Lecture sur un rocher

Enchantement

Orson Scott Card (auteur). Arnaud Mousnier-Lompre (traducteur). 1999 (VO), 2007 (VF), 580 p. Points. Fantasy.

Au cœur de la forêt ukrainienne, le petit Ivan découvre une jeune fille endormie sur un autel. Une présence inquiétante le pousse à s’enfuir. Des années plus tard, Ivan revient sur les lieux. Cette fois, il ose embrasser la belle … et se retrouve précipité mille ans auparavant, dans un monde parallèle où la sorcière Baba Yaga fait peser une terrible menace. 

Je n’ai pas trouvé de fausses notes, tout au contraire ! Au niveau de l’intrigue, déjà, inspirée de La Belle au bois dormant puis développant les mythes russes et slaves. J’ai été heureuse de guetter des petits détails dont j’avais l’impression qu’ils auraient leur importance par la suite, comme le nom juif d’Ivan et le regret de sa mère de ce que sa fiancée Ruthie le connaisse. J’ai été ravie de voir que mon intuition était la bonne. Les différentes parties du livre m’ont bien plu, avec un plus pour Ivan découvrant Taïna sans franchement d’aide extérieure, ainsi que le fait qu’il soit passionné par les contes et qu’il continue à y penser même là-bas.

Des personnages, ma préférence vole directement à Baba Yaga et Ours, que je ne connaissais pas en tant que dieu, mais la Baba Yaga, dans son mortier et qui avance avec son pilon, elle a bercé mon enfance, ou presque 😉 méchante à souhait, désopilante lorsqu’elle arrive dans notre monde et dans ses dialogues avec son époux. Un autre couple m’a plu, les parents d’Ivan, je ne m’attendais pas à sa magie, mais ces touches folkloriques étaient intéressantes aussi.

Les nombreuses descriptions et le style ne m’ont pas dérangée, agrémenté de petites notes d’humour, je n’ai pas été déçue de retrouver Card dans la fiction (après Personnages et Points de vue). J’ai eu quelques difficultés à comprendre la fin, s’ils restent ou non à Taïna, s’ils vivent dans le monde des parents d’Ivan, même si (retour de la guimauve) le côté happy end ne m’a pas posé de problèmes.

Le lire m’a en tout cas donné envie de me plonger dans des livres de contes, et de relire mon livre de contes et légendes russes ^^

Lecture sur un rocher

La guerre de Troie n’aura pas lieu

Jean Giraudoux (auteur). 1972, 185 p.  Le Livre de Poche. Théâtre – Humour.

« La guerre de Troie n’aura pas lieu ». C’est la promesse qu’Hector, fils aîné du roi Priam, fait à son épouse, la sage Andromaque, à son retour de guerre. Comme l’histoire – ou la légende nous l’a appris, cette guerre serait le résultat de l’enlèvement d’Hélène, reine de Sparte, par le frère cadet d’Hector, Pâris, non moins célèbre héros de l’épisode de la pomme d’or. Attribuée à Aphrodite, déesse de l’amour, au lieu d’Athéna, déesse de la sagesse, ou Héra, épouse de Zeus, Pâris s’est donc attiré les foudres des deux autres.

Hector lui fait remarquer d’ailleurs « Tu as aussi fait un beau coup ce jour-là! », car dans la guerre à venir, Athéna et Héra seront leurs ennemies, et se faire un ennemi de la déesse de la guerre et de l’intelligence, soit la première, ça n’est vraiment pas malin. Hector va donc, par tous les moyens, tenter d’empêcher cette guerre, quitte à mentir et subir de nombreux affronts, voir commettre lui-même l’irréparable, en un geste désespéré qui va se retourner contre lui.

Cette pièce de théâtre est un de mes plus beaux souvenirs de lycée, lorsque j’étais en 1ère. Je n’avais jamais entendu parler de ce titre, ni même de l’auteur, mais dès l’instant où on m’a annoncé le début, la guerre de Troie, j’étais partante, amoureuse de mythologie comme je l’ai toujours été.

