Au bord des mots, lectures sur un rocher

The Melancholy Death of Oyster Boy

Tim Burton. 2004, 128 p. Faber and Faber. Poésie. 11,36€. Livre lu en anglais.

Fidèle à son univers d’une inventivité si particulière, mêlant cruauté et tendresse, macabre et poésie, Tim Burton donne le jour à une étonnante famille d’enfants solitaires, étranges et différents, exclus de tous et proches de nous, qui ne tarderont pas à nous horrifier et à nous attendrir, à nous émouvoir et à nous faire rire. Un livre pour les adultes et pour l’enfant qui est en nous.

Je garde un très bon souvenir de ce (très, trop?) petit recueil.

De petits poèmes, parfois de quelques lignes, avec un charme et un style captivants. Burton crée des images, des petites histoires hors du commun, qui ont l’art d’éveiller la surprise et l’intérêt. Je ne me suis pas ennuyée une seule minute.

Les poèmes sont servis par des dessins saisissants, illustrés dans le même esprit fantastique que les petites histoires, avec ces personnages. On nage en plein esprit Burtonien, et on n’a pas envie de refaire surface. Je l’ai lu en anglais, mais les textes sont simples et les illustrations apportent une aide à la compréhension, en cas de crainte d’un niveau juste. Il n’est pas question de niveau ici, juste de magie.

Même en le lisant en anglais à voix haute, il ne m’est resté entre les mains qu’une petite demi-heure ! C’est la seule déception que je puisse formuler pour cet adorable recueil.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Mille ans de poésie

Jean-Hughes Malineau (auteur). Christian Guibbaud, Judith Gueyfier, Muriel Kerba-Supiot (illustration). 2007, 477 p. Milan (Mille ans de contes). Poésie. 22€.

Ce tour d’horizon de la poésie francophone couvre un large éventail de chefs-d’œuvre allant du Moyen Âge au xx siècle. Ainsi les lecteurs pourront lire des poèmes de Charles d’Orléans à René Char, de Victor Hugo à Pierre Coran, de poètes anonymes à Jacques Prévert.

J’adorais la collection Mille ans, lorsque j’étais ado. Je faisais mes délices de l’édition mythologie, en particulier, et maintenant je trouve encore génial le bandeau de chaque texte (les thèmes abordés, l’âge recommandé, le temps pris pour la lecture – inexistants sur cette édition puisque poésie, je suppose).

La première chose que l’on peut dire de ce recueil, c’est qu’il est magnifique. Il a véritablement ce côté délicat et élégant que peut avoir le genre, dans l’utilisation de belles polices sophistiquées, tout en étant lisibles, de couleur bien choisies, etc. De ce point de vue, c’est un très bel ouvrage. Il propose aussi une annexe pédagogique sur la construction d’un poème, sa lecture et son écriture.

Du point de vue des textes, j’ai eu quelques attaques de nostalgie (Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin de Victor Hugo) de poèmes que j’appréciais particulièrement enfant. C’est toujours une expérience de retrouver des textes qu’on a appris il y a bien vingt ans maintenant  (et paf le coup de vieux xD).

Il y a quelques belles découvertes. L’auteur propose notamment un recueil de virelangue, qui reste un exercice toujours très drôle (Chose aisée : six chats chauves assis sur six souches de sauge sèche), ainsi que des déceptions. Déjà, il n’y a pas mon poème préféré de Louise Labé (Tant que mes yeux), que je ne trouve pas si complexe pour des jeunes puisque abordé dans un autre recueil jeunesse que je possède.

Et puis, j’avoue que j’avais une arrière-pensée en entament cette lecture. Deux, en fait. La première, trouver un recueil attrayant pour des collégiens. Le contrat est plutôt rempli sur ce plan, je trouve, malgré quelques textes un peu trop longs à mon goût.

