Au bord des mots, lectures sur un rocher

Inconnus célèbres

Patrick Pesnot (auteur). Joseph Désiré Court (illustrateur). 2000, 313 p. Albin Michel (Bellemare). Histoire – Littérature. 15€.

En partant de la découverte de seize inconnus devenus célèbres grâce au génie d’un romancier, Patrick Pesnot, journaliste et romancier lui-même, nous raconte des destins dramatiques ou étonnants qui sont plus incroyables encore que la fiction qu’ils ont inspirée.

Ce mélange de littérature et d’Histoire me paraissait plutôt sympathique, puisque ce sont deux domaines que j’apprécie beaucoup. Sans aucun doute, il se lit plutôt vite, entre le résumé assez détaillé de l’oeuvre en question puis de la vie de l’auteur ou de la personne en question.

J’ai retrouvé avec plaisirs des récits que j’adore comme Le comte de Monte-Cristo, même si la plupart des autres sont des bêtes noires, tant Mme Bovary que Le Rouge et le Noir … Il vaut définitivement mieux les connaître avant de se pencher sur ce livre puisque l’auteur les raconte quand même intégralement ou presque.

Quelques parallèles intéressants sont faits entre les vies réelles et fictives, mais il y a quand même pas mal de longueurs et je me suis ennuyée.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Guide des littératures d’Irlande et du Commonwealth

Littératures Irlande CommonwealthJean Pouvelle, Jean-Pierre Demarche (auteurs). 2008, 290 p. Ellipses. Littérature. 22,40€.

Quelque 70 œuvres marquantes sont analysées dans cet ouvrage collectif auquel ont participé 50 contributeurs, pour la plupart universitaires. Des auteurs contemporains (Sebastian Barry, Amit Chaudhuri, Arundhati Roy ou Chimamanda Ngozi Adichie) côtoient les « incontournables » que sont Oscar Wilde, James Joyce, V.S Naipaul, R. K Narayan, Doris Lessing ou Nadine Gordimer. Le guide des littératures d’Irlande et du Commonwealth des origines à nos jours n’est pas un traité de la littérature coloniale et postcoloniale, ni même une anthologie. Il répond à un double objectif : donner l’envie de lire aux utilisateurs et les guider dans leurs choix de lectures.

Il y a définitivement deux parties à cet ouvrage : celle consacrée aux auteurs irlandais et celle évoquant celles et ceux d’autres pays anglo-saxons (Canada, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, Niger, Inde). Lorsque je l’ai acheté, c’était pour la première (je crois que je revenais juste d’Irlande, d’ailleurs), même si la seconde ne m’aurait pas dérangée.

Mes attentes ont définitivement changé depuis, et j’avoue que pour cette lecture, j’avais envie de découvrir des auteurs anglo-saxons d’une part, mais surtout des auteures. Et la première partie m’a déçue sur ce point : sur la vingtaines de romanciers ou poètes présentés, il n’y avait qu’une femme (Edna O’Brien, dont j’ai entamé un roman qui ne m’a pas du tout convaincue d’ailleurs ; parmi ses citations « The vote means nothing to women », génial). Genre une seule. Cette disparité m’a indignée et j’étais à ça de lâcher l’affaire, surtout la structure, que j’aborderai plus tard, était un peu lourde, en prime.

Mais j’aurais loupé la deuxième partie, qui m’a fascinée. Je connais peu d’auteurs hors de cette zone de confort que représentent l’Angleterre et les Etats-Unis, très peu en Irlande, au Canada, en Afrique du Sud et Australie. J’ai été servie avec ce livre, d’autant qu’il y a un très, très grand nombre de femmes présentes : 21 sur 47. Le contrat est donc rempli sur ce point, malgré une déception irlandaise (et ne venez pas me dire qu’il n’y a pas d’auteures à part celle qui est présentée, je ne vous croirais pas).

Bon, en revanche, la structure est un peu lourde. C’est un ouvrage à destination d’étudiants ou d’enseignants. On démarre par une présentation de l’auteur (qui aurait gagné pour le Commonwealth à avoir une précision de pays à côté du nom de l’auteur parce que pour au moins deux d’entre eux il n’y a pas d’indication dans la partie biographique), une bibliographie sélective, un point sur un ouvrage en particulier (mais un grand point, genre très en détail et genre pour certains totalement spoilant – c’est vraiment plus un outil d’étude que de découverte), son analyse (donc parfois encore plus de spoil, mais souvent très intéressant pour une explicitation contexte ou autobiographique) et des citations en VO et traduites). Définitivement pas une lecture à faire avant de dormir, mais comme je n’ai plus de transports en commun ^^;

J’ai noté quelques auteurs, comme Margaret Atwood – que je vénère déjà, merci la Servante écarlate ❤ –

L’un dans l’autre, c’est une lecture que je ne regrette pas, mais que je ne conseille pas à moins d’être bien motivé et d’avoir l’habitude d’ouvrages presque universitaires dans leur expression (parfois honnêtement à la limite de l’incompréhension).

