Lecture sur un rocher

La Bible Dracula : Dictionnaire du vampire

Alain Pozzuoli (auteur). Elodie Saracco (illustratrice). 2010, 653 p. Le Pré aux Clercs. Fantastique.

Dans ce dictionnaire, retrouvez l’univers de Bram Stoker ainsi que tout ce qui a participé à ce succès en littérature, à la scène, à l’écran, en musique, dans la bande dessinée. Du Nosferatu de Murnau à celui de Werner Herzog, en passant par ses incarnations à l’écran, Bela Lugosi, Christopher Lee, Klaus Kinski ou encore Gary Oldman, sans oublier les lieux hantés par la figure du vampire, voici le tableau exhaustif des multiples représentations de Dracula qui ont marqué et marqueront encore durablement notre imaginaire.

J’étais un peu inquiète après lecture du dictionnaire du fantastique qui partage un de ses auteurs avec cet ouvrage puisque je ne l’avais pas franchement apprécié. C’est tout le contraire qui s’est produit ici. Il m’a fallu du temps pour le lire mais davantage parce que je l’ai savouré.

L’écriture d’Alain Pozzuoli est divine. Fluide, addictive, avec une pointe d’humour par moment, elle m’a fait passer un moment de lecture parfait.

Le livre se présente donc comme un dictionnaire qui tente de recenser différents livres, films, groupes, jeux vidéos qui abordent le personnage de Dracula et du vampire mais aussi d’autres curiosités comme des lieux touristiques, des opérations militaires, des personnes ayant véritablement existé. La somme d’information est passionnante mais mériterait définitivement une remise à jour.

Deux cahiers d’illustrations en couleur complètent un texte génial. Je n’ai jamais pensé qu’il fallait davantage d’images pour illustrer les différentes entrées, au contraire.

L’auteur m’a donné envie de découvrir plein de romans et de films, mais j’avoue qu’en matière de séries télévisées il y a un petit manque, d’où une remise à jour ardemment demandée. De même, il y a un grand oublié : le manga, alors qu’il y aurait énormément de matière. J’avais fait la même réflexion à l’ouvrage de Jean Marigny (enfin, pour la matière, parce que sinon la personne qui s’en occupe a totalement caviardé le truc).

La bibliographie de Dracula de Jacques Finné me tente beaucoup. Count Dracula, un téléfilm de 1978 réalisé par Philip Saville est aussi sur ma liste. Tout comme Deafula, une version noir et blanc en langage des signes (qui m’intéresse depuis que j’ai découvert Switched at Birth). Dracula de Bill Eagles (2007) est un must see : David Suchet ❤ y campe Van Helsing ! Dracula Rising, réalisé par Fred Gallo (1993) me tente également. Van Helsing de Stephen Sommers (2004) promet, avec Hugh Jackman en héros éponyme.

La bande dessinée Nosferatu de Philippe Druillet m’interpelle aussi même si une illustration pour se rendre compte du style aurait été sympathique. L’auteur me tente encore plus pour l’ouvrage Le sang, mythes, symboles et réalités de Jean-Paul Roux qui est sur ma wish depuis des années. Mais je ne connaissais pas Vampires, Dracula et les siens, une anthologie composée par Jean Marigny et Roger Bozzetto (et forcément maintenant je la veux).

La DVDthèque idéale en fin d’ouvrage est une attention très délicate, je ne manquerais pas de m’y atteler puisque j’ai vu et possède très peu de films qui la composent.

J’ai beaucoup aimé retrouver une entrée sur Les cent ans de Dracula de Barbara Sadoul, un livre adoré lorsque j’étais adolescente. L’entrée concernant les maladies liées au vampirisme est particulièrement intéressante, comme la lasthénie, la nécrophilie, la névrose d’Antinéa, la porphyrie, le syndrome de Renfield entre autres, avec une analyse et des exemples de gens qui en ont souffert.

Et Pozzuoli propose une entrée à Maléfice. La sorcière de La Belle au Bois dormant. J’adore ce film, j’adore ce personnage. ❤ Il la rapproche du personnage du vampire, ce qui est non seulement génial mais également particulièrement pertinent.

Et il n’a pas oublié Jean Marigny. C’est bien. ❤

Un ouvrage génial qui parlera à tout fan de vampire. Et de Jean Marigny.