Si on m’avait dit qu’elle était transposée de manière « moderne », au niveau du langage entre autres, je l’aurais peut-être reposée bien vite. Heureusement, je n’en ai rien fait ! Même maintenant, près de six ans plus tard, je me délecte toujours autant de cette lecture. J’ai du mal à passer une scène sans éclater de rire, comme avec les vieillards qui acclament et regardent Hélène en petits voyeurs, ce qui est très drôle jusqu’à ce qu’on apprenne qu’ils ne sont pas seulement des petits vieux mais le Conseil de Troie … Troie va mal, en effet.

J’ai aussi un mal fou à ne PAS croire au titre à chaque fois que je relis le livre : je suis toujours persuadée qu’Hector aura gain de cause, qu’il fera mentir l’histoire, qu’il triomphera de TOUS les autres personnages.

Hector est un de mes personnages préférés (et cela n’a bien sûr rien à voir avec le souvenir que j’en ai de celui qui interpréta ce rôle ^^), ses commentaires (celui à Pâris sur son jugement, par exemple, ou toutes ses remarques de style grand frère), tout comme Cassandre, personnage ironique et détaché par excellence, qu’on voit à sa réplique finale. Cassandre, depuis le début, sait ce qui va se passer, sait que la guerre de Troie aura bel et bien lieu, connaît le sort de sa famille et de la cité.

Le vocabulaire est simple en règle générale, mais parfois Giraudoux s’amuse à créer des mots, comme le vocabulaire de navigation et la pseudo insulte des Grecs au Troyens.

Giraudoux a écrit cette pièce en 1935, durant l’entre-deux guerres, et c’est ce moment qui est représenté. Hector revient de guerre, qu’il considère la dernière, et il compte bien signaler la fin des guerres en fermant des portes spéciales, les portes de la guerre, qui restent fermées en temps de paix. Il y parviendra un temps, mais ensuite advient ce que l’on sait et elles sont donc rouvertes. Cependant, il est persuadé que malgré les menaces actuelles, ce sera bien la dernière guerre, malgré l’ennemi grec bientôt dans leur port, malgré les prédictions de Cassandre et les affirmations d’Hélène qu’elle ne se voit pas être rendue aux Grecs. 1935 : l’Europe bout et Hitler frotte les allumettes …. Mais non, une nouvelle guerre n’aura pas lieu.

La Guerre de Troie n’aura pas lieu est un moment de lecture délicieux, une pièce portée par ses personnages, Hector le premier, qui essaie de faire bouger les choses, et par un humour léger et pétillant, qui masque des thèmes plus profonds comme la guerre, le pacifisme, le destin et la fatalité.

Lecture sur un rocher

Celtic Myths

Bill Price. 2008, 160 p. Pocket Essentials. Mythes – Folklore. Livre lu en anglais.

Un très beau livre qui m’a cependant bien déçue.

J’ai surtout été attirée par son aspect : une jolie couverture, la tranche arrondie, une belle jaquette. Je m’attendais à une lecture tranquille, plaisir, de mythes.

Pas à ce que l’introduction soit si longue. Je ne dis pas qu’elle est inintéressante, loin de là. On aborde les buts d’un mythe, l’étymologie du mot. J’espérais juste entrer plus vite dans le vif du sujet, je n’étais pas dans l’état d’esprit d’une lecture aussi théorique.

La suite m’a agacée : les Celtes, qui ils étaient, où ils vivaient, etc. J’ai lu pas mal de livres depuis l’an dernier sur les Celtes et l’Irlande. Pourquoi, dans chacun d’eux, même les livres de contes et de traditions/folklore, FAUT-IL faire un point là-dessus ? J’ai commencé à lire en diagonale, j’étais vraiment lassée. Alors le fait que l’auteur se soit lancé dans une histoire d’ADN m’a totalement décrochée.

On a peu droit à du récit, ensuite, dans le corps du texte. L’auteur décrit le contenu des cycles, raconte certaines histoires, pas toutes, les plus célèbres bien sûr, faisant référence à de précédents auteurs, et c’est tout.

En bref, une belle déception.

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American Gods

Neil Gaiman (auteur). Antoine Poulain (illustrateur). 2001 (VO), 2006 (VF), 599 p. J’ai Lu (Fantastique). Fantastique.