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100 chefs-d’oeuvre incontournable de l’Imaginaire

chefs d'oeuvre imaginaireEric Holstein, Jérôme Vincent, Thibaud Eliroff (auteurs). 2009, 122 p. Librio. Littérature – Science-fiction – Fantastique – Fantasy. 3 €.

Science fiction, space opera, heroic fantasy, politique fiction, fantasy… Autant de genres qui constituent la fantastique palette dont disposent les écrivains de l’Imaginaire. Ce guide vous dévoile enfin tous les arcanes de cette mystérieuse littérature pour que vous fassiez le meilleur choix ! Des notices biographiques, des résumés critiques et un index complet pour trouver ses marques dans un univers fascinant. 

J’avais quelques appréhensions en démarrant ce petit guide, après celui sur les romans cultes des ados, qui m’a énormément agacée. Mais c’est tout le contraire.

Il m’a emportée à travers de nombreux univers. Les différentes plumes s’accordent à merveille pour présenter des récits de fantastique, de science-fiction et de fantasy, sans jamais trop en dire, juste assez pour donner envie de découvrir tous les textes présentés, ou presque, et me faire soupirer de nostalgie devant ceux que j’ai déjà dévorés.

La structure d’une page est classique. Le titre de l’oeuvre, date de publication (le classement est chronologique, ce qui est plutôt intelligent), auteur, genre, une petite biographie, un extrait, et un commentaire dessous. Un petit lexique est disponible à la fin. Je l’ai beaucoup aimé et trouvé très clair. La préface est une très belle mise en bouche et donne envie de se plonger dans les pages qui suivent.

Je n’ai noté aucune idée pendant ma lecture, parce que j’étais trop prise dans les résumés et commentaires des auteurs, et parce que j’avais presque envie de tout découvrir ^^, mais si je devais en sélectionner quelques-unes, ce serait : L’an 2440 (rêve s’il en fut jamais) de Louis-Sébastien Mercier, une utopie (genre que je connais très peu !) ; La ballade de Pern d’Anne McCauffrey ; Elric de Michael Moorcock ; Jack Barron et l’éternité de Norman Spinrad ; Le travail du furet à l’intérieur du poulailler de Jean-Pierre Andrevon ; F.A.U.S.T. de Serge Lehman (dont j’avais adoré No Pasaran). Il y a comme un thème de science-fiction ^^,

Une lecture que je vous recommande ardemment ❤

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100 romans cultes des ados

romans cultes adosJessica Jeffries-Britten (autrice). 2009, 109 p. Librio. Littérature. 3 €.

Contrairement à une idée reçue, les jeunes lisent… pourvu qu’ils trouvent le bon ouvrage ! Et avec plus de 8 000 nouveaux livres de jeunesse chaque année, il est normal de se sentir comme Alice perdu au pays des merveilles … Jessica Jeffries-Britten, véritable Miss Doubtfire a fait le ménage pour vous. En bon disciple de Sherlock Holmes, elle a enquêté et vous a déniché les perles de la littérature jeunesse. S’il ne devait rester que cent romans, ce seraient ceux-là ! De Harry Potter a L’écume des jours, retrouvez notices biographiques, résumés critiques et niveaux de lecture pour guider les ados ! 

Alors Librio a augmenté tous ses titres de 2 à 3€ ? Hm … il fait la même taille que ceux que j’achetais il y a quelques années, lorsque ceux à 3 étaient vraiment les pavés, ou les regroupements de plusieurs ouvrages … Bon ça reste un bon prix hein, mais quand on sait qu’à la base c’était le livre à 10 Fr, on a bien augmenté …

Voilà, maintenant que j’ai fait ma vieille radoteuse, on peut poursuivre ^^,

Ca faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu un guide littéraire, à la fois pour faire des découvertes de lectures, mais aussi pour le boulot ici. J’ai quand même toujours un mouvement de recul lorsque je vois le terme culte, parce qu’il est tellement subjectif, question de génération, d’origine, etc. Et j’avoue qu’une fois encore, je ne suis pas vraiment d’accord avec les choix de l’auteur, mais bon. Je ne râlerai pas trop sur ce point.

