Au bord des mots, lectures sur un rocher

Classe de mer

classe-de-merAlain Wagneur (auteur). Frank Margerin (illustrateur). 1997, 162 p. L’École des Loisirs (Maximax – le Neuf du siècle dernier ^^,). Jeunesse. 6,60€.

La classe de mer, c’est quand on embarque des dizaines de CM2 turbulents, excités et désordonnés en direction de l’île d’Yeu. La classe de mer, c’est arriver à les faire se lever le matin, à les équiper en fonction des impératifs météorologiques, à les faire grimper sur un vélo… et surtout à ne pas les perdre, ni dans le château… ni en mer. La classe de mer, c’est épuisant… surtout lorsqu’elle compte dans ses rangs un élément réputé à problèmes : Franck Rouveyre.

Et Franck Rouveyre en a des problèmes : lorsqu’il a fini de se disputer, il se bat et lorsqu’il a fini de se battre, il collectionne les bêtises, jette à l’eau le jeu électronique de l’un, le vélo de l’autre, et même la conductrice du vélo. Bref, Franck Rouveyre est une terreur, le cauchemar inévitable des instits et des monos. Ainsi, lorsque « l’affaire » va se produire, les soupçons vont tout naturellement se porter sur lui….

Lecture tout droit sortie de mon enfance, où je recevais chaque année plusieurs livres de L’Ecole des Loisirs, ce que j’adorais. Classe de mer m’avait laissé quelques souvenirs, dont celui d’une injustice, de préjugés, ce qui est la raison pour laquelle je l’ai relu dans le cadre du boulot (j’ai de petits lecteurs).

Je me suis rendue compte que j’avais de nombreux souvenirs de ce petit roman, qui tient plutôt bien la route près de vingt ans plus tard. Cette fameuse classe, et pas colonie, est plutôt intéressante à suivre même s’il n’y a pas tellement de détails, surtout pour une activité de développement photo, un thème que j’adore. J’ai apprécié la diversité de la classe : des enfants d’origines diverses et variées, qui cohabitent plus ou moins bien.

Par contre, il a un côté tout de même un peu daté, rien qu’en première page : la classe qui part en voyage est la « 7ème B ». Heu .. c’est quoi la septième ? La 6ème, okay. La 7ème ? J’ai dû aller chercher ma spécialiste sur le sujet, ma mère. Qui m’a dit que c’était à son époque, éventuellement, qu’on utilisait ce terme, soit les années 60 … Le roman est publié mi années 90, et un des gamins utilise un « Nintendo », pas une Game Boy, mais j’imagine que c’est ça, donc c’est la bonne période. Alors utiliser cette expression vieillotte dès la première page, je vous avoue que ça sort direct du récit. Et je ne l’ai plus lu que d’un oeil vaguement attentif.

En parlant de référence (je ne vais pas dire vieillotte parce que je sens que je vais encore prendre des tomates, n’est-ce pas Caro :P), il est questions de cassette d’Hélène ^^, et de boum, donc si vous voulez une petite plongée années 90, c’est l’occasion.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Barbamour

barbamourSusie Morgenstern (autrice). 2000, 215 p. L’École des Loisirs (Médium). Jeunesse. 8,70€.

Suite à un malencontreux accident de coloration, la tignasse de Samantha vire au blanc neigeux. Contre toute attente, l’adolescente prend la chose avec philosophie. Maintenant qu’elle a la tête de l’emploi, elle décide de devenir Père Noël à mi-temps au centre commercial Good Buy. Dans son entourage, personne ne l’approuve. Mais Sam n’en fait qu’à sa tête. Fidèle à sa devise – « Ne remets pas ta vie à demain ! » – l’adolescente fonce, prête à tout, même à rencontrer l’amour.

J’ai beaucoup entendu parler de Susie Morgenstern en matière de littérature jeunesse, surtout à L’école des Loisirs, mais je crois qu’avant ce titre, je ne l’avais jamais lue. La rencontre est plutôt intéressante.

