Lecture sur un rocher

Le troisième jumeau

The Third Twin. Ken Follett (auteur). Jean Rosenthal (traducteur). Henri Galeron (illustrateur). 1996 (VO), 2006 (VF), 568 p. Le Livre de Poche. Science-Fiction.

Jeanie, jeune professeure et généticienne, a entamé une étude sur les jumeaux séparés à la naissance et à terme sur un gène qui porterait sur la criminalité. Elle rencontre ainsi Steve, un étudiant en droit qui lui plaît beaucoup mais qu’une amie à elle a reconnu comme celui qui l’a attaquée. Il jure de ne pas s’être trouvé là à ce moment. Le jeune homme a un jumeau séparé de lui à la naissance que Jeanie a découvert, Dennis, qui est bien un criminel, mais emprisonné depuis des années, et il n’aurait pu se trouver là. De plus, s’ils ont un ADN identique, leurs dates de naissance ne correspondent pas. Et s’il y avait un troisième jumeau ?

On note une forte corruption de l’autorité, surtout masculine : les policiers sont agressifs, tout comme le médecin que voit l’amie de Jeanie à l’hôpital, tous la traitent comme la responsable de son viol. C’est une catastrophe à ce niveau, j’ai eu beaucoup de mal à supporter cet élément.

Ne parlons même pas du trio d’adversaires, le politicien, le généticien, l’administrateur, qui sont même prêts à faire disparaître l’héroïne pour ne pas contrecarrer leur projet d’OPA et de financement de la campagne à la Maison-Blanche. Il n’y a que Michelle, flic psychologue, qui entame un dialogue avec les jeunes femmes et est carrément prête à suivre les caprices de Jeanie. Je dis bien caprices parce qu’elle l’emmène carrément dans un autre État pour suivre une piste sans véritable preuve. Mais on reparlera de Jeanie.

J’avoue que j’ai bien aimé la référence à la ficelle du feuilleton : les bébés échangés à l’hôpital. Ça fait très ficelle à mes yeux mais je l’aime bien.

Un autre élément qui m’a énervée, comme pour pas mal de livres traduits, ce sont des mots comme collège à la place de fac ou université. Vous n’allez pas me dire que les traducteurs ne connaissent pas la différence. Ça m’agace vraiment. Le collège est une institution pour les jeunes de 11 à 15-16 ans, la fac est à partir de 18 ! Il y a quand même une sacrée différence ! Mais traduttore traditore hein, on s’en fout … (le traducteur est un traître, selon un proverbe italien).

Le personnage de Jeannie ne me plaît pas. Elle est un peu trop naïve et a vraiment tendance à se laisser faire avec son père. Il sort de prison, n’a jamais été là pour elle, et a le culot de la cambrioler alors qu’elle l’hébergeait et qu’elle a besoin d’argent pour la maison de retraite de sa mère et elle le plaint encore. Ce n’est pas de la gentillesse mais de la bêtise, à ce stade.

Les différents rebondissements m’ont tenue en haleine. L’écriture est fluide et donne décidément envie de tourner la page, excepté lorsqu’on en arrive à ces problèmes de traduction qui me hérissent, sans parler des réactions masculines au viol. J’étais plus intéressée par le cas des jumeaux que vraiment attachée aux personnages – surtout après avoir vu le téléfilm où on a l’impression que Jeannie a plus de quarante ans au lieu de vingt-huit alors que Steve fait ses trente ans, on est loin de l’étudiant (mais ça fait moins détournement de mineur, je suppose que c’était le but).

Au final, je pense qu’il reste une couche de nostalgie qui me fait apprécier ce roman car il m’a fait découvrir un mélange d’éléments science-fictionnels et d’aventure, avec une pointe de thriller, avec des thèmes que j’affectionne particulièrement à présent, comme l’eugénisme.

Lecture sur un rocher

Le Cycle de Fondation, tome 2 : Fondation et Empire

Foundation and Empire. Isaac Asimov (auteur). Jean Rosenthal (traducteur). 1952 (VO), 1985 (VF), 250 p. Denoël (Présence du Futur). Science-fiction.

