Lectures sur un rocher·Life as a Teacher Librarian - Pérégrinations de profdoc

Nouvelles de notre planète

Christian Grenier, Pierre Bordage, Florence Thinard, Christophe Lambert, Christophe Léon (auteurs). 1999, 156 p. Hatier (Classiques & Cie Collège). Nouvelles, Science-fiction.

Cinq nouvelles très contemporaines, angoissantes ou drôles, qui nous confrontent aux grands défis environnementaux de notre époque : la pollution, les risques de l’énergie nucléaire, la réduction de la biodiversité, le dérèglement climatique …  

Pour ma deuxième lecture à l’internat, je voulais des récits courts en science-fiction, qui risquaient de plaire à mes collégiens, de la 5ème à la 4ème. Couper La fille de 3ème B a été à la fois long, enquiquinant et en prime un crève-coeur parce que j’adore cette histoire … un recueil de nouvelles en SF n’a pas été facile à trouver, du moins sur les étagères de mes deux CDIs. Quelque chose de court, jeunesse, et facile à comprendre, puisque déjà je ne suis pas une grande lectrice de nouvelles, et les recueils que je peux connaître sont plus destinés à un public habitué au genre …

Au final, je suis bien contente d’être tombée sur ce recueil. Si la première histoire ne m’a pas plu (plutôt que des personnages, on suit sur plusieurs chapitres différents éléments sur le plastique, sa conception, son lâcher dans la nature, etc.), les suivantes, entre action, humour et superbe écriture (toute manière je suis amoureuse de Christian Grenier épicétou ❤ ) m’ont donné pas mal de matière.

J’ai un peu adapté la langue, comme la première fois, enfin les temps, temps du présent pour être plus dans l’action et plus près des élèves. Même si pour l’une des nouvelles, la langue était justement un peu compliquée … on y revient.

Accessoirement, ce qui m’a fait un peu bizarre, c’est que j’ai eu deux séances lectures sur ce recueil, puisqu’il y a plus de gamins dans cet internat que celui des filles. J’ai du mal à me répéter, j’essaie de faire toujours à l’identique (en cours aussi en fait ^^, ce n’est pas plus mal si en général on a une classe par niveau ^^,). Surtout qu’en fait, quand mes 3èmes pro m’ont réclamée, je ne savais pas trop quoi leur lire alors je leur ai proposé ça, et ils étaient plutôt enthousiastes, donc on y retourne pour la 3ème fois, heureusement que j’ai apprécié la plupart des histoires !

Noir destin pour plastique blanc (Florence Thinard) est la nouvelle qui m’a le moins plu. Honnêtement, j’ai failli lâcher le livre avant d’avoir fini tellement j’étais persuadée que rien ne correspondrait à ce que je cherchais. Si j’ai apprécié la discussion de l’adolescent avec ses parents sur la consommation, notamment l’opposition avec le père qui travaille à l’usine de plastique, et qu’il y a ce dialogue entre les ados sur les emballages de chips, les autres extraits ne m’ont pas intéressée et ils sont trop court, formant un tout assez maladroit. Au moins maintenant je sais que Thierry Magnier a édité un recueil de nouvelles SF (Nouvelles vertes) dans lequel je pourrai aller piocher. Je n’ai d’ailleurs pas lu cette nouvelle, pas assez linéaire donc et ne pouvant même pas m’appuyer sur les personnages, je pense que j’aurais perdu mes gamins à coup sûr.

Césium 137 de Pierre Bordage a plus d’action et passe mieux en voix, notamment avec les personnages et les péripéties qu’ils rencontrent (mon hurlement à la vue de l’énorme rat a remporté pas mal de succès). C’est un peu long, je trouve, et un peu cliché par moment quand même (Andra qui a un faible pour Puc est bien appuyé, et le fait de vouloir plus de doigts pour y mettre du vernis … j’ai été à la limite de couper cette réplique plutôt cruche). Mais les révélations finales ont impressionné mes gamins et les ont fait réfléchir, ce qui n’est déjà pas si mal.