Dans le vol qui l’emmène à l’enterrement de sa femme tant aimée, Ombre rencontre Voyageur, un intrigant personnage. Dieu antique, comme le suggèrent ses énigmes, fou, ou bien simple arnaqueur ? Et en quoi consiste réellement le travail qu’il lui propose ? En acceptant finalement d’entrer à son service, Ombre va se retrouver plongé au sein d’un conflit qui le dépasse : celui qui oppose héros mythologiques de l’ancien monde et nouvelles idoles profanes de l’Amérique. Mais comment savoir qui tire réellement les ficelles : ces entités légendaires saxonnes issues de l’aube des temps, ou les puissances du consumérisme et de la technologie ? A moins que ce ne soit ce mystérieux M. Monde…

Pas tellement un saut dans l’inconnu ici, puisque je connaissais l’auteur, Neil Gaiman : j’ai étudié son Coraline en première année, je l’ai beaucoup aimé, et je suis tombée sous le charme de Miroirs et fumées.

American Gods m’a bluffée. Presque davantage que Miroirs. Peut-être parce que, entre autres, Miroirs se classait assez facilement dans la catégorie « fantastique », une belle étiquette que j’adore. Si vous arrivez à classer ce roman dans un bocal distinct, bonne chance. C’est tellement plus. American Gods, c’est le prix Hugo et Nebula pour le côté SF ; le prix Locus du côté de la fantasy … et le Bram Stoker Award pour l’ambiance fantastique. Folklore et mythologie au quotidien, pimenté, même, par des intrigues policières; politiques même dans un sens entre les deux camps divins.  Et bang à la résolution finale. Selon le site Wikipédia, l’édition « Au diable Vauvert » le classe dans une catégorie « fantastique rock », ce qui n’est pas mal du tout.

Les prénoms sont déjà un superbe point de départ. Ombre est déjà tellement mélodieux et annonce  un mystère, sur ce héros qui a l’air comme tout le monde, à part son côté ex-détenu ; les autres font sourire, comme Bois et Pierre (Pierre dans le sens la pierre, hein, pas Pierre le prénom normal ; il m’a fallu près de 500 pages pour m’en rendre compte >< trop pas douée), M.Monde, Voyageur …

Le côté mythe – folklore est un enchantement.  Comme ces petites histoires, celle d’Essie Tregowan qui apporta ses croyances folkloriques à son arrivée en déportation dans le Nouveau Monde, qui ont l’air de rien, qui nous donnent l’impression d’être là pour nous faire rêver un peu plus, nous parler d’autres mythes, de farfadets.

Les rencontres avec les dieux en eux-mêmes ne ressemblent pas à des situations classiques, par exemple Ombre fait une partie de dames avec l’un d’eux, Czernobog (bon manque de bol il perd ; l’enjeu ? Czernobog, quand tout sera fini, pourra le tuer d’un coup de marteau. Effectivement, ça fait cher la partie de dames). Pour tous les amateurs de surprises et de mythologie. Même s’ils ne parlent pas comme j’aurais pu m’y attendre, ce qui nous amène à un autre point, le style.

Non, les dieux ne parlent pas soutenu, au contraire ils sont aux limites de la vulgarité, voire y plantent leurs gros sabots. Et ce style ne se limite pas aux seuls dialogues, mais à la narration également. J’avoue que chez King, par exemple, ça m’exaspère franchement. Mais allez comprendre, j’adore le style de Gaiman. J’adore, entre autres, sa manière d’écrire un peu rude, brève et très familière. Ce qui est drôle, aussi, sont ses références constantes aux films, séries, marques, etc.

L’intrigue « policière » n’est pas inintéressante : moins évidente, à mon sens du moins parce que je n’étais pas franchement focalisée dessus avant que certains détails me sautent à la gorge, concernant l’identité de M. Monde – celle d’Ombre, aussi ; je ne m’attendais pas à une quête sur son identité, je pensais qu’on resterait davantage dans le flou, mais le résultat m’enchante davantage. J’ai davantage aimé celle de la quête d’Alison, jeune fille de quatorze ans arrivée en même temps qu’Ombre dans un village appelé Lakeside, où il fait en moyenne -30°, Alison qui a disparu …

Il y en a pour tous les goûts, ou presque, dans ces mythes: les égyptiens, rendus en des passages exceptionnels, les nordiques (que j’aime beaucoup également et qui gouverne ce récit, une triade aussi inattendue que tellement évidente, lorsqu’on achève le roman), africaine (Anansi), germanique, slave, etc.

Tout un fouillis pour une oeuvre merveilleuse !