Au bord des mots, lectures sur un rocher

Kayla Marchal, tome 1 : L’exil

kayla marchal 1Estelle Vagner (autrice). 2016, 339 p. Chat Noir (Cheshire). Fantasy urbaine. 19,90€.

Ironique destin que d’être née morphe … sans forme animale. Source de honte pour sa famille, Kayla Marchal, petite fille de l’alpha, est également considérée comme le maillon faible de la meute de la Vallée Noire. Aussi en est-elle chassée, elle qui n’a jamais mis un pied hors du territoire. 

Alors qu’elle commence à goûter à la liberté et à s’intégrer au sein d’un autre clan, les vrais problèmes commencent. Mais déjà trahie une fois par sa meute d’origine, à qui pourrait-elle se fier ? À Ian, le loup aussi beau qu’insupportable ? À Max, le renard au passé mystérieux ? Ou à Jeremiah, l’irrésistible humain ?

J’ai découvert ce roman en tombant par hasard sur l’auteure en dédicace. Nous avons pas mal papoté et elle m’a donné très envie de me lancer, même si les morphes ne sont pas mes créatures préférées.

Je ne regrette pas du tout, c’est une lecture vraiment très chouette. Les passages de vie antérieure sont magnifiques, peut-être juste un peu courts, et le présent est intéressant aussi. L’écriture est très addictive, j’avais du mal à ralentir pour profiter du récit.

C’est toujours amusant de retrouver des lieux que l’on connaît, Nancy ici, même si c’est plus la ville en général. L’humour de l’héroïne, pince-sans-rire, ironique, m’a plutôt parlé.

Les personnages sont intéressants, Kayla attachante, j’ai aimé la suivre. J’ai juste eu un peu peur du côté entourée de personnages masculins qui l’adorent … mais l’un dans l’autre, l’auteure évite cet écueil tout en développant des relations intéressantes. Cet élément est en lien avec les multiples retournements de situation auxquels je ne m’attendais pas du tout et qui m’ont beaucoup plu.

J’ai aussi apprécié le fait que ce ne soit pas uniquement un tome d’introduction, il y a beaucoup d’action et des révélations. L’univers construit est intéressant, notamment dans ces vies antérieures – c’est un thème que j’adore et la notion de polymorphe. J’espère que ce thème sera encore abordé dans la suite. Que je lirai sans faute (lorsque je passerai commande à l’éditeur puisque comme une cruche je l’ai zappé aux Imaginales ^^,) !

Un premier tome passionnant et bien rythmé.

Nombre de tomes parus : 2 (série en cours).

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Smog of Germania

smog of germaniaMarianne Stern (autrice). Miesis (illustratrice). 2013, 343 p. Chat Noir (Black Steam). Science-fiction – Steampunk. 19,90€.

Germania, début des années 1900, capitale du Reich.

À sa tête, le Kaiser Wilhem, qui se préoccupe davantage de transformer sa cité en quelque chose de grandiose plutôt que de se pencher sur la guerre grondant le long de la frontière française – et pour cause : on dit qu’il n’a plus tous ses esprits. Un smog noir a envahi les rues suite à une industrialisation massive, au sein duquel les assassins sont à l’oeuvre.

Dernier roman lu dans le cadre du Week-end à mille, Smog of Germania m’avait séduite par son contexte steampunk, sa localisation allemande et sa situation à la Belle Epoque, en plus d’être un roman des éditions du Chat Noir.

J’ai beaucoup apprécié suivre Viktoria, entre la pauvreté des rues et la décadence des salons et les personnages des deux extrêmes. Son caractère aventureux, malgré son statut de fille d’empereur, est très plaisant.

Jeremiah est également un personnage fascinant, dans sa personnalité et son identité, un automate. Maxwell, Joachim et les autres à interagir dans cet univers m’ont également plu.

L’univers en lui-même est sombre, mais ça n’a rien ôté à la fascination que j’ai éprouvée devant cette lecture, malgré quelques bémols, relatifs à Viktoria.

J’ai eu l’impression que passée la moitié du roman, elle ne faisait plus grand-chose, surtout dans la grande bataille, et qu’elle est reléguée dans un coin puis mariée, malgré ce qui s’est passé avec Jeremiah. J’avais l’impression qu’elle était l’héroïne, le roman opère une modification en ce sens pour se concentrer sur Jeremiah et Maxwell, les jumeaux, en leur donnant bien plus de force et d’importance dans la deuxième partie du récit. Ce n’est pas un problème en soi. Ce qui m’a chagrinée, c’est que j’ai eu l’impression que cette force et cette importance étaient retirées à Viktoria qui en disparaissait presque.

