Au bord des mots, lectures sur un rocher

Jeanne de Langallec, tome 2 : La Mort parle tout bas

Brigitte Coppin (autrice). Aurélien Police (illustrateur). 2015, 245 p. Scrineo. Jeunesse – Histoire. 12,90€.

Printemps 1524. À la cour de François 1er, un terrible poison fait des ravages. Les victimes qui tombent les unes après les autres portent toutes la marque du tueur : une étrange tâche noire sur le cou. La jeune Jeanne de Langallec, de retour du Brésil lointain et inconnu, est la seule à comprendre quel est ce poison qui tue sans bruit et sans douleur. À part elle, qui d’autre connaît ce redoutable secret si ce n’est Hervé de Coëtmelen, son unique amour qu’elle croit avoir perdu ? À vouloir éclaircir le mystère, Jeanne s’approche trop près de l’impitoyable tueur. Entre elle et lui, entre l’envie de vivre et le désir de mort, un terrible duel s’engage. Plus Jeanne touche au but, plus le danger s’alourdit. Car si l’on entend la mort parler tout bas, c’est qu’il est déjà trop tard.

Premier billet lecture depuis la reprise, je vous ai choisi un livre que j’ai beaucoup apprécié, même si, à la base …

Ce livre, je l’ai juste acheté pour sa couverture magnifique ❤

Et après, je me suis dit « diantre, je ne suis pas dans les choux si je commence à acheter des livres basés uniquement sur leur couverture » ^^, Aurélien Police a encore réalisé une couverture magnifique.

Bon, j’avais déjà lu et adoré un livre de l’autrice, Brigitte Coppin, dans la collection Mon Histoire, et que son écriture était superbe, donnant lieu à un page-turner lorsque la période de François 1er n’est pas ma favorite. Et le pitch ici était plutôt chouette.

J’ai un peu déchanté en démarrant et en me rendant compte que toute une histoire mettant Jeanne, l’héroïne, en scène, avait déjà eu lieu (Les Yeux du Jaguar). Comment étais-je sensée savoir que Jeanne de Langallec à la cour de François 1er était une série ? Je le voyais plus comme un sous-titre, à la limite une série mais dont il était le premier tome, ce n’est que passé la page 30 que j’ai eu l’impression d’avoir loupé un épisode … C’est vraiment dommage parce que cet autre récit a l’air tout aussi passionnant, et ce n’est pas du tout clair.

Mais, honnêtement, c’est la seule chose que je me vois reprocher à l’histoire de Brigitte Coppin. Son écriture est toujours aussi prenante et, même si la première apparition de Jeanne se fait attendre, on est tout de suite happé par les différentes situations : l’astrologue et le fou qui évoquent la Cour (une belle scène d’énonciation / introduction), Louise de Rieux la demoiselle d’honneur de la Reine qui savoure son séjour à la Cour et est témoin d’un évènement étrange, puis en fait part à son frère Antoine par lettre … l’enchaînement est impeccable et chacun des maillons de la chaîne est des plus intéressants.

Avant d’en arriver à Jeanne. Je regrette de ne pas avoir lu le premier tome parce que j’aurais aimé voir si elle a hésité avant de tout quitter pour les Amériques avec Hervé, j’aime voir comment elle défie les convenances de cette société, le savoir qu’elle en retire. Son côté aventurière, un peu détective malgré les dangers (oui parce que mine de rien on tue ici, hein, on n’agite pas seulement des éventails) en fait un personnage excellent. Même si je m’attendais  à une touche de fantastique avec la couverture ^^,

Le criminel est trouvable par le lecteur, mais loin d’être évident, même si j’aurais aimé quelques fausses pistes de plus parmi les membres de la Cour (qui reste un vivier alléchant puisque regorgeant de monde), et les indices intéressants. Cet aspect du roman est également réussi, même s’il aurait pu être prolongé par des questions sur d’autres personnages que l’héroïne – qu’on sait bien innocente.

J’avoue que j’aurais aussi apprécié un peu plus de suspense concernant Hervé, qu’on sait toujours en vie un peu rapidement – mais c’est probablement à cause de Joffrey dont le secret est bien gardé par l’autrice pendant longtemps !

Et on parle du jeu de paume, l’ancêtre du tennis ❤ Je crois que rien que pour ça j’aurais adoré ce livre !

Une superbe lecture.