La seconde : trouver des poétesses puisque j’en connais très peu (à part Louise Labé <3, Christine de Pisan, Marie de France, Elsa Triolet), notamment dans le cadre du challenge Femmes de Lettres. Et de ce point de vue, je suis déçue. J’en compte douze … C’est un peu dommage de présenter un panel de la poésie, sur mille ans, depuis le Moyen Âge, et de donner l’impression que peu de femmes écrivaient des poèmes …

Si vous cherchez un beau livre sur la poésie, à l’intention de la jeunesse, il est fait pour vous. Si vous cherchez de la diversité (c’est franco-français, pas sûre qu’il y a du belge, canadien, africain etc.), je ne le recommanderai pas forcément.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Initiation à la poésie : poèmes du Moyen Âge à nos jours

Josiane Grinfas-Tulinieri (autrice). 2014, 92 p. Magnard (Classiques & Contemporains). Poésie. 4,60€.

En proposant une grande diversité des formes et motifs poétiques (vers libres ou variés, calligrammes, haïkus, chansons), cet ouvrage permettra aux élèves de s’initier à la poésie en découvrant – ou redécouvrant – certains des plus beaux poèmes d’hier et d’aujourd’hui. Grâce à un accompagnement pédagogique complet, ils appréhenderont l’ensemble du processus de leur création.

J’ai lu ce petit recueil emprunté au CDI pour le jour de la poésie (10 septembre 2014), en espérant retrouver la joie que j’avais enfant avec un beau livre sur le même thème (sans la partie scolaire, questions, etc.). Au final, on n’y est pas tout à fait.

Il y a déjà cette partie après-texte, dont je n’ai jamais été spécialement fan dans les livres (surtout en fiction où on la trouve entre chapitres / nouvelles, coupant la lecture, ici c’est à la fin). En fait le fait qu’on la trouve à la fin m’ennuie parce que ce recueil est vraiment court et elle mange une bonne vingtaine de pages. Même s’il est pensé pour la jeunesse, il est un peu fin …

J’ai retrouvé avec plaisir El Desdichado de Nerval, avec sa richesse et ses références, qui m’entraîne toujours par monts et par vaux. Une découverte : Les beaux métiers de Jacques Charpentreau avec ce très chouette métier (peigner la girafe !).

Quelques regrets, dans ce court recueil, de voir Prévert à plusieurs reprises. Ce n’est pas comme s’il y avait moyen d’être divers … Et je n’ai pas retrouvé de poèmes que j’ai appris par cœur lorsque j’étais enfant. Pas de nostalgie, donc juste malheureusement un peu de frustration et de lassitude avec ce recueil. Mais retrouver ce genre m’a fait plaisir.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Le 10 septembre, projecteur sur la poésie !

Après la SFFF/horreur francophone, on change de genre. Aliénor Samuel-Hervé a proposé cette initiative pour promouvoir la poésie ! Ce jour-là, on achète ou on lit un livre de poésie. J’avais repéré un livre à l’école, mais finalement il s’est avéré que c’étaient des nouvelles, donc voilà ma petite lecture du jour, histoire de voir différents styles^^ ça fait tellement longtemps que je n’ai plus lu de poésie, j’aime bien cet aspect varié.

Vous pouvez aussi télécharger le recueil réalisé pour l’occasion !

Et le livre qui me tentait beaucoup à l’achat, je l’ai en fait commandé jeudi dernier parce que j’espérais pouvoir vous le montrer et m’extasier et dire que je le commence de suite aussi … Mais l’expéditeur a dû penser que j’étais trop gourmande et qu’avant le jour, c’est pas le jour, et il est seulement parti ce matin !

Voilà ma petite trouvaille (merci Bifrost ^^) :

Poètes de l’Imaginaire aux éditions Terre de Brume. Je vous en parlerai sans faute une fois lu ❤

Et vous, vous participez à l’opération ?

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Le 10 septembre, projecteur sur la poésie !