Homo jardinus (Christophe Lambert) est la nouvelle qui m’a décidée à me lancer. Elle est pleine d’humour, avec un colonel anglais, des mots VO, de la pelouse et des nains qui disparaissent ….  elle est courte, aussi, ce qui aide. Bon, il y avait un peu beaucoup de références anglo-saxonnes qui manquaient à mon auditoire et donc quelques blagues perdues, mais le dénouement contrebalance ça sans peine. Il est triste, choquant (plus de plantes 😥 ), inattendu, et ce qui arrive à la pelouse puis au colonel apporte une touche d’humour malgré les circonstances.

Je suis la vigie et je crie : je suis amoureuse de ce texte ❤ Forcément, c’est du Christian Grenier. J’ai dû bien changer les temps, apporter quelques explications et rappels au fil du texte parce qu’il est assez complexe. Mais il en vaut tellement le coup ! On a envoyé quelqu’un dans le futur, et il a choisi de s’intéresser à un observatoire nouvellement détruit. Il en a ramené une espèce de boîte noire avec le témoignage de la vigie, le responsable du phare, qui relate ce qu’il est advenu de la planète. C’est beau, c’est fort, c’est émouvant, mais c’est compliqué puisque c’est enchâssé dans une autre situation – hell, même moi j’ai dû relire pour tout comprendre, y compris le fait que contrairement à ce que disent les politiques c’est bien le futur qui les attends, dans ses catastrophes climatiques. Et cette métaphore du fil d’Ariane ❤ quand un de mes gamins l’a repérée j’étais teeeeellement happy ❤ Mais, oui, texte assez compliqué, mais des mots tellement beaux ❤

Pour mes 3èmes, comme on a pris du temps pour expliquer certaines choses dans les différents textes, on s’est arrêté à cette nouvelle. Ce qui n’est pas plus mal puisque je me suis rendue compte que la dernière était compliquée aussi.

Ella de Christophe Léon m’a beaucoup plu lorsque je l’ai découverte. Ella est une jeune fille un peu étrange qui vit en cité et propose de démarrer un potager dans une cité et démarre une petite utopie. Les petits ont plutôt accroché à l’idée, mais je crois que les mots les ont perdus. C’est du langage un peu familier, un peu cité, qui cohabite avec des sons comme Ella elle a … heu ouais ils n’auront pas la référence hein ^^, et la répétition du prénom donne une structure un peu lourde aussi à l’oral. Le langage familier de l’auteur n’est pas vraiment celui de mes gamins, et s’ils sont restés très calmes (dernière nouvelle, un peu de fatigue je pense) je crois qu’ils n’ont pas tout compris … Et je me voyais mal couper dans le texte, qui a une structure, un rythme très musical, ou changer le langage qui se tient on its own … j’hésite à reprendre cette nouvelle pour une nouvelle occasion. Même si j’avoue que certaines expressions comme « chiche pois chiche », j’ai trouvé ça vraiment fun.

Je n’ai pas prêté attention aux dossiers, je le ferai davantage lorsque je commanderai le recueil pour le boulot.

L’un dans l’autre, la lecture a été intéressante et m’a beaucoup plu pour ma part. Elle a rencontré un certain succès avec les élèves et pourrait vraiment donner lieu à des discussions intéressantes, à part le premier texte qui ne me convainc pas du tout (sauf éventuellement la petite partie sur le sac plastique jeté sur la plage comme il met en scène des ados, en plus de la discussion familiale).

Si vous recherchez de la SF à thématique écologique, des textes assez courts (pour l’étude en classe aussi) je pense que ça peut fonctionner.

Lectures sur un rocher

Le silence de la cité

silence de la citéElisabeth Vonarburg (autrice). 1998 (VF), 2011 (VF), 325 p. Alire. Science-Fiction. 8,90€.

Plus de trois siècles se sont écoulés depuis les catastrophes climatiques de la fin du second millénaire et les héritiers de la civilisation détruite, de plus en plus rares et de plus en plus désaxés, vivent dans une Cité souterraine avec leurs doubles technologiques.

Dernière enfant de cette Cité, Élisa est une petite fille aux capacités physiques étonnantes ; fruit des expériences génétiques de Paul, elle annonce une humanité résolument nouvelle.

Mais Élisa saura-t-elle se libérer du passé qui l’a littéralement modelée et, du même souffle, en libérer ses nombreux enfants ?

Et qu’en sera-t-il des hommes – et surtout des femmes – qui, hors les Cités, ont survécu à la barbarerie et aux mutations de toutes sortes ?