Je râlerai sur le suivant. Quel est l’intérêt de spoiler la chute d’un roman ? Ca ne me donne pas envie de le lire, heureusement que c’était déjà fait (Ma soeur est une sorcière de Diana Wynne Jones m’a sauté aux yeux … merci d’expliuer en détail le concept des neuf vies …). Ou alors que je n’ai pas encore lu comme Papa Longues-Jambes : maintenant je sais que l’héroïne épouse son bienfaiteur. Trop chouette …

Un autre élément m’a franchement dérangée. En présentant Deux pour une d’Erich Kästner (deux jumelles qui ignoraient l’existence de l’autre et échangent leurs vies), l’auteur écrit que Kästner « réussit à accrocher son lecteur – ou plutôt sa lectrice ». Sérieusement ? Parce que les héroïnes sont des filles, ça ne peut intéresser que des filles, ce livre ? Méprisable, comme remarque. Je me bats pour faire comprendre à mes élèves que les livres n’ont pas de sexe, juste une passion de lecture, de voir ce genre de réflexion ridicule et stupide me fait sortir de mes gonds.

Ah, et le « réservé aux plus grands » pour Les raisins de la colère de Steinbeck. Ce n’est pas un livre qui me motive, mais si des lecteurs veulent tenter leur chance, cette notion de réservé aux plus grands, je n’aime pas non plus, surtout lorsqu’on n’explique pas pourquoi !

Je n’ai retenu aucune proposition de lecture, j’étais trop agacée.

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Dictionnaire du fantastique

Alain Pozzuoli, Jean-Pierre Kremer (auteurs). 1992, 415 p.  Grancher. Littérature.

Le genre Fantastique est populaire par excellence. Il a envahi peu à peu tous les domaines d’expression artistique : cinéma, littérature, bande dessinée, musique, peinture… mais pourtant, jusqu’à présent, aucun dictionnaire ne lui avait jamais été consacré. Les Editions Jacques Grancher réparent cet oubli en publiant la Première Compil’ du Fantastique.

Dans le cadre du challenge ABC fantastique, cette année, j’avais décidé de lire le Dictionnaire du vampire du même auteur, et j’ai trouvé qu’il était plus logique de démarrer par celui-ci, pour aller du général vers le précis. Et au final, il m’a plus laissé une impression de fouillis.

En effet, on ne traite pas que de la littérature, ce qui ne me dérange pas à la base, mais aussi du cinéma, des arts graphiques, de la télévision, de la musique, de l’occultisme … le point qui les rapproche normalement est leur genre, le fantastique. Problème, j’ai trouvé pas mal de science-fiction … et je n’ai pas compris pourquoi. Je n’ai pas vu d’explication cohérente (un peu comme à l’américaine où on rassemble les littératures de l’imaginaire) et j’étais régulièrement sortie de ma lecture parce que je me demandais ce que telle entrée faisait là.

Le format est plaisant. J’apprécie toujours autant le style de dictionnaire, mais s’il avait pu être illustré, l’ouvrage y aurait beaucoup gagné (il y a quelques photos de films). J’ai beaucoup regretté l’absence d’illustration, surtout lorsque les auteurs ambitionnent de présenter l’aspect visuel du fantastique sans l’appuyer – et il fait plutôt fin à côté de la bible des vampires qui attend encore dans ma PAL.

Encore un petit regret, les biographies de grands auteurs comme Balzac. Elles sont vraiment longues, il aurait peut-être été intéressant de se focaliser sur ce qui avait un rapport avec le fantastique. Les réalisateurs et autres personnalités ne souffrent pas de ces longueurs, au contraire, j’aurais parfois aimé apprendre davantage que « a réalisé un film sur le fantastique » avec quelques explications …

Au final, je garde un sentiment de déception de cette lecture. Je n’ai pas appris grand-chose, le mélange des genres m’a perturbée et l’absence d’illustrations, surtout lorsqu’on évoque des artistes (j’aurais préféré voir les peintures évoquées plutôt que les photos de films) m’a déçue et coupée dans ma lecture.

Quelques points positifs avec un article sur Jean Marigny  ❤ et un autre sur Robert Hossein  ❤ qui m’a rappelé l’existence du Vampire de Düsseldorf que je dois encore voir. J’ai très envie de découvrir Les Prédateurs avec Susan Sarandon, David Bowie et Catherine Deneuve. Mais ce sont les seules idées que je garde de cette lecture.

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Antimanuel de littérature

François Bégaudeau (auteur). 2008, 312 p. Bréal. Littérature. 21,50€.

Autant prévenir tout de suite le lecteur dont cet Antimanuel va absorber le week-end alors qu’il pourrait enquiller six saisons d’Ally McBeal en mangeant des pizzas, on ne va pas aller au plus simple. On va même tenter l’impossible : définir la littérature. 