Son écriture est très fluide, et la mise en scène de cette adolescente juive qui se retrouve Père Noël suite à une teinture ratée pleine d’humour et de justesse. J’ai beaucoup ri, surtout quand un autre Sam est entré en action. Le travail sur les coïncidences est bien mené aussi. Il n’y a que la fin à laquelle je n’ai pas trop cru (ces gamins qui s’en prennent physiquement à l’adolescente parce qu’elle n’est pas le vrai Père Noël O_O).

L’histoire d’amour ne m’a même pas dérangée, comme elle est traitée avec mystère, humour, et ces coïncidences (Sam et Sam, Greenberg et Rothberg, etc.). Le contexte religieux de l’héroïne m’a beaucoup plu.

Une petite lecture très plaisante.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Quatre soeurs, tome 2 : Hortense

quatre-soeurs-2Malika Ferdjoukh (autrice). 2003, 138 p. L’École des Loisirs (Médium). Jeunesse. 8€.

Hortense, sur SA falaise, tient SON journal intime.

Elle y raconte combien c’est dur d’être 1 sur 5, une parmi la multitude, surtout quand cette multitude est composée de :

– Charlie qui veut tout réparer à la Vill’Hervé et regarder à la dépense au lieu d’épouser Basile le docteur, de vivre à ses crochets et de fêter Noël au foie gras.

– Geneviève qui ment alors qu’elle ne ment jamais.

– Bettina qui est odieuse avec les êtres les plus sensibles de l’univers, à savoir : elle, Hortense, et Merlin Gillespie, le livreur magicien de Nanouk Surgelés, très, très laid à l’extérieur, mais si, si beau à l’intérieur.

– Et Enid qui a des conversations à bâtons rompus avec son ami Gnome de la Chasse d’eau.

Hortense se demande ce qu’elle va devenir. Architecte de monuments éternels ? Zuleika Lester, du feuilleton Cooper Lane ? Chirurgienne de maladies incurables ? Et si c’était comédienne ? Une idée folle, complètement Saint-Pierre-et-Miquelon, comme dirait Muguette, la locataire malade de la maison voisine.

Hortense sait que pour devenir comédienne, il faut une présence, une voix, de la mémoire, mais surtout de l’entraînement. Alors elle referme SON journal, elle quitte SA falaise, et elle fonce.

J’ai retrouvé cette petite famille avec plaisir. Les personnages sont définitivement le point fort de l’histoire, puisque l’auteur les détaille tellement, avec ces petites choses qui les rendent plus vrais que nature.

Ici on suit donc Hortense, plutôt sympathique, même si les passages consacrés à Bettina font long et un peu datés, surtout dans ses discussions « cool » avec ses camarades, et le temps qu’il lui faut pour comprendre que le brave livreur, Merlin, est vraiment chouette.

J’étais surtout captivée par la narratrice, dans sa découverte du théâtre, son quotidien plein de charme. Même la tante Lucrèce, dans son côté très agaçant, garde le récit humoristique sans trop en faire. Le gros défaut du livre reste sa longueur : si vous avez l’occasion, privilégiez la version intégrale, mais ne passez pas à côté de cette histoire adorable.

Nombre de tomes parus : 4 (série finie).

Tome 1 : Enid

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Nils Hazard, tome 1 : Dinky rouge sang

nils-hazard-1Marie-Aude Murail (autrice). 1999, 207 p. L’École des Loisirs (Médium). Policier – Jeunesse. 7,10 €.

De quel crime Nils s’est-il rendu coupable à l’âge de trois ans ? Pourquoi François, bon élève de cinquième, s’est-il mis soudain à bégayer? D’où vient cette grimace de peur qui défigure sans cesse le jeune Frédéric Roque ? Autant de personnes, autant d’énigmes à résoudre. Pourquoi Paul Duvergne a-t-il disparu en emportant le roi et la reine de son jeu d’échecs ? Pourquoi Solange est-elle triste chaque fois qu’elle boit du chocolat?

Le professeur Nils Hazard, qui garde sur son bureau une petite voiture rouge sang de la marque Dinky toy, est un détective d’un genre particulier. Il n’a jamais arrêté un seul coupable et puis il ne réfléchit pas, il ne déduit pas. Il imagine …

Je suis tombée sur ce petit livre au boulot, en faisant du rangement. Si le résumé me tentait beaucoup, j’avais quelques réserves après cette catastrophe de l’auteur, mais bon, il est vraiment tout petit, je ne risquais pas grand-chose !