J‘avoue que je n’ai pas réalisé tout de suite qu’il s’agissait d’une préquelle à Chroniques du Pays des Mères, mais en progressant dans ma lecture – peut-être aussi parce que ça fait bien quatre ans que je l’ai lu. Mais j’ai retrouvé la même frénésie, envie de savoir, attachement à l’écriture, aux personnages.

Plus jamais, d’ailleurs, d’Elisabeth Vonarburg avant d’aller dormir parce que je ne peux pas refermer le livre, et que je travaille le lendemain T_T

Elisa est passionnante à suivre, de même que l’univers dans lequel elle évolue, les êtres étranges qui lui tiennent compagnie, qui vivent si longtemps pour certains – sa relation avec Paul est compréhensible mais un peu bizarre tout de même dans notre conception de la société. Sans parler de lui et Marquande, sa mère, Séréna que j’ai regrettée…

Encore une fois, il est difficile de parler du livre en détail. Il y a cette première partie, où l’héroïne naît, grandit, travaille avec Paul pour rendre son rêve réalité et guérir les hommes de la maladie qui les ronge.

Son départ pour se mêler à ces hommes en ayant changé de sexe (oui parce qu’elle peut le faire, c’est assez compliqué à expliquer – me demande d’ailleurs si ce n’est pas avec ce détail que j’ai pensé au lien avec les Chroniques) pour venir à bout de la Cité qu’elle fuit ; son retour pour élever de très nombreux enfants, et leur expliquer ce qu’elle envisage pour eux et l’humanité, puis la révolte des Cités (qu’on évoque dans les Chroniques aussi).

Oui ça a l’air complexe, parce que je l’ai lu il y a un bout et parce que c’est aussi très touffu, mais je ne me suis pas ennuyée.

J’avoue que le fait d’avoir tellement d’enfants et jeunes dans le récit ne m’a pas passionnée, surtout que leurs prénoms changent au fil de leur vie, quand iels passent d’un sexe à l’autre. J’ai apprécié la réflexion sur l’androgynie et le genre que l’auteur propose, mais j’ai été dérangée par la manière dont Elisa impose tout, sans se rendre compte que cela ne correspond pas aux choix des enfants, au risque d’une perte d’individualité.

La fin est assez frustrante puisque j’aurais aimé en savoir davantage sur ce qui arrive à Abram, dans sa relation à Elisa notamment. Et on est en pleine action dans la révolution, je sais qu’on comprend ce qui arrive avec les Chroniques, mais quand même !

Ce roman, encore une fois, c’est un tourbillon de réflexions, très particulier, mais tellement passionnant. Mais j’ai tout de même préféré le premier, peut-être parce que je découvrais cet univers, ou aussi pour le personnage d’Elisa, obstinée qui ne voit pas tout ce qu’elle impose à ses enfants qui l’aiment bien trop pour lui en vouloir … la structure est peut-être aussi plus complexe et étouffée que l’histoire de Lhisbeï. Mais ça reste une superbe lecture.

Lectures sur un rocher

A fleur de peau

a-fleur-de-peauMélissa Scanu (autrice). 2016, 126 p. Créer mon livre.com. Science-Fiction. Cadeau de Noël ❤

A l’aube du XXIIème siècle, alors que la médecine a atteint son apogée, l’électricité connaît des débuts chaotiques. Perchée au quarantième étage de la tour du Palais Citoyen, Lynnae exerce un métier bien peu attrayant, tout en menant une petite vie bien routinière. Pourtant, il se passe depuis peu des choses étranges à Argondia, et de mystérieux aéronefs parcourent le ciel, dans le plus grand secret, tandis qu’une vaste collecte de sang prend peu à peu des allures sectaires.

De quoi alerter notre héroïne et ses amis, qui mèneront l’enquête jusqu’à découvrir l’invraisemblable vérité.

Je vous laisse imaginer à quel point j’étais ravie en découvrant ce petit roman pour Noël dernier. Parce que, déjà, j’adore l’écriture et le travail de Melissa. Mais aussi parce qu’elle l’a écrit pour moi ❤ en partant sur un genre et des thèmes que j’adore.

L’univers, aux accents steampunk, est passionnant. La couverture vous en donne une jolie idée, entre automates, tramways et aéronefs. Même dans ce fameux travail ennuyeux, je ne me suis pas ennuyée et j’avais hâte de découvrir les petits détails insérés ici et là.