Lecture sur un rocher

Les Enchantements d’Ambremer, tome 2 : L’Elixir d’Oubli

Pierre Pevel (auteur). Julien Delval (illustrateur). 2004, 381 p. Le Pré aux Clercs. Fantasy.

Quelques mois après l’épilogue des Enchantements d’Ambremer, notre mage préféré va se voir confronté de nouveaux à un tourbillons d’événements tous plus incompréhensibles les uns que les autres. Cela commence par l’état de santé détérioré d’Edmond Falissière, historien et meilleur ami de Griffont, qui doit partir en Auvergne faire une cure. Puis par la découverte d’une colonie de minimets inconnue en plein coeur de ce Paris de la Belle Époque. Et enfin par la présence d’un mage noir, Giacomo Nero dont tout le monde semble avoir peur.

J’ai trouvé la couverture un peu moins plaisante que celle du premier tome. Mais elle a donné lieu à un moment de lecture incomparable, extrêmement plaisant.

La construction en deux temps m’a un peu surprise, après le volume précédent pour le présent et plusieurs siècles auparavant pour le passé. J’ai été un peu frustrée par les coupures en espérant avoir les réponses de ces moments plein de suspense plus tard. Surtout la « mort » de Griffont.

J’ai beaucoup aimé la plus grande présence des dragons, le mystère que nous propose Pevel. Le combat final m’a fascinée. Même si j’ai eu du mal à suivre le fil d’indices pour résoudre l’intrigue.

Les personnages conservent leur mordant, leur humour. Il y a peut-être un manque des fées ? J’aurais aimé qu’un troisième tome se déroule en partie en Ambremer, je suis sûre que l’auteur aurait pu nous concocter un monde merveilleux. J’ai trouvé les minimets trop choupis.

L’écriture est un rêve, soutenue et fluide. J’ai aimé l’originalité du récit, ses lieux, ses thèmes. Partir à la poursuite d’un livre en est un qui me parle particulièrement.

Nombre de tomes parus : 2 (série finie dans cette édition)

Les Enchantements d’Ambremer

Lecture sur un rocher

Georges Beauregard, tome 2 : Le tournoi des ombres

Hervé Jubert (auteur). Benjamin Carré (illustrateur). 2012, 313 p. Le Pré aux Clercs (Pandore). Fantasy. 16€.

Georges Beauregard, l’ingénieur mage, est envoyé à New London en compagnie de Jeanne, son assistante, pour sécuriser la venue d’Obéron III et de l’impératrice Titania. Alors que les souverains respectent le programme, le smog s’abat sur la ville. Trois entités insaisissables en profitent pour accomplir un carnage. Mais le véritable ennemi se cache derrière elles. Il s’apprête à frapper l’Empire. Il s’agit d’un enfant. Et il est en colère.

J’espérais très fort que Magies secrètes soit un premier tome. Je suis ravie d’avoir été exaucée.

J’ai remarqué très vite qu’un élément qui avait été beaucoup reproché, les notes de bas de pages sur l’histoire, l’univers, les personnages, avait presque disparu. Je suppose que c’est au profit du blog du livre. Mais devinez quoi ? Elles m’ont manqué ! Je ne me suis pas sentie aussi immergée que précédemment.

Un élément m’a un peu perturbée au long du récit : qu’est-ce que c’est exactement que ce tournoi des ombres ? Je dois vraiment être totalement quetsche, mais si l’auteur l’a défini, je l’ai loupé.

Quel plaisir de retrouver Beauregard et Jeanne. Je me suis laissée porter par leurs aventures, les rebondissements multiples, les références innombrables, l’écriture léchée et appliquée. Jubert m’a emportée, comme d’habitude !

Qu’est-ce que j’ai été contente de voir les développements amoureux dans ce volume. Légers, plein de charmes. Ils sont tout doucement saupoudrés et j’ai été très touchée de la scène « finale » de Jeanne. Pas parce qu’elle laisse présager davantage, mais qu’ainsi, déjà, j’ai trouvé la situation, le personnage, magnifique.

Le récit avait également très bien commencé. Les personnages se rendent à New London, et le voyage en train m’a donné un petit goût de Retour vers le Futur 3, ce qui n’aurait pas pu être un meilleur départ.