(J’ai simplifié le bandeau informatif qui accompagne l’image, je le trouve plus clair ainsi. Ça vous convient aussi ?)

Au bord des mots, lectures sur un rocher

When is Brian ?

when-is-brianRupert Morgan (auteur). 2016, 48 p. Didier (Paper Planes Teens). Jeunesse. 5,90€. Livre lu en anglais.

Le père de Brian, scientifique, a inventé une machine à remonter le temps. Mais elle est un peu spéciale. Elle vous transforme en homme des cavernes ou en Viking psychopathe. Le voyage dans le temps de Brian ne fait que commencer …

Dans le cadre du boulot, je me suis penchée sur différents livres en langue anglaise. Je connaissais déjà Class Acts pour une petite histoire dans le style de Glee Club, même si je ne l’avais jamais lu. Le côté science-fiction et histoire, ici, me parlait un peu plus.

Alors si vous voulez débuter l’anglais, pas de souci, c’est vraiment très lisible. Le vocabulaire et la lecture n’est vraiment pas un problème. Pourtant, je ne vous le recommanderai pas : ce n’est vraiment pas intéressant.

Cette pseudo machine à voyager dans le temps n’est pas du tout explicitée et on est plutôt dans le principe de Code Quantum, où Sam passait d’un hôte à un autre, à différentes périodes historiques. Casez ça en moins de cent pages. L’explication est tellement survolée que c’en est incompréhensible. Brian passe d’un personnage historique à l’autre et on parle à peine de ce qui lui arrive à lui dans les différentes époques. C’est tellement expédié que ça n’en vaut vraiment pas la peine.

Je comprends bien qu’on travaille pour de petits lecteurs ici, qui débutent en anglais. Mais pourquoi alors vouloir se lancer dans quelque chose de si compliqué et précipiter les explications pour ne plus rien comprendre ? Dommage. J’ai de ce fait bien moins envie de découvrir les autres livres sur ce pauvre Brian (son père savant fou lui en fait vraiment voir de toutes les couleurs : Which is Brian (une histoire d’étoile de mer mutante, alors je ne sais pas s’il se retrouve cloné, mais tout est possible) et What is Brian (apparemment ce coup-ci il est transformé en quelque chose d’autre qu’un élève britannique).

Tant pis pour Brian donc.

(Allez-y pour les blagues sur Brian et sa cuisine, si ça peut vous amuser ^^,).

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Double jeu

double-jeuJean-Philippe Blondel (auteur). 2013, 135 p. Actes Sud (Junior). Contemporaine – Jeunesse. 10,20€.

« Changer. C’est ce qu’ils veulent tous. Il faut que j’arrête de poser des problèmes aux adultes. Que je cesse d’être dans leur ligne de vision, de mire, de tir. Que je bouge de là. C’est ce que je voudrais, oui. A l’intérieur, je bous. J’aimerais être loin. Loin, genre à l’autre bout du monde. Me réinventer une existence avec un début moins pourri ». Quentin, nouveau dans son lycée, est enrôlé dans un cours de théâtre pour jouer dans la pièce de Tennessee Williams La Ménagerie de verre. Comme le personnage qu’il interprète, le garçon est tiraillé entre l’envie de tout plaquer pour voir le monde et celle de se battre. D’affronter, Les parents, Les profs, Les élèves, Les spectateurs, l’avenir.

Il y a quelques années, j’avais passé deux très beaux moments de lecture avec Blog et G229 de Jean-Philippe Blondel, que je vous recommande. Les thèmes du théâtre et du nouvel univers au lycée me parlent beaucoup, en général, et j’avoue que l’extrait du résumé plonge déjà dans l’écriture prenante de l’auteur.

Cette plume est fidèle au souvenir que j’en avais, forte, plongeant dans l’univers du héros, Quentin. J’ai aimé, une fois encore, le suivre dans son changement de vie (propulsé seul de son groupe dans un « bon » lycée de la ville, plus exigeant) et ses tourments intérieurs, magistralement servis par les mots choisis, chargés de force et de justesse.

J’ai quelques regrets, comme les ellipses narratives (surtout après des éléments qu’on a l’impression d’être importants) et l’utilisation de flash-backs, et le fait de ne pas avoir lu la pièce dont il est question,  La ménagerie de verre.

Mais c’est une superbe lecture, rapide et passionnante.