La découverte a été inattendue. Fatiguée, un peu malade, une tonne de choses à ranger après notre épopée irlandaise, je me suis dit que je jetterai un tout petit œil, non, vraiment, juste deux ou trois pages. J’aurais dû me douter que ça ne fonctionnerait pas. Chapitre après chapitre, je n’ai pas réussi à arrêter de tourner des pages, tant j’étais fascinée, à la fois par l’écriture, par l’univers, mais aussi les thèmes, les personnages, un tout qui m’a fait dévorer ce (trop petit) roman en peut-être une heure.

Je vous ai dit dans le bilan, je crois, que l’autrice avait fait le choix de créer des personnages à partir d’elle-même et de moi donc, et c’est déjà adorable, surtout lorsque c’est aussi bien fait. Et que je suis héroïne de ce beau roman, dans un futur steampunk avec une enquête policière qui tombe sans prévenir, avec des conséquences inconnues et des évènements étranges. Déjà, j’adore.

Ensuite, parmi les personnages (ou les lieux), j’ai reconnu tellement de choses. D’IRL déjà (In Real Life), mais aussi des romans que j’écris personnellement. Lorsque vous vous attachez à créer des personnages de papier et les rendre aussi réels que possible, ce que j’aime faire, et que vous les retrouvez aussi plein de vie, c’est vraiment un bonheur (surtout dans le choix de ceux-ci, et le fait qu’en opérant un petit changement sur deux soeurs, j’ai eu une idée pour mon propre texte, ce qui est inattendu et génial ^^,).

Des thèmes, je retiens celui des listes (si, si, je vous assure, ça marche), du sang (par rapport à sa collecte mais aussi sa composition), un complot de grande envergure, et d’autres que je ne peux pas vous révéler parce qu’ils n’arrivent que tard.

Sur cette fin, je vais juste bouder, parce que je m’insurge du choix de mon double romanesque, et qu’elle ne peut pas en rester là, calmement, et qu’il faut une suite, parce que la perfection n’existe pas et qu’elle est dangereuse (je parle dans le roman hein pas du roman xD).

C’est un roman qui se lit bien trop vite, parce qu’il est admirablement bien écrit, calibré, imaginé, au mystère entretenu, dans un univers plein de charme, et que je regrette pour vous qu’il ne soit pas disponible dans le commerce.

Quoique.

Un jour, qui sait ❤

Sur ce, je souhaite un merveilleuse anniversaire à l’autrice, encore âgée de dix-sept ans aujourd’hui 😛 et un très beau réveillon à vous tous/toutes !

Lectures sur un rocher

Paris au XXème siècle

Jules Verne (auteur). 1996, 186 p. Le Livre de Poche. Science-fiction. 4,30€.

Paris, 1960 : une métropole splendide, étincelante d’électricité, reliée à la mer par un gigantesque canal, sillonnée d’autos et de métros silencieux … Tel est le monde fascinant qu’ont forgé, conjuguant leurs efforts, la Finance et la Technique. Pourtant, cet avenir radieux a son envers. Seuls quelques marginaux, méprisés, bientôt vaincus par la misère et la faim, persistent dans le culte de l’Art et de la Poésie, tandis qu’un Etat omniprésent organise la distribution du savoir scientifique …

Composé avant les  » Voyages extraordinaires « , refusé par l’éditeur Hetzel, ce roman aura attendu cent trente ans avant de revoir le jour. Surprenant par la pertinence de son information scientifique, il vaut aussi et surtout par l’acuité de son analyse des intrications de l’économie, de la technique et la politique. Une vision ambiguë qui fait justice de l’image d’un Jules Verne chantre béat du Progrès. Et d’abord un roman prenant, coloré, où le grandiose se teinte volontiers d’un humour des plus sombres …

(Essaie de contenir son hilarité). (Si, si je vous jure).

On va commencer par le début. J’ai très peu lu Jules Verne. Je le connais bien de nom, pour en avoir entendu parler dans Retour vers le futur ❤ et souvent admiré les éditions joliment reliées de mon père, sans jamais avoir eu envie de me lancer. Et vers le lycée ou la fac, j’ai tenté Le Château des Carpathes, que je n’ai pas du tout apprécié (hé, je cherchais une ambiance bien fantastique, c’était pas trop la peine ^^,).