La fin est très ouverte, j’ai été ravie d’apprendre qu’une suite était prévue. Ici, je pense que j’ai surtout été séduite par le fog, l’automate, et cette atmosphère si particulière.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Néachronical, tome 1 : Memento Mori

Jean Vigne (auteur). Mina M (illustratrice). 2014, 301 p. Le Chat Noir. Fantastique. 19,90€

Après avoir fait le mur pour aller à un rendez-vous nocturne, Néa, 15 ans, se réveille à demi-embourbée dans les marais locaux. Sur le chemin du retour, l’esprit embrumé, elle tente de rassembler des souvenirs qui lui échappent. D’autant plus qu’une fois chez elle, ses parents, sous le choc, lui apprennent que son absence a en fait duré plus de cinq ans.

Je crois que la première chose qui m’a frappée dans ce livre, c’est son titre. Néachronical est déjà un bon début, mais alors le latin, c’était définitivement un attrait. Le mystère distillé dans le résumé n’était pas déplaisant non plus.

Ce mystère est effectivement bien construit. Tout au long du livre des indices sont placés, de manière très ponctuelle (de courts chapitre flash-backs) pour expliquer les cinq ans de blackout de Néa, tout en alternant avec les mésaventures d’un autre personnage (on ne peut s’empêcher de se demander si l’héroïne a vécu la même chose, et s’inquiéter, et échafauder des théories, augmentant encore le capital suspense du roman) et les essais d’acclimatations de Néa.

J’ai définitivement aimé les incursions du fantastique dans ce quotidien, les évènements étranges qui surviennent autour de l’héroïne, ses interrogations sur son identité, et Todd, ce mystérieux camionneur qui la sauve plusieurs fois, mais au final n’a pas l’air si angélique.

Quelques points m’ont tout de même fait tiquer. Le langage, parfois familier, peut être très plaisant et ancrer le texte dans une réalité de tous les jours très vivante. Parfois, malheureusement, à mes yeux, on passe au vulgaire (dans certains évènements aussi, un peu glauques, comme le médecin pervers – ouais en fait c’est surtout ça qui m’a dérangé, pas tellement les Albanais, probablement parce qu’il s’incruste dans le foyer de Néa et qu’un médecin de famille est sensé avoir une image plus protectrice) même si une grande fluidité est toujours présente, et beaucoup de naturel.

J’ai parfois eu un peu de mal avec la protagoniste, en lien avec le thème précédent, mais aussi, par moment, parce que je n’ai pas compris ses réactions. Celle qui me vient directement en mémoire : elle ne s’intéresse pas à un garçon de sa classe, qui l’agace (Brian, je crois), mais d’un coup elle va roucouler dans ses bras … j’ai peut-être loupé quelque chose, mais j’étais un peu perdue.

Ces deux éléments m’ont fait douter de la poursuite de la série, mais je pense que je me pencherai tout de même sur le tome 2. Pour le mystère si bien mené, parce que je suis très curieuse de voir comment Néa va se sortir de ce mauvais pas final, pour le rythme omniprésent, parce que l’imagerie fonctionne bien (serpents, corbeaux), que la couverture est superbe, et parce que j’aime beaucoup la maison d’édition également. Et le titre en latin. On n’en a jamais assez.

Nombre de tomes parus : 3 (série finie). 

Bibliothèques Lynnaennes - Piles à Lire

Box cinquième anniversaire du Chat Noir !

Il y a quelques semaines, les éditions du Chat Noir ont annoncé qu’elles fêtaient leur cinquième anniversaire avec une box très spéciale. Pour 50€, il était possible de choisir pour ce montant de livres dans le catalogue, un livre offert à choisir dans une liste, et 6 goodies d’une valeur de 15€ (je viens de voir les thèmes des goodies ^^,).

Mais il n’y avait que cinquante box ^^,  il fallait donc être là juste à l’ouverture ! Elle devait se faire le dimanche 1er, mais suite à un petit bug informatique, elle a été reportée au mardi 3 à 20h. J’ai couru comme une dératée après l’escrime, mais j’ai réussi à en avoir une, ha !

Voilà donc la petite merveille. Le carton est déjà très chouette !