J’aime beaucoup les documentaires sur la littérature. Ici c’est cet aspect loin des sentiers battus dans le domaine qui me tentait, sans être dans le gigantisme des Nuls. L’auteur s’attache à définir la littérature et les écrivains, entre autres.

Si la présentation simple et aérée, le vocabulaire familier, les dialogues entre auteur et éditeur très amusants dans les notes de bas de page, propose effectivement une autre vision de la littérature, je m’aperçois que je manque un peu de connaissances dans le domaine, surtout pour bien apprécier l’humour de l’auteur.

J’ai trouvé un peu dommage de retrouver l’intégralité de la quatrième de couverture parfaitement intégrée dans le livre, en préface au premier chapitre. C’est redondant.

Mais à part la complexité de certaines parties, j’ai beaucoup apprécié l’humour de l’auteur, quand j’ai pu le saisir, soit principalement dans les commentaires de bas de page. C’est une lecture assez agréable.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

C’est dans la poche !

Jacques Sadoul (auteur). 2006, 173 p. Bragelonne (Essais). Mémoires – Littérature. 17,30 €.

Voici les mémoires passionnantes — et hilarantes ! — d’un des plus grands noms de l’édition française de la fin du XXe siècle. Un des quatre grands qui ont donné ses lettres de noblesse à la science-fiction dans l’hexagone.

Dans cette autobiographie, Jacques Sadoul livre enfin ses souvenirs de 35 ans d’édition des littératures de genre, dont la création d’une collection SF chez J’ai lu. À travers des rencontres prestigieuses, des hasards saisissants et une foule d’anecdotes, il se fait chroniqueur d’une époque où tout était possible, car tout était à faire.

J’avais déniché ce livre il y a bien dix ans, avant de me mettre à lire de l’imaginaire de manière régulière et donc de connaître la plupart des noms mentionnés. J’en garde un souvenir plutôt bon ; je connaissais Jacques Sadoul comme le père de Barbara Sadoul, anthologiste des Cent ans de Dracula, et j’étais intriguée par ces mémoires d’éditeur.

La relecture a été un petit bonheur. Je connais bien plus d’auteurs d’imaginaire maintenant, donc ces anecdotes prennent une toute autre saveur avec ces connaissances. Le plaisir de lecture est encore rehaussée par l’écriture fluide, vive et pleine d’humour de Jacques Sadoul. J’ai regretté que ces mémoires ne soient pas deux fois plus longues, rien que pour les petites histoires sur Sadoul au quotidien (« Je suis tout ouïe d’un oeil distrait », entre autre « sadoulisme »). Beaucoup d’éclats de rire au rendez-vous.

La présentation (choix d’une année, avec différentes références selon les thèmes civilisation, littérature, BD, ciné, radio, musique, politique, sports, décès) est une mise en bouche intéressante pour amener les confidences de l’auteur pour cette année.

J’ai aimé les passages de défense de la bande dessinée, présentée comme ignorée/méprisée … ainsi que de la science-fiction. Sadoul est un fervent défenseur de la culture dite populaire, et qu’est-ce que ça fait du bien ! Il mentionne même les mangas … pour l’année 1996 !

Il y a aussi quelques passages sur Angélique et sa publication qui valent le détour pour ceux qui s’y intéressent. On a aussi une explication pour les romans de Virginia Andrews TM que j’aurais adoré avoir adolescente ^^,

Tous les passages qui traitent du milieu de l’édition sont également passionnants, notamment sur le poche, que Sadoul connaît de première main pour avoir travaillé dans ce domaine en particulier. Et Librio. J’ai un sentiment très nostalgique pour cette collection que j’ai découverte en 3ème au collège et qui m’a permis, pour mon tout petit budget, de dévorer de nombreux livres … Les anthologies de Barbara Sadoul comme La Dimension fantastique sont mentionnées ; je les adorais !

A présent, j’ai très, très envie de découvrir d’autres textes de l’auteur !

Quelques citations :

Retour d’un déjeuner avec Neil Gaiman : »En me quittant, Neil m’ dit : »J’espère que nous nous reverrons dans le futur ». Je lui ai répondu que l’on se reverrait peut-être dans le passé. Après tout, ça doit être possible avec un auteur de science-fiction. ❤

Clotilde (super assistante) est obligée d’emmener son jeune fils au bureau. J.S. : C’est demain que vous venez avec votre petit monstre ? Clo : Oui, sa nounou est malade. J.S. : Bon, on lui donnera un livre à ronger.

J’aimerais que le livre de citations de Jacques Sadoul soit disponible dans le commerce, mais je crois que c’est un volume juste à sa disposition …

Et j’ai enfin ma réponse : l’auteur n’a rien à voir avec George Sadoul ^^,