Alors, lorsque je suis tombée sur ce petit roman par hasard, j’ai pensé que c’était la première vraie rencontre parfaite avec ce brave Jules. Dont j’ai tellement entendu parler en matière d’anticipation. Une occasion aussi de redonner une chance à la science-fiction un peu plus classique, après des déceptions comme Steampunk Prime et Herland.

Et oooh boy ça s’est vraiment mal passé ^^, j’ai peut-être déjà eu un peu peur avec la préface où j’apprends que Hetzel, l’éditeur, était catégorique : c’était une histoire qui ne devait pas voir le jour. On n’aura pas les mêmes arguments, mais j’avoue que ce n’était pas du tout une bonne idée.

Que de clichés, rien que sur les femmes. Alors déjà il n’y en a pas une tripotée, mais vive le cliché de la banquière revêche et de la demoiselle délicate et romantique qui ne sert strictement à rien sinon à faire les yeux doux au héros. D’époque, peut-être, mais ça me sort par les yeux et je ne vois aucun intérêt. Soit dit en passant, lorsqu’on mentionne à Michel (le héros niais à disposition) de grands auteurs d’avant, la seule femme mentionnée, c’est George Sand. « Un merveilleux génie, l’un des plus grands écrivains de la France, décoré enfin en 1859 ». Jules. Tu savais pas que c’était une femme ? Ou tu voulais pas le dire ?

Ou alors sinon tu fais comme Norman Spinrad dans Rêve de fer et tu vires toutes les femmes, hein, au moins ce sera clair. Le passage sur la Parisienne, cette femme parfaite dont « la race tomba » a fait tomber mes yeux d’effarement, d’ailleurs. Arrête, Jules, arrête … et qu’il jette encore la faute du problème de ce fichu livre de finances ou whatever sur les femmes …

Que de mots pour ne rien dire, d’ailleurs. On essaie de critiquer une société dans laquelle l’art est risible, les belles lettres et lettres anciennes surtout (mais qu’on peut toujours étudier, sûrement pour avoir encore des gens desquels on peut se moquer), pour mettre l’économie, la finance, la technique au centre des préoccupations. Mais en même temps Michel finit par travailler au Grand Entrepôt Dramatique, où on fait comédie, vaudeville, opéra, drames, etc.

Et tu l’as pas sentie la contradiction, Jules ? La poésie, la littérature sont dépassées, l’art c’est nul, mais on fait encore de la comédie ?

Bon. Je n’ai vraiment pas accroché à cette histoire, que j’ai trouvée franchement ridicule. Si le style de Jules Verne aurait pu m’intéresser, dans ces longues descriptions de Paris et ce qu’il a imaginé pour son futur, c’est tombé à plat dans ce récit inintéressant, servi par un protagoniste parfaitement oubliable et une bonne dose de sexisme et de clichés (et je me fous pas mal que ce soit d’époque, c’est mon ressenti là, maintenant, je ne suis pas là pour étudier ce livre selon les critères de l’époque).

Je relirai très certainement un livre de l’auteur, mais dans longtemps, et sûrement en piquant une des belles éditions de mon père. Quand l’agacement, qui a fait place à l’hilarité, sera bien passé.

Lectures sur un rocher

Psi-Changeling, tome 4 : Mienne pour toujours

Psy/Changeling 4 : Mine To Possess. Nalini Singh (autrice). Clémentine Curie (traductrice). Anne-Claire Payet (illustratrice). 2007 (VO), 2012 (VF), 507 p. Milady. Fantasy urbaine – Science-fiction. 8,20€.

Le monde de Clay a basculé dans les ténèbres quand, enfant, il a perdu sa meilleure amie Talin. Lorsqu’il la retrouve, adulte, il décide qu’elle ne le quittera plus jamais. Mais dans leur course contre la montre pour sauver des enfants sans-abris qui disparaissent mystérieusement, Clay et Talin devront rouvrir les blessures du passé… ou perdre tout ce qui leur est cher.

J’avoue, j’ai encore une fois relu les trois premiers tomes avant d’entamer finalement celui-là ^^, Je ne sais pas, je ne sentais pas tellement le résumé et j’avais peur de m’ennuyer, pour finalement ne plus apprécier la série.

