – Fantastique. 8€.

France, fin du xvie siècle. C’est dans ce pays en proie à de terribles dissensions religieuses que se réfugient les Greer, fuyant l’Angleterre élisabéthaine.

Eileen, seule enfant du comte, est une jeune femme vive et de caractère. Mais son âge avance, et son père la met au pied du mur : elle doit se marier.

Et c’est en faisant tout pour éviter cette terrible obligation à l’aide de sa fidèle amie Charlotte que Rose fera connaissance d’Artus de Janlys.

Le séduisant et mystérieux comte l’entraînera dans un univers dont elle ne soupçonnait pas l’existence, où les crimes terribles qui secouent Paris trouveront une explication apparemment inconcevable, mais bel et bien réelle…

J’avais énormément entendu parler de Céline Landressie au cours des dernières années – notamment pour cette malheureuse histoire de couverture, mais le point positif, c’est que ça m’avait permis de découvrir ses romans et me dire que ça pourrait me parler, en fin de compte, pour le côté historique.

Ce point est parfaitement servi avec ce premier tome – je tiens à signaler que ce n’est pas simplement un tome d’introduction. Certes, on découvre l’héroïne, Rose, et d’autres personnages comme Artus, les prémisses de leur relation et l’étrange nature du comte, mais il se passe suffisamment d’action pour me contenter.

En revanche, je ne m’attendais absolument pas à l’aspect fantastique (enfin un chouia, c’est de l’imaginaire) et surtout au fait que l’autrice traite de mon personnage favori dans le genre, le vampire ❤ En lui donnant un autre nom plus propice à la période historique puisque ce terme n’existe pas encore.

Voilà, rien qu’avec cette explication, j’étais lancée, j’adorais. Elle écrit aussi divinement, et de manière très plausible, les changements qui s’opèrent chez l’héroïne, les petits évènements étranges qui peuplent le quotidien. Les bribes d’intrigues, de complot, sont savamment distillés, et rehaussés par son écriture soutenue et riche, jamais fausse, qui contribue à engloutir le lecture dans cette parenthèse historique enchantée. Céline Landressie a une plume pleine d’élégance dont je ne me suis pas lassée.

Je n’ai absolument pas vu le temps passer. Il faut dire que si j’avais compris la nature d’Artus, j’étais très curieuse des réactions de Rose et de sa propre transformation, qui sont encore une fois plausible et très bien amenées. Leur romance aussi, son développement, les hésitations de l’héroïne, tout cela m’a particulièrement parlé. C’est d’ailleurs une excellente héroïne, que j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre, dans ses réflexions, son intelligence, son refus de sa condition originelle. (Mais la mère, quelle plaie !)

J’étais ravie de faire suivre cette superbe lecture par la rencontre de Céline Landressie aux Imaginales, qui a confirmé mon excellente impression tant elle est sympathique. Et j’ai pu me procurer la suite, puisque je compte définitivement poursuivre les aventures de Rose.

Nombre de tomes parus : 4 (série en cours).

Tome 2 : Trois épines

Tome 3  : Flétrissures

Tome 4 : Ikebana

Lectures sur un rocher

Les Enquêtes de Nicolas le Floch, tome 2 : L’homme au ventre de plomb

Jean-François Parot (auteur). Rosalba Giovanna Carriera (illustrateur). 2004, 370 p. 10/18 (Grands détectives). Histoire – Policier. 7,50€.

Fin de l’année 1761 : la guerre de Sept Ans prend une tournure de plus en plus désastreuse, l’expulsion des Jésuites est en discussion et la Marquise de Pompadour vit ses derniers temps de faveur.

Durant une représentation à l’Opéra à laquelle assistent Nicolas Le Floch et Madame Adélaïde, une des filles de Louis XV, le Comte et la Comtesse de Ruissec, qui accompagnaient la Princesse, sont informés du suicide de leur fils, et Nicolas suit son maître Sartine jusqu’à l’Hôtel des malheureux parents, où il va faire de bien curieuses constatations.

J’ai retrouvé avec plaisir Nicolas Le Floch pour une nouvelle aventure. Un peu stressée après la merveille qu’a été Ink Exchange et les suites de série très décevantes qui ont précédé (Les Magiciens de Caprona mis à part). Cette enquête est toujours aussi palpitante, et difficile à démêler pour le lecteur.

Elle est d’ailleurs bien complexe (je n’ai déjà compris l’origine du titre que très tard), puisqu’elle démarre par un suicide. Or, ça, il faut le cacher à tout prix puisque dans la France catholique de l’époque, ça n’est jamais très bien vu, que ce soit pour le mort lui-même (est-ce qu’il a seulement droit à une sépulture décente ?) ou sa famille (ça va jaser dans les chaumières). Le héros marche donc franchement sur des oeufs. D’autant que la fille du roi était là lorsque la nouvelle lui a été annoncé, les parents sont de sa maison (aka la mère est dame de compagnie de la princesse ou quelque chose du style), donc ça rajoute une couche de stress supplémentaire.

Et puis on retrouve les intrigues de cour, avec une Mme de Pompadour qui perd de sa superbe et essaie de s’assurer la loyauté de Nicolas, les Jésuites sont encore dans les parages (alors dans ma tête ça fait très société limite secrète, pas vraiment religion, puisqu’en général dans les livres d’Histoire pouf ils surgissent, ils manipulent, pouf ils disparaissent ailleurs ^^,) et ça intrigue, ça intrigue, ben ça intrigue jusqu’à ce qu’il y en ait un qui se casse le nez.

Ou autre chose, d’ailleurs. C’était très inattendu, pour la mère de la victime, et quel symbole, d’ailleurs. C’est compliqué aussi pour Nicolas d’ailleurs de jongler entre les sensibilités royales, nobles et religieuses, puisque 1761 oblige, tous les trois tirent encore pas mal de ficelles, et se tirent mutuellement dans les pattes tout en feignant de s’appuyer les uns sur les autres. On ne sait pas trop qui croire, il ne reste donc que les preuves.

J’adore ce milieu d’intrigues, encore une fois très bien reconstruit dans ce volume. L’enquête policière, si elle est complexe, est toujours passionnante à suivre, et si j’avais été mieux réveillée, je pense que j’aurais pu trouver quelques fils toute seule.

Bon, je vais faire ma fangirl, mais seulement deux minutes, promis.

Nicolas ❤

Bon, ça c’est fait. Rien à redire pour les personnages non plus – sinon la maîtresse du frangin et l’interlude avec Nicolas qui ne sert pas à grand-chose. Sartine, toujours aussi imposant, et j’aime beaucoup la relation qui se tisse avec le héros, faite d’obligations, de hiérarchie officielle, mais également d’une sincère appréciation qui aurait pu être de l’amitié en d’autres temps (mais peut-être dans les volumes suivants ?), le vieux monsieur hôte de Nicolas …

Encore une fois un très, très bon moment de lecture, toujours agaçant lorsqu’il s’arrête.

Nombre de tomes parus : 13 (série en cours).

Tome 1 : L’énigme des Blancs-Manteaux