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Mots rumeurs, mots cutter

Charlotte Bousquet (scénariste). Stéphanie Rubini (illustratrice, coloriste). 2014, 71 p. Gulf Stream. Bande dessinée – Jeunesse. 15€.

Je me suis levée, les mains tremblantes. J’entendais des chuchotements, des rires dans mon dos. J’ai pris le morceau de craie, regardé les chiffres inscrits sur le tableau. Des fractions qui auraient dû être faciles, des fractions qui se délitaient devant moi, des chiffres bizarres, monstrueux, qui me frappaient comme les insultes et les ricanements, comme la vérité qui me sautait au visage …

Autre trouvaille par hasard. J’avais entendu parler du titre et de son thème (le harcèlement), et j’ai toujours envie de poursuivre ma découverte de Gulf Stream en tant qu’éditeur.

Première surprise, il s’agit d’une bande dessinée. C’est déjà un très bel objet à la base puisque dos, tranche et deux pages de couverture sont d’un exquis beau violet.

Les dessins et la colorisation sont pleins de douceur. Les cases ne sont pas tracées de manière ferme, mais plus crayonnées, aux bords arrondis, ou parfois absentes totalement. Cela donne une impression d’esquisse plutôt agréable.

En ce qui concerne l’histoire en elle-même, j’avoue m’être un peu ennuyée – mais je ne suis pas la démographique visée. Je n’ai pas ressenti d’empathie pour Léa, l’héroïne, j’étais plutôt en-dehors du récit, si ce n’est pour ses qualités esthétiques. Et l’histoire est vraiment centrée au début sur sa relation amoureuse et les dissensions avec les autres demoiselles, ce qui n’est pas trop ce que j’apprécie.

Mais je pense que cette lecture sera beaucoup plus prisée des adolescents, pour qui elle a été écrite en premier lieu. De ce point de vue, les photos en ligne sont très bien pensées, ainsi que leurs conséquences.

J’avoue que ce qui me choque c’est qu’à part les parents, quelques enseignants, les adultes sont totalement absents des cases où Léa est harcelée. J’ai du mal à croire que personne n’ait rien vu, surtout que le personnel d’un établissement se doit de faire attention à l’émergence de ce genre de problèmes ! J’ai peur que ça conforte l’opinion de certains adolescents que les adultes de l’école ne seront pas là pour eux si cela leur arrive, ce qui m’ennuie … Je pense que c’est un livre à utiliser avec des collégiens, mais en appuyant sur le rôle des adultes, enseignants, vie scolaire, et de l’aide qu’ils peuvent apporter, parce que le vide sur ce sujet est trop grand ici.

(Oui, je passe en mode boulot, désolée, mais le problème est trop important pour laisser passer ce détail).

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Barbamour

barbamourSusie Morgenstern (autrice). 2000, 215 p. L’École des Loisirs (Médium). Jeunesse. 8,70€.

Suite à un malencontreux accident de coloration, la tignasse de Samantha vire au blanc neigeux. Contre toute attente, l’adolescente prend la chose avec philosophie. Maintenant qu’elle a la tête de l’emploi, elle décide de devenir Père Noël à mi-temps au centre commercial Good Buy. Dans son entourage, personne ne l’approuve. Mais Sam n’en fait qu’à sa tête. Fidèle à sa devise – « Ne remets pas ta vie à demain ! » – l’adolescente fonce, prête à tout, même à rencontrer l’amour.

J’ai beaucoup entendu parler de Susie Morgenstern en matière de littérature jeunesse, surtout à L’école des Loisirs, mais je crois qu’avant ce titre, je ne l’avais jamais lue. La rencontre est plutôt intéressante.

Son écriture est très fluide, et la mise en scène de cette adolescente juive qui se retrouve Père Noël suite à une teinture ratée pleine d’humour et de justesse. J’ai beaucoup ri, surtout quand un autre Sam est entré en action. Le travail sur les coïncidences est bien mené aussi. Il n’y a que la fin à laquelle je n’ai pas trop cru (ces gamins qui s’en prennent physiquement à l’adolescente parce qu’elle n’est pas le vrai Père Noël O_O).

L’histoire d’amour ne m’a même pas dérangée, comme elle est traitée avec mystère, humour, et ces coïncidences (Sam et Sam, Greenberg et Rothberg, etc.). Le contexte religieux de l’héroïne m’a beaucoup plu.

Une petite lecture très plaisante.