L’idée est excellente. Je ne pensais pas que la box elle-même serait customisée !

S’il n’y a pas de peluche du chat noir de prévue ^^, mais on avait été prévenus sur la page Facebook ! les goodies sont néanmoins adorables. Le sac est très élégant. C’est un stylo que vous voyez à côté du marque-page métallique, et il y a deux cartes dessous. La broche représente toujours le fameux chat, et le thé est au coquelicot, à tester lorsque j’aurais récupéré le diffuseur (enfin quel que soit son nom ^^,). Le n°5 est une bougie, coquelicot et musc, agréable également.

Voilà donc ma belle petite moisson du Chat Noir ! Apostasie de Vincent Tassy me tentait énormément, et Le Carnaval aux Corbeaux d’Anthelme Hauchecorne est superbe. La Nuit des Coeurs Froids est le titre que j’ai choisi en plus, et je suis déjà séduite. Je vous recommande Amulettes ici.

Merci encore aux éditions du Chat Noir pour cette très belle idée ! Si vous avez aussi commandé une box, je serais curieuse de voir vos photos 🙂

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Les Yeux Améthyste

Amethyst Eyes. Enamorte (autrice, illustratrice). Mathieu Guibé (traducteur). 2012 (VO), 2015 (VF), 175 p. Le Chat Noir. Beau livre – Fantastique. 19,90€.

Prisonnière d’une relation violente, Fae perd tout espoir de s’en sortir. Sa vie, succession de désillusions et de mauvais choix, elle souhaite y mettre un terme. Mais même son vœu de simplement cesser d’exister lui est refusé : son dernier souffle expiré, elle fait la rencontre d’un personnage aussi mystérieux qu’élégant, Azrael, l’ange de la Mort.

J’étais plus ou moins décidée à le lire à la mention d’Azrael, l’ange de la mort, et la situation. Pour ce premier texte étranger du Chat Noir, c’est une réussite, je dirais. Le thème est prenant, ensorcelant, les dessins magnifiques (j’aime l’association du noir et du violet, les formes étranges du protagoniste), l’objet en lui-même est très beau.

Mention spéciale aussi à Mathieu Guibé à la traduction, qui m’a parue très naturelle, dans des accents soutenus, élégants, qui collaient parfaitement au récit et aux personnages.

J’ai suivi le récit avec attention et passion, dès l’entrée en scène de Fae. On s’attache immédiatement à elle, à sa tristesse, à sa douleur. L’arrivée d’Azrael, progressive, est très bien amenée. L’évolution de leur relation, m’a parue plutôt plausible, malgré la complexité (les adversaires de l’ange, leurs revendications, surtout la fameuse vérité sur la situation). Même si elle tourne à la protection un peu trop extrême de Fae.

La fin, seulement, en plus de m’avoir déroutée, ne m’a pas autant plu que le reste. Cet aspect cyclique est inattendu, j’ai presque eu l’impression que les personnages n’existaient pas vraiment, ce qui m’a un peu déçue … Honnêtement, j’espérais un happy end, moi qui n’en suis pas forcément fan. Certes, cette résolution a de l’originalité et de la force, mais elle n’est pas celle que j’attendais et m’a laissé un petit goût d’étrange.

Mais je persiste à trouver ce récit passionnant et ne regrette pas du tout de m’être laissée tenter. Je vous le recommande également !

Au bord des mots, lectures sur un rocher

A l’encre de tes veines

Céline Rosenheim (autrice). 2011, 164 p. Rebelle (Lune de sang). Fantastique. 16 €.

À l’image du diable, les vampires sont multiformes et savent dissimuler leur cruauté sous divers masques. Ils peuvent être aristocrates, peintres ou simples rêveurs. Elles peuvent être actrices, comtesses ou filles de joie. Ils arpentent le passé, le présent et l’avenir. Ils se jouent des frontières, de l’Irlande au Japon, de Venise au grand Nord. Ils s’immiscent dans vos rêves de féerie, dans vos cauchemars futuristes. Et s’ils font pleuvoir bien des larmes, ils sauront peut-être vous voler un sourire.

Mais avant de pénétrer dans leur monde, il vous faudra faire une offrande car ce livre s’écrit à l’encre de vos veines.