J’ai aimé le fait que New London soit plus ouvert aux féériques que Sequana, mais j’ai eu un petit manque, j’aurais aimé découvrir cette ville encore davantage. Peut-être Gotham, au prochain volume ? J’ai adoré le choix de ce nom.

Une petite touche de mythes égyptiens avec le retour d’Isis et cette vente aux enchères très spéciale, dont l’objet renvoie à une histoire mythique et de grecs avec les ennemis qu’ils rencontrent. Pour la peine, je pensais qu’elles étaient scandinaves, j’ai aimé me tromper et tout de même les reconnaître. J’adore essayer de deviner la nature mythique/littéraire des ennemis dans ce type de romans.

Mais en ce qui concerne l’enfant, j’aurais aimé qu’il soit davantage lié aux protagonistes, aux intrigues en cours, il semblait un peu loin des choses.

La chute est intéressante. Je ne m’attendais pas à ce qu’on parte de ce côté.

La belle illustration réalisée par Benjamin Carré m’inspire un peu moins que d’habitude. J’aime son côté sombre, mais moins ne pas forcément voir à quoi elle fait allusion. Un peu comme le titre, en fait.

Un deuxième tome passionnant, malgré quelques petits points d’interrogation.

Nombre de tomes parus : 3 (série finie).

Magies secrètes / La nuit des égrégores

Lecture sur un rocher

L’enfant des cimetières

Sire Cédric (auteur). Kelly B., Elodie Saracco (illustration). 2009, 421 p. Le Pré aux Clercs (Thriller Gothique). Fantastique.

Lorsque sa collègue Aurore l’appelle en pleine nuit pour couvrir avec elle un meurtre atroce, David, photographe de presse, se rend sur les lieux du drame. Un fossoyeur pris d’une folie hallucinatoire vient de tuer sa femme et ses enfants avec un fusil à pompe avant de se donner la mort. 

Mais qui est à l’origine de cette épidémie meurtrière ? Est-ce un homme ou un démon ? Le journaliste, qui n’a plus rien à perdre, va se lancer à la poursuite de Nathaniel, l’enfant des cimetières, jusqu’aux confins de l’inimaginable.

J’ai un très, très bon souvenir de De fièvre et de sang, ma première lecture du même auteur. J’étais tombée sous le charme des thèmes fantastiques et de la superbe plume de sire Cédric, j’étais très anxieuse de renouveler l’expérience.

On retrouve certains aspects qui m’avaient décidément plu : l’écriture délicieuse de l’auteur, les chapitres courts et forts, intenses. Le lyrisme se retrouve dans le prologue, teinté d’horreur, de morbide, mais d’une poésie toute musicale, qui m’a plu malgré ses accents sombres.

Nathaniel m’a davantage fichu la frousse, aussi. Est-ce son rapport aux légendes urbaines, qui sont toujours très vivaces chez moi, le fait que j’ai débuté la lecture en pleine nuit (je ne vous le conseille pas), le mélange de l’horreur fantastique à l’humaine que j’ai trouvé plus fort ici ? J’ai aimé qu’il y ait plus au sort de Nathaniel que ce que le prologue nous en dit, aussi.

Des personnages, j’ai beaucoup aimé revoir Alexandre Vauvert, mais surtout Kristel, lumineuse, chaleureuse, que j’ai été ravie de croiser à plusieurs reprises dans le roman. J’ai aimé que le thème du mysticisme ne soit pas poussé à outrance voire à l’hystérie mais plutôt comme une croyance acceptée, sans jugement. J’ai peut-être juste un peu regretté la place moindre donnée à Alexandre, même si David n’est pas un personnage inintéressant.

J’ai particulièrement aimé la couverture et l’ambiance qu’elle promet.

Au final, cette lecture n’a pas été aussi haletante que la première, mais j’ai passé un très bon moment à frissonner et tourner les pages avec fièvre, impatiente de savoir ce qu’il en était de l’enfant des cimetières.

Lecture commune avec Arcaalea

Lecture sur un rocher

De fièvre et de sang

Sire Cédric (auteur). 2010, 447 p. Le Pré aux Clercs. Thriller – Fantastique.

Une jeune fille se réveille entièrement nue et entravée sur un matelas couvert de sang. Elle sait qu’elle va mourir, toute tentative de fuite semble inutile. La douleur n’est rien en comparaison de la peur panique qui s’est emparée d’elle. Le commandant Vauvert mène l’enquête en compagnie d’une profileuse albinos, Eva Svärta. Personnage excentrique et hors-norme, Eva a un véritable sixième sens qui fait d’elle une redoutable traqueuse de l’ombre. 