Après la SFFF/horreur francophone, on change de genre. Aliénor Samuel-Hervé a proposé cette initiative pour promouvoir la poésie ! Ce jour-là, on achète ou on lit un livre de poésie.

J’en ai peu dans ma PAL mais j’ai justement repéré un livre qui me tente beaucoup. Je vous le montre le jour J! Et à l’école il y a un recueil qui me plaît bien, sur l’automne, que je lirai ce jour-là.

Des auteurs ont envoyé des poèmes pour réaliser un recueil qui sera diffusé aussi le 10 septembre, de quoi faire de belles découvertes également ^^

Vous voudriez participer à cet évènement ? Vous aimez la poésie ? Vous avez des auteurs, des titres à conseiller ?

Au bord des mots, lectures sur un rocher

Les plus beaux poèmes de la langue française

1996, 315 p. Hachette (Jeunesse). Poésie.

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre que j’ai dévoré enfant, que j’adorais toucher, contempler, lire à voix haute. Je l’ai retrouvé lorsque j’étais en stage il y a deux ans (devinez de quand date le billet originellement !), je l’ai relu avec un plaisir gourmand. Et parce que je suis une grande nostalgique, je le commande ce soir en occasion ^^

Chaque poème est illustré d’une grande image et de petites autour. Il propose une belle manière d’appréhender la poésie pour des enfants, de manière diversifiée et illustrée. J’aime beaucoup le fait qu’on ait différents illustrateurs, parce que les poèmes choisis sont différents, même si bien sûr j’en ai des préférés et des moins appréciés.

J’ai peu de goût pour Rimbaud et Verlaine ainsi que les plus modernes. J’aime surtout  lorsque les rimes sont apparentes, qu’elles se situent en fin de vers. J’ai aussi retrouvé un trésor d’enfance : Ma fille de Victor Hugo, mon poème préféré quand j’étais enfant. Un autre poème que j’adore est celui de Louise Labé.

Tant que mes yeux pourront larmes épandre

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

Louise Labé

De très doux vers pour un très bel objet.

Au bord des mots, lectures sur un rocher

30 ans de poésie : 1959-1989

Théoclis Kouyalis (auteur). Josette Doron (traductrice). 1999, 239 p. Éditions Praxandre (Lapithos). Poésie. Edition bilingue français-grec moderne.

Je ne suis pas très portée poésie à la base, j’ai voulu tenter. J’avais bien accroché au texte de la quatrième de couverture qui évoquait Perséphone.

« Tes peines m’ont chassé

et tes peines me font rebrousser chemin.

Dépasse tes sanglots un instant

essuie tes larmes et laisse-moi t’imaginer entière.

Partagée comme tu es

à moitié happée par le monde d’en bas et à moitié immatérielle en moi

je ne peux te rassembler. »

Un petit ennui a été le fait de ne pas comprendre les références, ce que j’aime bien en poésie. Je ne connais rien à Chypre, l’introduction avec quelques explications sur le contexte et certains poèmes m’ont un peu renseignée.

J’ai adoré le fait que ce soit un recueil bilingue : j’ai pu essayer de lire des passages à voix haute et reconnaître des mots en grec ^^

On commence par des vers libres au début, puis lyrique dans le dernier recueil. Le style a un côté beau et élégant, mais néanmoins étrange et triste. Le recueil donne surtout une impression de tristesse diffuse.

Je m’attendais à voir le poète évoquer des figures mythologiques comme en quatrième de couverture, mais Perséphone est la seule. Les poèmes traitent de Dephtéra, le village natal de l’auteur dans le dernier recueil, les autres sur des combats (lutte de libération de 1955 – merci l’introduction – , la dictature des colonels de 1967). C’est cette image de tristesse qui m’ a marquée.

Les notes, en plus, sont relativement déprimantes. Tel poème fait référence à telle personne, décédée aujourd’hui, plus de ce monde maintenant, etc …

C’est une lecture étrange qui me laisse un sentiment mitigé.