Tandis que les crises qui secouent l’Empire redoublent de violence et annoncent son effondrement définitif, la Fondation créée par le psychohistorien Hari Seldon pour sauvegarder la civilisation devient de plus en plus puissante, suscitant naturellement convoitise et visées annexionnistes. En tout premier lieu, celles de Bel Riose, jeune général qui voit dans les secrets détenus par la Fondation le moyen de monter sur le trône. C’est alors qu’apparaît un mystérieux et invincible conquérant, surnommé le Mulet, que le plan de Seldon n’avait pas prévu.

Cette lecture date déjà un peu et au moment où je l’ai faite, je ne me souvenais plus du tome 1, ce qui s’est bien vu. J’étais totalement perdue pendant la plus grande partie du roman à essayer de resituer personnages et évènements. Le début m’a déjà perturbée, on n’est plus du tout dans la Fondation, et je n’avais aucun repère.

La quête du Mulet est assez prenante et inquiétante, on ignore qui il est, ses possibilités, on ne connait que ses fulgurants résultats. La présence féminine est très plaisante, Bayta, ce qui manquait à mon avis dans le volume précédent. Et ce qui peut apparaître comme un détail, mais pas vraiment : j’ai toujours dit que les clowns étaient glauques. Je n’ai vraiment pas aimé ce ressort.

J’ai beaucoup aimé le visi-Sonor, mélange de couleurs et de musique, en revanche, c’est cet aspect technologique qui m’a marquée dans ce tome. Ça, et l’erreur de Seldon. Je pensais qu’il savait tout.

Certaines erreurs / fautes de typo m’ont fait sortir de mes gonds, comme « conculté ». Sérieusement ? Je sais que c’est une vieille édition, mais les relecteurs existaient déjà.

Une rencontre un peu manquée, malgré un final impressionnant et imprévisible sur une manipulation à laquelle je ne m’attendais pas vraiment. Et qui ne me laisse pas trop de souvenirs, en fin de compte.

Nombre de tomes parus : 7 (série finie).

Fondation

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Rien n’est trop beau

The Best of Everything. Rona Jaffe (autrice). Jean Rosenthal (traducteur). 1958 (VO), 2012 (VF), 668 p. Le Livre de Poche. Contemporaine – Vintage.

New York, début des années 1950. Elles sont jeunes et Manhattan leur tend les bras.

Il y a la brillante Caroline, dont l’ambition est de quitter la salle des dactylos pour occuper un poste éditorial. Mary Agnes, une collègue obnubilée par les préparatifs de son mariage. La naïve April, jeune provinciale du Colorado venue à New York pour faire carrière dans la chanson.

Si la ville semble leur offrir d’infinies possibilités professionnelles et amoureuses, chacune doit se battre avec ses armes pour se faire une place dans un monde d’hommes.

J’avais très envie de lire ce roman dès que je suis tombée dessus, en partie pour sa couverture qui m’a frappée, pour son côté léger, aérien, planant au-dessus du monde. J’aime beaucoup ce style un peu vintage, dans les vêtements, dans le contexte littéraire.

On suit plusieurs jeune filles qui travaillent toutes dans une maison d’édition, au début de l’ère du livre de poche. Chacune est différente et aura un destin propre, comme la jeune fille issue de la campagne, naïve et timide, qui aborde la grande ville avec des yeux remplis d’étoiles et découvre le crédit dans les grands magasins. Elle peut être touchante mais sa naïveté m’a un peu fait halluciner. J’avoue que je m’attendais à son sort, avec les choix que son petit ami Dexter fait pour elle.

Caroline m’a marquée par son ambition, sa capacité à supporter même l’éditrice au caractère de cochon lorsqu’elle doit lui servir de secrétaire. Ses choix en fin d’ouvrage m’ont un peu étonnée. Il y a Barbara, mariée jeune et divorcée avec un enfant en bas âge, qui ne peut absolument pas se permettre de perdre ce travail, et cette actrice, Gregg, qui ne fait que passer par la maison d’édition, mais qu’on suit car elle devient la colocataire de Caroline, et entame une relation intense avec un metteur en scène très connu. Gregg m’a surprise, mais pas vraiment dans une optique positive, pour ses réactions et ses choix dans sa relation avec David.