J’ai eu un peu de mal à démarrer cette lecture. J’avais prévu de la lire avec Aveline début janvier, mais je ne me suis décidée à la commencer que cette semaine. Ce n’est pas que j’en aie entendu de mauvais échos – au contraire, lorsqu’on me parle de Sire Cédric, c’est pour me dire que c’est génial. Mais je ne suis pas une grande fan de thriller (et apparemment une chochotte depuis Le Poète de Connelly qui m’a mise très mal à l’aise et donné des cauchemars) et j’ai toujours un peu me mal à me pousser pour découvrir un nouvel auteur.

Mais ça ne m’a pas empêchée de me lancer, un peu à la dernière minute pour ma lecture commune, dans ce qui s’est révélé un superbe livre. Je ne m’attendais pas à être aussi happée par cette intrigue dont j’ai été étonnée par les rebondissements, les thèmes fantastiques qui ont particulièrement touché juste, les personnages bien construits, et surtout, surtout, l’écriture d’orfèvre ciselée qui est celle de Sire Cédric. Dans l’horreur, dans la terreur, je n’arrivais pas à reposer le livre tant la mélodie qu’il crée est superbe. J’en suis sous le charme.

Le début est dur, brutal, certains chapitres sont très courts pour accentuer la nervosité du récit, on est plongé dedans dès le début. L’auteur distille quelques informations sur ses personnages, Eva et Alexandre, mais l’action n’est pas coupée. Ces commentaires sont courts et on reprend très vite le chemin de l’action et du danger.

Les passages étranges sur le sang sont particulièrement beaux et poétiques, même si au début on ne comprend pas à quoi ils font référence. L’ennemi est particulièrement fascinant. Les personnages secondaires laissent moins d’impact, excepté Jean-Luc qui agace dès sa première introduction.

J’ai été surprise de la succession des évènements. Un peu, aussi, de la coupure temporelle entre deux crimes, puis de la disparition d’Eva, je trouvais que les choses allaient pu vite que prévu, ajoutant au côté sans temps mort du roman. On ne s’ennuie pas, on ne se pose jamais. Même les périodes de souvenirs de l’albinos sont particulièrement remuants, le lecteur ne prend pas le temps d’y réfléchir, il reste dans un état constant d’agitation, presque, effectivement, de « fièvre », comme dans le titre.

Eva, la profileuse albinos, le cœur du roman, est particulièrement saisissante, dans ses capacités, dans sa personnalité frondeuse, dans son passé qui se dévoile au fil des pages. Un seul regret, peut-être : la relation qu’elle entretient avec Vauvert (Alexandre) au début du roman n’est pas développée, quelques attentions, quelques regards, sont laissés entrevoir, mais il continue à penser à elle, et c’est un petit courant amoureux qui passe venant de lui. L’auteur n’insiste pas trop dessus en général, ni particulièrement du côté de la jeune femme, mais elle y semble réceptive à la toute fin, ce qui m’a étonnée, car rien ne le laissait présager. Le côté peu appuyé me convainc moins, même si d’un côté je suis assez contente qu’il n’insiste pas dessus.

Les touches fantastiques m’ont particulièrement plu. Les loups, les miroirs, le masque, toute la symbolique du sang. Un élément relatif à ce dernier ne m’a pas surprise, mais j’ai aimé la manière dont l’auteur le « raccorde » à son meurtrier (les dieux, même s’ils ne sont pas mentionnés ; je connaissais déjà Elizabeth Bathory). Je n’en ai pas vraiment été effrayée, mais plus pressée de découvrir le fin mot de l’histoire. Une fin un peu déconcertante, mais néanmoins satisfaisante.

Lecture commune avec Aveline

Lecture sur un rocher

Georges Beauregard, tome 1 : Magies secrètes

Hervé Jubert (auteur). Benjamin Carré (illustrateur). 2012, 313 p. Le Pré aux Clercs (Pandore). Fantasy.