Et au final, effectivement, j’apprécie moins l’histoire de Clay. Déjà pour la bonne et simple raison qu’il connaît déjà la jeune femme dont il est question, Talin. Ils ont une histoire commune, qui n’est pas inintéressante, mais j’ai préféré les entrées en matières de Sacha/Lucas, notamment.

Et puis … Talin est humaine, pas Psi (même si elle descend de Psis, c’est un mini pourcentage), et en plus son problème de santé, sa guérison, sont un peu tirés par les cheveux.

De même, autant je comprends qu’il faille en passer par les humains tôt ou tard, je les trouve moins intéressants que les deux autres groupes principaux et on n’avance pas trop dans la découverte du protocole Silence, un de mes éléments favoris. Et il y a des enfants … j’y reviendrai.

Il y a quelques passages sur le Conseil, notamment Kaleb – que je vois bien devenir soit un ennemi très précis soit se rallier à la meute, et j’apprécie de suivre l’évolution, mais c’est un peu trop destructeur pour les Psis, je trouve, qui sont sensés avoir davantage de puissance …

Mais bon, on voit davantage Dorian, le personnage que je préfère, donc c’est déjà ça. La relation de Clay avec les autres félins est attachante, une fois encore on sent l’attachement, l’amitié avec Dorian notamment.

Bon, puisqu’on en parle, il est le héros de l’histoire suivante, et je sens que ça ne va pas me plaire, déjà parce qu’il est question du gamin qu’ils récupèrent à la fin de ce tome 4. Je ne suis pas du tout fan des enfants dans les récits adultes. Et puis la jeune femme en question ne me plaît pas trop non plus. (Oui, ça va m’agacer lorsque Dorian va se retrouver avec elle, je le vois venir).

L’un dans l’autre, un volume que j’ai moins apprécié que les précédents.

Nombre de tomes parus : 15 (série finie).

Esclave des sens / Visions torrides / Caresses de glace

Lectures sur un rocher

Moana, tome 1 : La saveur des figues

Moana 1Silène (autrice). Sylvie Moreau (illustratrice). 2010, 219 p. Editions du Jasmin. Science-fiction – Jeunesse.

La Polynésie où vit Moana est désormais couverte de neige. Et le monde, en proie à un terrible refroidissement, doit être repeuplé de toute urgence. C’est pour cela que Moana devra bientôt se marier et avoir des enfants. Mais Moana a un secret, son arrière grand-mère, Mémine, qui reste cachée à la maison pour ne pas être envoyée comme tous les anciens dans une maison du souvenir. Mémine raconte à Moana sa jeunesse, et comment était le monde, avant la terrible catastrophe.

Voilà donc un de mes prix citron annoncés dans mon bilan 2016. J’ai lu ce livre dans le cadre du Week-end à 1000, premier de ce moment de lecture. Si je m’en faisais une joie parce que le pitch de départ me parlait bien (bouleversement climatique, nouvelles lois), il y a une scène qui m’a particulièrement dérangée.

Moana quitte son village avec sa grand-mère par bateau, après quelques péripéties sur la terre ferme. Et elle se fait agresser. Trois marins tentent de l’entraîner à l’intérieur, pour « voir leurs outils », et l’un met la main sur sa poitrine.

Cette agression sur l’héroïne d’une douzaine d’années était suffisamment pénible à lire. Le pire suit. Le commandant arrive sur ces entrefaites et la « sauve », mais lui reproche d’être allée sur le pont. Because, dixit : « Tu dois éviter de te promener toute seule, les femmes doivent toujours faire attention à ne pas se promener de manière isolée. » Et il lui interdit de sortir de la cuisine jusqu’à l’arrivée du bateau.

Ouais. Donc une gamine se fait agresser par une bande d’ours mal léchés (et je dis ça parce que j’essaie de rester polie), mais c’est de sa faute parce qu’elle était sortie de la cuisine, où elle ferait mieux de rester. Je ne pense pas avoir besoin de vous faire un dessin sur la métaphore, je suis déjà furieuse.

Je tiens aussi à préciser que ces deux actions sont purement gratuites dans le roman. Elles n’amènent à rien. A effrayer la gamine ? Elle l’était déjà un peu. Ce n’est plus mentionné ensuite. Mais j’ai aussi envie de dire que même s’il y avait « une utilité » à cette scène, à mes yeux, tout ce qu’elle contribue à faire, c’est renforcer les préjugés contre les femmes. Restez chez vous sinon vous serez en danger. Ne sortez pas de votre rôle, sinon des hommes vous attaqueront, et ce sera de votre faute.