Au final, je suis très contente d’avoir tenté cette lecture. Nils est un personnage vraiment intéressant. J’ai beaucoup aimé le fait que ce soit à plusieurs enquêtes qu’on ait affaire, qu’il y ait des rappels de certains points de l’une à l’autre.

La première, sur l’adolescence du héros, est passionnante, puisant dans les secrets familiaux, avec un petit côté aventure. Le côté désuet, le fait qu’il soit difficile de dater cette époque, me plaît tout spécialement puisqu’il donne un côté intemporel à l’action. Et Nils, avec ses petites particularités (sa passion pour les Etrusques, sa manière de mener une enquête), est un personnage très appréciable.

Sa manière de résoudre les enquêtes est très chouette aussi, à la Hercule Poirot un peu, ici en imaginant ce qui pourrait se passer (typiquement ce que je fais :P). Si celle de l’adolescent bégayeur m’a un peu ennuyée, la grimace de peur, le fou et surtout la demoiselle qui craint de boire du chocolat m’ont beaucoup plu, avec cette touche d’aventure. Je pense que j’aurais adoré lire ces enquêtes adolescente, après Alice Quine !

Petit regret, la relation amoureuse qu’on voit venir à trente pieds de longs, même si elle n’est pas trop ennuyeuse. Catherine a un humour que j’ai plutôt apprécié. J’ai hâte de poursuivre ma découverte des enquêtes de Nils.

Nombre de tomes parus : 7 (série finie).

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Ella l’ensorcelée

ella-lensorceleeElla Enchanted. Gail Carson Levine (autrice). 2009, 278 p. L’Ecole des Loisirs (Neuf). Jeunesse – Conte. 11€.

Lucinda, cette idiote de fée, n’avait pas l’intention de me jeter un sort. Elle voulait me faire un cadeau. Comme j’avais pleuré désespérément pendant toute la première heure de mon existence, ce furent mes larmes qui lui donnèrent une idée. – Mon cadeau sera l’obéissance. Elle sera toujours obéissante. Et maintenant, arrête de pleurer, mon enfant. Je m’arrêtai.

Le sort de la fée Lucinda est si puissant qu’Ella est obligée d’exécuter tous les ordres qu’on lui donne, quels qu’ils soient, même si elle s’y refuse de toutes ses forces. En grandissant, elle a appris à mettre toute son intelligence au service d’une lutte de chaque instant pour dissimuler sa vulnérabilité. Mais à présent que sa mère est morte, que son père a décidé de se remarier, la voilà plus fragile que jamais. Car certaines personnes malveillantes ont tôt fait de percer son secret et de s’en servir. Les pouvoirs de sa marraine et l’amour du prince Charm l’aideront-ils à échapper aux personnes qui la haïssent et à vaincre la malédiction ? 

Il y a quelques années, j’ai découvert le très léger et choupi film avec Anne Hathaway et Hugh Dancy adaptant ce roman, que j’avais beaucoup apprécié. Je retrouve ici des éléments déjà adorés chez Gail Carson Levine : l’univers de fantasy jeunesse adorablement construit, les personnages attachants, plein de courages, l’écriture très fluide …

Et un gros défaut : c’est très court. Que j’aurais aimé découvrir, à l’instar du film, les différentes créatures un peu plus en détail, l’école d’Ella. Et voir un peu plus Charm, qui est bien plus présent dans l’adaptation …

Bon, le père n’est pas un cadeau non plus. « Ta mère était belle. Je regrette qu’elle soit morte. » Seriously? On est en train d’enterrer la pauvre femme et c’est tout ce que tu trouves à dire ??

Sans parler du cadeau de cette idiote de fée. Il est très dur de voir la pauvre Ella forcée de faire les quatre volontés de tout le monde, surtout lorsque son ignoble soeur adoptive découvre son secret … C’est un élément qui m’a mise un peu mal à l’aise, je n’aurais vraiment pas aimé être à sa place. Cette peste va jusqu’à l’affamer …

En revanche, j’ai beaucoup aimé l’héroïne, Charm, Mandy qui s’occupe d’Ella, et Areida, l’amie étrangère que j’aurais aimée découvrir dans son pays, Ayortha. Même si Charm l’évoque, un peu plus n’aurait pas fait de mal.