Je pense qu’à la base, j’avais envie de découvrir la vision du vampire de l’auteur. Et puis l’aspect multiforme, de diverses origines et styles, me tentait bien. Et, oh boy, que j’ai été déçue. Je n’ai pas du tout aimé ce recueil. Les thèmes ne m’ont pas surprise, ne parlons même pas d’être séduite. L’écriture, aussi, a été une grande déception. En plus de ne pas la trouver naturelle bien souvent, je ne l’ai pas trouvée belle. Et je me suis forcée, même si 164 pages n’ont pas l’air d’être longues, je les ai senties passer…

Au final, je n’ai pas cru ces textes. Je n’ai pas cru les différents thèmes, les personnages, les enchaînements. « Je ne vous ai pas crue, je vais maintenant vous vénérer. » Heu. Non. Je n’y crois pas (le problème, enfin l’un, c’est que d’un côté les histoires se traînent, mais de l’autre les rebondissements arrivent trop rapidement et je ne crois pas à leur succession). Ça a l’air confus, mais ça résume plutôt ma lecture.

Certaines expressions, structures, ne m’ont pas parues naturelles non plus. « Son regard à l’éclat d’hémorragie », ou comment, à mes yeux, trop en faire. On sait aussi que Kotoha est l’héroïne parce qu’on répète tout le temps son prénom, mais c’est une autre histoire, enfin un autre point. Mais la langue en général m’a plutôt dérangée. Associé à ses thèmes dont je me suis sentie trop loin, auxquels je n’ai pas cru (sans savoir lequel venait en premier), A l’encre de tes Veines s’est révélée une lecture pesante et qui m’a vraiment déplu.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Amulettes

Véronique Ajarrag (autrice). Miesis (illustratrice). 2013, 362 p. Le Chat Noir. Fantastique. 19,90€.

Lorsque le docteur Ian, psychiatre, reçoit pour la première fois sa mystérieuse patiente Agrippine et qu’il cède à sa requête de ne se consacrer qu’à son cas personnel pendant toute une semaine, il est loin d’imaginer qu’il ne sera pas simplement le témoin du récit fantastique de la jeune femme mais également l’un de ses principaux acteurs. Car, tel qu’elle le déclare, Agrippine est l’objet de réincarnations successives qui remontent jusqu’à la Mésopotamie ancienne, où son bien-aimé et elle, citoyens du royaume d’Uruk, furent condamnés pour l’éternité. Devant les arguments et la précision de son histoire, le docteur commence peu à peu à douter et ses certitudes vacillent.

Et si depuis l’antiquité, tous les amants maudits n’avaient été qu’un seul et même couple?

J’aime beaucoup le thème des vies antérieures, et des amants qui se cherchent à travers les siècles. J’ai été particulièrement servie avec cet ouvrage du Chat Noir – qui m’a aussi rappelé que cette charmante petite maison d’édition ne m’a jamais déçue – qui en plus de ce thème qui me tient à cœur, m’a fait découvrir la Mésopotamie que je connais peu. Et cette couverture est magnifique, en prime ^^

Le récit, passionnant, se lit d’une traite -ou d’une nuit, pour être honnête ! J’avais très envie de savoir le fin mot de l’histoire, et j’ai pris un très grand plaisir à suivre Agrippine dans sa quête de son âme sœur, et Ian de ce qui se passe. Alterner avec le récit des vies antérieures est une excellente idée, on découvre d’autres situations diverses, ça apporte du piment dans la linéarité des recherches et fait encore plus voyager le lecteur. J’ai aimé, aussi, la poésie des phrases de Véronique Ajarrag, qui fait passer chaque paragraphe en délice.

Pour couronner le tout, j’ai retrouvé un mythe que j’adore dans ce récit (Éros et Psyché, l’amant invisible et défendu, et la jeune épouse curieuse), qui ajoute encore une touche d’intemporalité à cette histoire d’amour. Qui ne m’a pas ennuyée. Moi qui suis loin d’être fan des romances, j’ai aimé la manière dont l’auteur a traité cet aspect et a fait vivre son histoire sans tomber dans certains travers du genre. Cela tient aussi à sa peinture des personnages. Agrippine et Ian, principalement, bien sûr Ishtar et Jandra aussi, m’ont captivée.

La révélation finale sur l’identité de l’adversaire du couple m’a fait bien rire. Je ne l’ai pas vu venir, et j’ai beaucoup aimé ce petit twist final. Cette quête a ajouté un petit goût d’enquête qui me convient tout à fait au récit.

Une lecture que j’ai vraiment, vraiment beaucoup aimée 🙂