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Quatre soeurs, tome 2 : Hortense

quatre-soeurs-2Malika Ferdjoukh (autrice). 2003, 138 p. L’École des Loisirs (Médium). Jeunesse. 8€.

Hortense, sur SA falaise, tient SON journal intime.

Elle y raconte combien c’est dur d’être 1 sur 5, une parmi la multitude, surtout quand cette multitude est composée de :

– Charlie qui veut tout réparer à la Vill’Hervé et regarder à la dépense au lieu d’épouser Basile le docteur, de vivre à ses crochets et de fêter Noël au foie gras.

– Geneviève qui ment alors qu’elle ne ment jamais.

– Bettina qui est odieuse avec les êtres les plus sensibles de l’univers, à savoir : elle, Hortense, et Merlin Gillespie, le livreur magicien de Nanouk Surgelés, très, très laid à l’extérieur, mais si, si beau à l’intérieur.

– Et Enid qui a des conversations à bâtons rompus avec son ami Gnome de la Chasse d’eau.

Hortense se demande ce qu’elle va devenir. Architecte de monuments éternels ? Zuleika Lester, du feuilleton Cooper Lane ? Chirurgienne de maladies incurables ? Et si c’était comédienne ? Une idée folle, complètement Saint-Pierre-et-Miquelon, comme dirait Muguette, la locataire malade de la maison voisine.

Hortense sait que pour devenir comédienne, il faut une présence, une voix, de la mémoire, mais surtout de l’entraînement. Alors elle referme SON journal, elle quitte SA falaise, et elle fonce.

J’ai retrouvé cette petite famille avec plaisir. Les personnages sont définitivement le point fort de l’histoire, puisque l’auteur les détaille tellement, avec ces petites choses qui les rendent plus vrais que nature.

Ici on suit donc Hortense, plutôt sympathique, même si les passages consacrés à Bettina font long et un peu datés, surtout dans ses discussions « cool » avec ses camarades, et le temps qu’il lui faut pour comprendre que le brave livreur, Merlin, est vraiment chouette.

J’étais surtout captivée par la narratrice, dans sa découverte du théâtre, son quotidien plein de charme. Même la tante Lucrèce, dans son côté très agaçant, garde le récit humoristique sans trop en faire. Le gros défaut du livre reste sa longueur : si vous avez l’occasion, privilégiez la version intégrale, mais ne passez pas à côté de cette histoire adorable.

Nombre de tomes parus : 4 (série finie).

Tome 1 : Enid

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Mytho, tome 1 : Connais-toi toi-même

Rutile (scénariste). Rachel Zimra (dessinatrice, coloriste). 2012, 88 p. Glénat (Tchô ! L’aventure). BD – Jeunesse – Mythologie. 14,95€.

Son nom ? Loki, dieu du chaos. Son objectif ? La fin des temps. Son principal obstacle ? Au lit tous les soirs à 21 heures, et pas de discussion. Pas facile-facile de détruire le monde quand on a 12 ans.

J’ai déniché cette petite BD très peu de temps après avoir lu Les Petits Mythos, et je l’ai trouvée bien meilleure !

Non seulement les dessins sont fun et très riches, avec énormément de détails (en rapport avec l’histoire et l’univers passionnants), les couleurs sont aussi percutantes.

Luka Asling, le héros, vit dans un monde où les dieux sont bien réels et forment le gouvernement. Isis au premier plan, ainsi que des dieux d’autres mythologies – elle fait d’ailleurs une apparition superbement remarquée et est magnifique ! J’adore cette vision des choses.

Luka se révèle être la réincarnation de Loki, le dieu du chaos, avec un petit problème : il est très jeune, douze ans seulement ! Et il doit réunir des followers pour réaliser la destruction du monde. On traverse la route d’un personnage d’une famille indienne, puis d’un autre en mythologie grecque lorsque le tome s’arrête, bien trop vite.

J’ai adoré le pitch, sa réalisation, le caractère d’ado rebelle et chiant d’Asling ^^, je suis d’ailleurs très surprise que Glénat, généralement connu pour ses franchises (Winx, Dragon Ball) propose ce concept aussi original.

Si la série est plutôt jeunesse aussi, je dirais qu’elle est plus pour les adolescents que les enfants, et elle démarre de manière vraiment chouette !

Nombre de tomes parus : 2 (série en cours).

Tome 2 : Deus ex machina.