Le livre, cadeau de Mandy, est un enchantement. J’ai aimé qu’il soit un tel moteur dans le roman, un medium utilisé pour faire passer différents messages, lettres, récits, images …

Deux points encore sur la fin : la décision d’Ella et le très beau bal m’ont énormément touchée. Quelle douceur, quel courage … et son refus de devenir princesse pour être Linguiste de Cour ! J’ai adoré ce choix, j’ai adoré que cet élément aie tant d’importance ❤ J’aurais juste espéré lire ça plus jeune.

Une fois encore, je trouve que Gail Carson Levine est une parfaite auteur doudou.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Voyage à Pitchipoï

Jean-Claude Moscovici (auteur). 2005, 138 p. L’Ecole des Loisirs (Médium). Jeunesse – Témoignage. 5,80€.

En 1942, l’auteur de ce livre avait six ans. Sa famille fut arrêtée par des gendarmes allemands et français, et déportée.

C’est une collègue qui m’a parlé de ce petit récit pour le lire à voix haute à une classe. Je n’en avais jamais entendu parler auparavant, donc j’y ai jeté un oeil (histoire de ne pas le découvrir devant les élèves ^^,).

Je vous ai coupé le résumé à rallonge, il a côté spoil qui m’a étonnée, mais même en sachant tout ça, je me suis retrouvée prise dans le récit.

Il y a très peu de dialogues. L’auteur raconte cette période sombre de son enfance, mais avec une simplicité et une dignité remarquables. Je ne savais pas que c’était son témoignage – il était rangé dans les romans …, je ne savais donc pas à quoi m’attendre. C’est une lecture douce malgré son horreur, à recommander.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Journal d’un chat assassin

The Diary of a killer cat. Anne Fine (autrice). Véronique Haïtse (traductrice). Véronique Deiss (illustratrice). 1996 (VO), 2000 (VF), 78 p. L’École des loisirs (Animax). Jeunesse. 7,70 €.

Tuffy, un authentique chat, tient son journal intime, qui commence ainsi : “C’est ça, c’est ça. Allez-y, pendez-moi. J’ai tué un oiseau. C’est que je suis un chat, moi. En fait, c’est mon boulot de rôder dans le jardin à la recherche de ces petites créatures […] ”. Ensuite, il y a l’histoire de la souris, puis celle du lapin, qui lui vaut l’accusation de “ lapincide avec préméditation ”, alors que Tuffy n’est pas responsable de sa mort. Car les humains qui partagent la maison du chat n’apprécient guère les agissements instinctifs de l’animal.

J’avais entendu parler de cette série, je pense en voyant qu’elle était de l’auteur de Mme Doubtfire, que j’étais tentée de lire. Je m’en tiendrai à ce tome.

Qui m’a bien agacée. Certes, j’ai essayé de me préparer à l’aspect jeunesse, mais pas au côté un peu bête. Le chat est engueulé pour … être un chat. Ramener des bêtes mortes dans la maison ben pour le chat c’est faire plaisir au maître. La gamine pleure tout le temps parce qu’il fait son truc de chat, et de l’engueuler lorsque ce n’est finalement pas le cas. Ca c’est un coup à s’en débarrasser de la bestiole (le père disant que « c’est bien dommage » qu’il n’ait rendez-vous chez le vétérinaire que pour un rappel de vaccin) et ça n’a pas arrangé mon avis. Je m’attendais à un truc plus fun …

De plus, les illustrations ne sont pas passées, elles m’ont fortement rappelé un autre titre de chez Animax (collection pour les plus jeunes de l’éditeur) où pareil on passe des défauts de gamins (là, une fillette enferme un enfant dans une chambre secrète sans rien dire aux adultes d’abord, pas comme si c’était dangereux hein, juste un truc de gosse. Et ça, je le pensais déjà quand j’étais petite, ce n’est pas mon cerveau d’adulte qui râle).

Bref, vous comprendrez que je ne poursuis pas cette série et que je me sépare de ce livre.