L’empereur de Sequana veut faire disparaître la magie de sa cité et persécute les êtres féeriques. Ils trouvent refuge dans l’hôtel de Beauregard, un détective de l’étrange. Depuis quelque temps, des sorts sèment le chaos dans la cité. Une entité maléfique répand la terreur, personne n’est à l’abri. Armé de sa canne-épée, assisté de la jolie Jeanne aux étranges pouvoirs, Beauregard enquête dans les ruelles et les palais de la capitale, transformée en théâtre de cauchemars.

Une fois encore, une très belle illustration réalisée par Benjamin Carré.

J’avais un peu peur de ne pas du tout apprécier cette lecture, même si j’ai adoré mon premier roman de Jubert. Le quadrille des assassins m’a totalement emportée. Ici, l’auteur change d’époque, de lieu, de thème, mais la féérie est précisément un thème qui me parle, ainsi que le terme de « détective de l’étrange » utilisé pour décrire Beauregard.

Non, l’élément qui m’inquiétait a été relevé par Melisende dans sa chronique du livre : la présence continuelle de notes de bas de page. Parfois plusieurs par pages, et proposant de longs paragraphes, sur l’histoire de Sequana par exemple. Bizarrement, ça ne m’a absolument pas dérangée. Je pense que je serais devenue cinglée si ça avait été des notes de fin d’ouvrage – je ne supporte pas ça. Mais là je n’avais pas besoin de chercher loin, je n’avais pas l’impression de m’interrompre dans ma lecture, et j’ai adoré les informations que ces notes proposaient. Elles n’étaient peut-être pas forcément essentielles à l’intrigue, mais elles étaient passionnantes pour la plupart.

Le roman fourmille de personnages, d’informations sur l’univers magique, la ville de Sequana, son histoire, celle du protagoniste. Une légère impression de fouillis, mais qui m’a énormément plu. Les détails d’époque comme la pierre antipoison contribuent à plonger dans cette superbe atmosphère. Par exemple, le port de crinoline de Titania et l’explication de l’auteur sur le vêtement ont contribué à la construction de cette atmosphère avec plaisir.

Le fait qu’Obéron et Titania soient les souverains m’a tout de suite fait bonne impression. Ici, Obéron est un incapable qui passe son temps à faire la fête et chasser, alors que Titania s’occupe du  royaume. Lui veut repousser la féérie hors de Sequana, alors qu’elle y a sa place, que la ville en est pleine. Le héros, Beauregard, s’attache à la protéger, tout en réglant les affaires d’ordre surnaturelle qui se produisent à la cours, comme ce groupe de femmes pétrifiées.

J’ai énormément aimé toutes les références, les personnages historiques / littéraires / mythologiques, comme Isis, qui vit à l’hôtel de Beauregard, et son ami Polidori, devenu vampire, qui m’a nettement fait penser à l’auteur du Vampire. Parfois de simples références comme Gavroche. Gustave Doré fait également partie du cercle d’amis de Beauregard, j’ai particulièrement aimé leurs interactions. La référence au véritable Barbe-Bleu choisi pour son propre rôle au théâtre m’a fait bien rire aussi.

J’étais aussi très intéressée par les locataires de la prison, comme cette sirène de terre, et cet étrange baron, et ceux de l’hôtel (la mère du diable, qui viendrait apparemment de la prison).

Le personnage de Jeanne m’a un peu étonnée, au début. Je trouve qu’elle fait un peu effet de ressort comique (se retrouver dans un puits sans trop savoir comment), mais je n’ai pas vraiment vu son importance, même ses capacités ne m’ont pas paru essentielles à l’intrigue. La mention du charme « vieux comme le monde » pour réveiller Jeanne, ne m’a pas étonnée, mais fait sourire, surtout lorsqu’elle se casse la figure en se réveillant.

Condé, l’automate plein de sentiments, m’a touchée. Albert et Beauregard sont intéressant, on prend plaisir à les suivre ou à lire des informations les concernant.

J’ai aussi aimé le thème des masques, d’Arlequin et Pierrot. « Tout le monde est masque ici ».

Même si l’enquête policière n’est pas dans les traditions que j’aime, soit la possibilité de débusquer le criminel pour le lecteur, j’ai aimé suivre Beauregard dans ses interrogations (même si j’étais un peu étonnée que le sort du prince lui soit un peu égal). Le criminel est aussi touchant lorsqu’on découvre ce qui lui est arrivé. J’ai dû relire plusieurs fois les passages qui lui sont consacrés tant j’étais choquée et je ne m’y attendais pas. L’absence de manichéisme m’a séduite, tout n’est pas blanc ou noir.