J’ai tout de même eu un petit manque de l’univers de l’édition. J’ai pris plaisir à suivre les jeunes femmes qui y gravitent, mais j’aurais aimé en apprendre davantage, par exemple les grands titres qui sortent, les grands auteurs de la période.

La construction alterne entre le présent, avec lequel Rona Jaffe présente les lieux, les temps ou les gens en général, comme les filles qui arrivent à New York, trouvent un petit boulot, une colocataire, etc., puis les temps du passé, de l’action, avec lequel elle nous conte les aventures des héroïnes.

La fin m’a un peu déçue, je n’ai pas l’impression qu’il y en ait une. La plupart des personnages arrivent à une conclusion, sauf celle qui ferme le livre, ce qui est un peu dommage, comme je n’ai pas compris ses motivations et ses choix. Peut-être parce qu’il n’y a pas vraiment de fil rouge excepté le déroulement de la vie quotidienne des héroïnes.

Le récit de Barbara m’a particulièrement touchée. Les années 50 sont en ville plus tendres avec les femmes divorcées, mais j’ai trouvé très dure et très triste son histoire et la dégradation de sa relation avec le père de sa fille.

Les petites touches de bienséance, de savoir-vivre de l’époque, m’ont particulièrement plu. Comme ce roman en général, malgré mes interrogations et incertitudes, son ambiance rétro m’a séduite.

Petit détail, je pense que je l’aurais encore davantage aimé en grand format : avec ses plus de 650 pages, le poche n’est pas très pratique à prendre en main.

Lecture sur un rocher

Le Cycle de Fondation, tome 1 : Fondation

Isaac Asimov (auteur). Jean Rosenthal (traducteur). R. Leygue (illustrateur). 1951 (VO), 1966 (VF), 236 p. Denoël (Présence du Futur).  Science-fiction.

Hari Seldon, expert en psycho-histoire a prévu la chute de l’Empire galactique dans une durée de cinq siècles. Cependant, en prenant certaines précautions, il serait possible de réduire à un millénaire au lieu de bien davantage le temps d’obscurantisme. Les précautions seraient la création d’une Fondation réunissant sous forme d’Encyclopédie tout le savoir connu. Ou du moins, c’est ce que prétend Seldon au moment de l’institution de la Fondation, que l’on retrouve cinquante ans plus tard, puis trente, enfin ses représentants dans l’espace.

J’ai trouvé le thème extrêmement intéressant, mais la structure complexe. Bien que linéaire, on passe assez rapidement d’un temps à l’autre, en découvrant comment les représentants de la Fondation se sortent des situations de crises, dites crises Seldon de par leur importance. Complexe car on se réhabitue à de nouveaux personnages, de nouvelles perspectives à chaque partie, nouveaux opposants, nouvelles solutions aux problèmes, chacune se révélant un mal au fil du temps. C’est à l’établissement d’une civilisation qu’on assiste, à ma plus grande fascination.

Cependant, je ne conseillerais pas ce livre comme première lecture de science-fiction, avec cette action fragmentée et à forte dose de politique.

Quelques détails m’ont ennuyée : l’œuvre est pratiquement à 100% masculine. Je sais que la SF est un monde d’hommes, mais à ce point … d’autant que les Robots proposaient une figure féminine forte, Susan Calvin. Je ne m’attendais pas à un univers entièrement masculin. Le second point à m’avoir ennuyée est l’utilisation de l’énergie atomique. Elle est présentée comme la solution d’énergie presque ultime, sans aucun danger associé. Peut-être était-ce la vision des choses dans les années 50, et je sais que c’est de la fiction, mais ce parti pris m’a gênée.

En bref, je dirais qu’il s’est agi d’une lecture fascinante, mais pas des plus aisées, que je recommande cependant. J’ai passé un très bon moment.

Nombre de tomes parus : 7 (série finie)

Fondation et Empire