C’est un message à la fois horripilant et nauséabond aussi bien pour les femmes que pour les hommes. J’étais furieuse et atterrée. Je rappelle qu’on est ici en littérature jeunesse, et roman écrit par une femme qui plus est. Je suis atterrée.

Une fois cet évènement passée, je me suis désintéressée de l’histoire que j’ai lue en diagonale. J’ai hésité à refermer le roman. Je pense que je voulais voir si l’épisode serait mentionné (ce qui n’est pas le cas, à part lorsqu’elle en parle avec sa grand-mère et son ami cuistot ; et la grand-mère est d’accord pour se cacher, et le cuistot homme fort de son état, lui Tarzan elle Jane va la protéger hein), si l’autrice le justifierait (non plus).

Avant ça, j’avais déjà été un peu déçue de la langue, parfois maladroite, même si c’est une enfant qui raconte l’histoire, notamment pour des problèmes de ponctuation (je pense à un manque de virgules qui provoque un manque de naturel).

L’orphelinat plein de dureté est assez cliché, à mon goût (mais il suivait l’épisode du bateau, donc j’étais bien moins tolérante), sans parler de la coïncidence (ce garçon rencontré à Pondichéry qui vient de Corse et connaît précisément le village de la grand-mère).

Je n’avais pas réussi à m’attacher aux personnages au début, puisque la langue m’a gardée en-dehors de l’histoire, et cette scène profondément sexiste a achevé de me sortir du récit. Il va sans dire que je ne poursuis pas cette série, qui a cependant une vraie fin avec ce tome 1, mais même si ce n’était pas le cas, ce serait sans moi.

(Qu’est-ce que ça m’ennuie en plus maintenant pour le prénom, depuis que j’ai vu le film Moana de Disney qui lui est bien chouette …)

Nombre de tomes parus : 3 (série finie).

Lectures sur un rocher

Smog of Germania

smog of germaniaMarianne Stern (autrice). Miesis (illustratrice). 2013, 343 p. Chat Noir (Black Steam). Science-fiction – Steampunk. 19,90€.

Germania, début des années 1900, capitale du Reich.

À sa tête, le Kaiser Wilhem, qui se préoccupe davantage de transformer sa cité en quelque chose de grandiose plutôt que de se pencher sur la guerre grondant le long de la frontière française – et pour cause : on dit qu’il n’a plus tous ses esprits. Un smog noir a envahi les rues suite à une industrialisation massive, au sein duquel les assassins sont à l’oeuvre.

Dernier roman lu dans le cadre du Week-end à mille, Smog of Germania m’avait séduite par son contexte steampunk, sa localisation allemande et sa situation à la Belle Epoque, en plus d’être un roman des éditions du Chat Noir.

J’ai beaucoup apprécié suivre Viktoria, entre la pauvreté des rues et la décadence des salons et les personnages des deux extrêmes. Son caractère aventureux, malgré son statut de fille d’empereur, est très plaisant.

Jeremiah est également un personnage fascinant, dans sa personnalité et son identité, un automate. Maxwell, Joachim et les autres à interagir dans cet univers m’ont également plu.

L’univers en lui-même est sombre, mais ça n’a rien ôté à la fascination que j’ai éprouvée devant cette lecture, malgré quelques bémols, relatifs à Viktoria.

J’ai eu l’impression que passée la moitié du roman, elle ne faisait plus grand-chose, surtout dans la grande bataille, et qu’elle est reléguée dans un coin puis mariée, malgré ce qui s’est passé avec Jeremiah. J’avais l’impression qu’elle était l’héroïne, le roman opère une modification en ce sens pour se concentrer sur Jeremiah et Maxwell, les jumeaux, en leur donnant bien plus de force et d’importance dans la deuxième partie du récit. Ce n’est pas un problème en soi. Ce qui m’a chagrinée, c’est que j’ai eu l’impression que cette force et cette importance étaient retirées à Viktoria qui en disparaissait presque.

La fin est très ouverte, j’ai été ravie d’apprendre qu’une suite était prévue. Ici, je pense que j’ai surtout été séduite par le fog, l’automate, et cette atmosphère si particulière.