J’ai aussi positivement adoré l’arbre qui portait des livres. C’est une vision divine. La présence d’écureuils magasiniers qui mordent si on ne se tait pas m’a bien fait rire. Tout comme la remarque de Jeanne lorsqu’ils écrivent les références des livres :

« Cette bestiole sait lire ?

-Vous voulez vraiment le froisser? ».

J’ai particulièrement aimé la dernière phrase : « Il replongea sa plume dans l’encre où se cachent les histoires ». L’écriture a été un plaisir.

Suit un annuaire de Sequana en fin d’ouvrage, ce à quoi je ne m’attendais pas, présenté comme un supplément de journal. Jubert nous présente succinctement quelques lieux de culte, hôtels, curiosité, bals, cafés, amusements, etc. Ça ne me dérange pas, c’est une ouverture intéressante, mais j’aurais voulu en savoir encore plus sur l’histoire de Sequana et de la Féérie ! Je ne sais pas si Magies secrètes est un premier tome, mais j’aimerais bien !

Je remercie Livraddict et les éditions du Pré aux Clercs pour ce partenariat. Une superbe lecture.

Nombre de tomes parus : 3 (série finie).

Le tournoi des ombres / La nuit des égrégores

Lecture sur un rocher

Les Enchantements d’Ambremer, tome 1

Pierre Pevel (auteur). Laurent Miny (illustrateur). 2003, 346 p. 2003. Le Pré aux Clercs. Fantasy. 17,90€ (Bragelonne).

Au début des années 1900, la Belle Époque, les mages et gobelins et autres membres du petit peuple parcourent les rues de Paris comme les gens normaux. D’abord impliqué dans une affaire d’objets enchantés, Louis Griffont retrouve une connaissance, l’aventurière Isabel de Saint-Gil, qui l’entraîne sur une route semée de meurtres.

Une histoire magnifique, inspirée, au folklore passionnant, entre fées et dragons, et à l’enquête entraînante et intrigante.

L’introduction m’a déjà séduite, abordant l’imagination, le rêve, passer du Paris connu à celui de l’œuvre. Je n’avais pas encore découvert l’intrigue, les personnages, que j’étais déjà accro. Un charme fou se dégageait déjà du choix des mots, du thème.

J’ai adoré cette atmosphère de la Belle Époque. Je ne la connaissais pas très bien excepté d’un livre histoire jeunesse, mais où l’héroïne vivait à Londres et découvrait en plus des merveilles de 1900 des émeutes ouvrières. L’auteur donne réellement envie de découvrir cette période. J’ai trouvé qu’elle se mariait à merveille avec la fantasy urbaine, fées, dragons, petit peuple.

Les personnages sont très plausibles, comme s’ils apparaissaient réellement de chair et de sang, ou presque. J’ai passé un moment merveilleux avec eux. Isabelle et ses mystères m’ont interpellée, j’avais envie d’en savoir davantage. J’ai beaucoup aimé l’humour et la répartie des protagonistes. Azincourt m’a plu, j’aurais aimé le voir davantage. Griffont est un héros drôle, attachant, très digne, qu’on ne pense pas du tout connaître Isabelle ou les voir partir dans de folles courses poursuites.

L’univers est délicieux, passionnant, présenté via une enquête policière bien pensée, prenante, action et réflexion. J’aurais aimé découvrir encore plus avant cet univers via les explications de Griffont au policier, par exemple. J’ai bien aimé ce biais de faire partager des éléments magiques devenus normaux dans cette Belle Époque. La Bibliothèque d’Ambremer est imposante, mais je suis un peu restée sur ma faim en ce qui concerne les lieux magiques. Comme les descriptions de l’auteur sont si riches qu’on n’a qu’à fermer les yeux pour s’imaginer là, j’aurais bien aimé découvrir, que sais-je, une ville à Ambremer, avec d’autres créatures magiques … dans le deuxième volume, peut-être, que Matilda vient juste de me prêter.

Une écriture superbe, descriptive, ensorcelante, avec un charme terrible. Cette lecture est passée trop vite !

Nombre de tomes parus : 2 (série finie dans cette édition).

L’Élixir d’Oubli